Avec Tal, les jeunes chantent, dansent et se confient

La rencontreLa chanteuse d’origine israélienne a décidé d’être toujours positive en public. Mais, dans son dernier album, elle aborde enfin des sujets difficiles. À voir au Métropole dimanche 3 décembre.

Tal affiche un sourire perpétuel. Par nature, mais aussi par choix.

Tal affiche un sourire perpétuel. Par nature, mais aussi par choix. Image: Leny Guetta/DR

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On dirait qu’elle est montée sur ressort, la jolie Tal, avec sa robe fleurie moutarde de fan absolue de mode, qui bondit du canapé genevois d’où elle assure la promotion de son concert lausannois.

«Bonjour! Vous êtes la dernière de la journée, mais je vous rassure, il me reste encore plein d’énergie!» On s’en doutait. À pas tout à fait 28 ans, la Française aux origines métissées (israéliennes, yéménites et marocaines) est un peu la Beyoncé de l’Hexagone. Ovni dans un paysage audiovisuel où il semble désormais qu’un passage par un télé-crochet ou une chaîne YouTube soit obligé pour réussir, Tal n’a eu à compter que sur son talent et sa bonne étoile. Six ans après son premier disque, elle vend ses albums à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et est suivie par plus d’un million de fans – souvent très jeunes – sur les réseaux sociaux. Mais plus encore que sa présence continue dans leurs oreilles et leurs smartphones, la demoiselle se réjouit de retrouver ses fans sur scène.

Votre prénom signifie «rosée du matin». Vous êtes donc une lève-tôt?

Pas du tout! Enfin, je vais me coucher à l’heure où je suis née. Mon rythme est décalé par rapport à celui des autres gens. Je me couche souvent à 4 heures du matin pour ne me lever qu’à midi. Quand on fait de la musique, c’est souvent la nuit. Aussi bien en tournée qu’en période de création ou de studio. Mais ce n’est pas parce que je suis une lève-tard que je ne suis pas une bosseuse. Je suis une obsédée du travail.

Vous avez réussi sans passer par les émissions de télé ou une chaîne YouTube. Une exception?

J’ai sorti mon premier single en 2011 et j’ai l’impression que c’était plus facile qu’aujourd’hui. Avec la disparition du disque, la présence permanente du digital, il n’est vraiment pas évident pour un artiste qui débute de se démarquer. Ce n’est plus le talent qui compte – car il y a énormément de gens talentueux qui n’arrivent jamais à percer – mais le marke­ting, le buzz. Je me rends compte que l’image, l’apparence, prend le dessus sur la musique, et cette évolution me touche aussi. Pour revenir à mes débuts, il y a d’abord eu beaucoup de travail acharné, puis une grosse dose de chance qui m’a fait rencontrer les bonnes personnes au bon moment.

On ne choisit pas son public. Le vôtre est vraiment très jeune. Vous surprenez-vous à rêver de spectateurs plus âgés, plus mûrs?

Oui, forcément ça m’arrive. Moi aussi j’évolue, je grandis, je change, alors ma musique me suit. Je crois que ça se remarque vraiment sur mon troisième album, Tal. Je dois faire très attention avec mon public, j’ai une certaine responsabilité. Je ne peux pas faire un virage à 180 degrés et partir sur quelque chose de complètement adulte, avec des mélodies intimistes. J’ai donc décidé d’y aller doucement: je m’engage au niveau des textes, mais la musique reste pop avec des mélodies accessibles. Il faut que ça reste du divertissement, du plaisir.

Vous passez donc votre temps à faire le grand écart entre vous et vos fans? Non, cette image est exagérée. Je fonctionne toujours avec beaucoup de sincérité, je fais juste attention à ne pas aller trop loin. Je fais très attention à ne pas dire trop de gros mots sur scène, alors que dans la vie ça m’arrive tout le temps. Si, toutefois, je laisse échapper un «merde», je m’en excuse directement après parce que je sais qu’il y a des enfants.

Des enfants qui sont souvent sévères…

C’est vrai. Mais ce qu’il y a d’extraordinaire avec les jeunes fans, c’est qu’ils sont très fidèles. Il y en a qui sont là depuis le début et qui parfois font dix dates de ma tournée. Je leur demande: «Mais pourquoi venez-vous dix fois? Vous l’avez vu le spectacle…» Ils me répondent qu’ils viennent pour me soutenir, pour me voir, pour être là pour moi. Ce que j’ai avec eux, c’est un vrai partage, comme une histoire d’amour.

Vous êtes même une grande sœur. Quels conseils vous demandent-ils?

