Birkin retrouve Gainsbourg en symphonie

InterviewUn quart de siècle après la mort de Gainsbourg, la «petite Anglaise» revient avec un orchestre symphonique pour chanter le «beau Serge». Le Festival Antigel l’attend à Genève en février.

Jane Birkin, la muse de Serge Gainsbourg, poursuit sa route, ravivant à intervalles réguliers le répertoire 
de «l’homme à tête de chou». Elle est aujourd’hui accompagnée d’un orchestre symphonique.

Jane Birkin, la muse de Serge Gainsbourg, poursuit sa route, ravivant à intervalles réguliers le répertoire de «l’homme à tête de chou». Elle est aujourd’hui accompagnée d’un orchestre symphonique. Image: Nico Bustos

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Jane Birkin. Serge Gainsbourg. L’une n’ira jamais sans l’autre. Et c’est ainsi. Ici la muse. Et là son pygmalion. Un quart de siècle après la disparition de «l’homme à tête de chou», la douce «Jane B», 71 ans, réactive une nouvelle fois ce chansonnier fascinant dont elle reste l’exégète la plus appliquée. Dernière formulation d’un répertoire quasi sacré, l’accompagnement symphonique, avec l’Orchestre Confluences dirigé par Philippe Fournier, pour l’un des grands moments du 8e Antigel, vendredi 9 février au Victoria Hall. Hasard des calendriers, sa fille Charlotte Gainsbourg jouera en clôture du festival, le 17 février. Jane Birkin nous répond au bout du fil, de cette voix inimitable, langue française parsemée de mots d’outre-Manche…

Que devient ce soprano extrême qui vous caractérise, cette voix de «petit garçon de chorale», comme disait Serge Gainsbourg?

J’essaie de ne pas choper les bull shit, j’évite les accidents! J’aurais voulu autre chose que cette grenouille dans la voix… Mais je crois même m’être améliorée! C’est le cas depuis le live d’Arabesque, en 2002. Le plus risqué, c’est la chanson L’amour de moi: l’orchestration se tient au minimum, le chant est à découvert.

Poser votre voix sur un orchestre symphonique, voilà qui semble à contre-emploi…

Quand on m’a suggéré cette idée, je trouvais ça plutôt gonflant. Le concert symphonique, c’est le truc qu’on vous propose en fin de carrière… Mais sur une précédente tournée, j’avais rencontré la personne qu’il fallait, le pianiste japonais Nobuyuki Nakajima. Il avait déjà fait des arrangements pour moi, il en a fait de même pour le symphonique. D’une telle façon qu’il me traite comme les autres instruments, trompette, harpe ou violoncelle. Et puis il n’y a pas seulement l’orchestre, mais également des passages piano-voix. Au final, je perçois dans ce programme quelque chose comme une musique de film.

Pour interpréter une fois de plus les chansons de Gainsbourg, fallait-il procéder à une sélection particulière?

Le choix des chansons a été réalisé par le directeur artistique Philippe Lerichomme. Il fallait trouver les pleins et les déliés qui conviennent à de tels arrangements. Et les choses plus tristes se prêtent mieux à la symphonie. Pas de Di Doo Dah, par conséquent. Mais les chansons de séparation, les plus belles que Serge ait écrites. Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, Lost Song, Amours des feintes, ce sont des hymnes.

Entendra-t-on un jour «Je t’aime… moi non plus», qui a lancé votre carrière en 1969?

Je t’aime… moi non plus, je ne l’ai plus chantée depuis l’enregistrement en 1968 avec Serge. Et je ne la chanterai avec personne d’autre. C’est pourquoi on en a fait l’objet d’un medley instrumental, où l’on peut mettre à l’envi Initials B.B. et les «Citrons» (ndlr: Lemon Incest, duo de Serge Gainsbourg avec sa fille Charlotte, en 1984).

Ces chansons ont été écrites il y a vingt-cinq ans et plus. Que disent-elles de votre histoire avec Serge Gainsbourg?

Tout d’abord, je crois qu’on les «entend» mieux avec cette version symphonique. Et puis, moi-même, je découvre qu’elles peuvent recouvrir un sens différent de ce que je croyais savoir. Lorsque j’ai enregistré Lost Song, en 1987, j’étais fâchée avec Serge. Je n’étais pas dans un bon mood. Maintenant, je la comprends: c’est une chanson de rupture magnifique. «Ton arrogance me tue, tu me dis vous après tu», c’est Serge qui s’exprime. Voilà la perversité de l’affaire: me faire chanter, à moi, ce que lui m’a fait.

De Birkin à Gainsbourg, et vice versa, il y a un effet de miroir, un masculin-féminin renversé?

Il y a dans ces chansons un message que Serge me faisait, du moins c’est ce que je croyais. Et ça expliquait bien cette chance que j’ai eue de travailler avec lui, depuis mes 20 ans jusqu’à Amours des feintes, en 1990.

N’y a-t-il personne, aujourd’hui, qui puisse «remplacer» Gainsbourg?

Serge a été le plus grand écrivain après Baudelaire. Et ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais François Mitterrand. Qui après lui? Je n’en sais rien! C’est à vous de voir. Moi, je ne suis pas à la recherche d’auteurs.

Vous écrivez vous-même vos chansons depuis votre dernier album original, «Enfants d’hiver», en 2008…

Je suis mieux dans mes textes. Comme c’était déjà le cas pour mes deux films, Oh! Pardon tu dormais… en 1992 et Boxes en 2007. En revanche, la mathématique de la chanson, je ne l’ai pas. Contrairement à mes filles, Lou (Doillon) et Charlotte (Gainsbourg). Charlotte a