Ils concernent surtout l’homosexualité, que j’évoque dans cet album. Ils me racontent leur vie, des choses très privées et parfois je prends le temps de communiquer avec eux directement. Je les encourage à s’aimer, à s’assumer, à être fiers, à ne plus avoir peur. En tant que gay, que femme, que Black, peu importe…

Vos origines métissées font de vous une jeune femme très actuelle, un visage de la France d’aujourd’hui. Une image enfin positive?

Oui, je le crois. Je suis très fière d’être un mélange, d’avoir grandi dans une famille avec des valeurs très universelles et une grande ouverture d’esprit. J’ai un physique exotique et pourtant personne ne sait très bien où placer mes origines sur une carte. Je suis une citoyenne du monde. C’est une vraie richesse.

Être un rayon de soleil permanent doit être difficile. C’est une sacrée mission, non?

C’est vrai. Je suis un être humain qui traverse aussi des périodes difficiles, où sourire n’est pas évident. Mais ces passages à vide, je les garde pour moi, je ne me les autorise que dans mon cocon privé loin du public, sans doute aussi par pudeur.

Vous faites très attention à votre image. Par coquetterie ou par… marketing?

Avant tout par coquetterie, je suis une vraie fille folle de fringues et de make-up. Mais c’est vrai que grâce à cela j’ai été approchée par quelques marques pour des collaborations ponctuelles.

Votre spectacle est aussi un mélange d’ambiances. Pour ne pas lasser?

Il faut varier les plaisirs. Ça bouge bien, puis il y a des moments plus calmes, d’échange – qui me permettent aussi de reprendre mon souffle! Je suis une artiste qui parle à son public, qui lui explique qui je suis, d’où je viens et du coup comment accepter et être fier de ses différences.

En concert dimanche 3 à la salle Métropole, Lausanne. www.metropole.ch Link (24 heures)

Créé: 01.12.2017, 15h39

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Les réseaux sociaux, une plaie ou une bénédiction?
«J’ai appris à m’en servir et désormais je n’imagine pas ma vie sans. Grâce aux réseaux sociaux, j’entretiens une connexion incroyable avec mes fans. On se sent si proches, c’est dingue!»
Mais vous êtes un peu à leur merci, non?
«Il ne faut pas exagérer. Je suis toujours libre de choisir ce que je poste sur Instagram. Mais c’est certain qu’il leur arrive de m’inviter à un anniversaire ou à une fête quelconque et qu’ils croient vraiment que je vais pouvoir venir.»
Pas encore de demande en mariage virtuelle?

«Pas encore non! C’est sans doute parce qu’ils sont trop jeunes. Je ne vois d’ailleurs aucune autre explication possible… (rires)»
Par contre, vous risquez de devoir chanter lors de la première danse…
«J’adorerais, cela voudrait dire que ma musique est la bande-son de leur histoire d’amour. Ça me toucherait beaucoup!»
En attendant, vous allez plutôt rencontrer ceux qui souffrent?
«Oui, je reçois beaucoup de demandes d’associations. Elles aiment mon image positive et savent que je ne peux pas résister aux enfants. Dès que j’ai un trou dans mon planning, je leur donne mon temps et je le fais avec beaucoup d’amour. Je ne supporte pas l’injustice – même si cette phrase fait très «Miss France» – de savoir ces petits condamnés. Depuis petite, j’ai besoin d’aider les gens. J’avoue que ça me fait aussi du bien à moi.»
Vous ne supportez pas l’injustice. C’est dingue que vous n’ayez pas été récupérée par l’État d’Israël pour faire passer des messages politiques, non?
«C’est vrai. Moi je suis simplement pour la paix, l’amour et la tolérance et je me distance des discours politiques. Moi je veux rassembler les gens, pas diviser.»

Bio Express

1989 Tal Benyezri naît le 12 décembre en Israël. Sa famille déménage en France quand elle a un an.
2009 Après avoir appris le piano et la guitare en autodidacte et suivi les cours de théâtre de la compagnie Les Sales Gosses, la jeune chanteuse qui se produisait essentiellement dans les bars décroche un contrat chez Sony Music.
2012 Le droit de rêver (qui finira triple disque de platine) sort au printemps après son duo avec Sean Paul sur Waya Waya fin 2011.
2013 Sortie de À l’infini, participation à Danse avec les stars et titre d’artiste francophone de l’année aux NRJ Music Awards. Elle intègre Les Enfoirés.
2014 Le documentaire Tal au cinéma cartonne.
La chanteuse joue dans plusieurs épisodes de Plus belle la vie.
2016 Son dernier album, Tal, arrive dans les bacs. Il existe désormais une version collector avec plusieurs bonus.

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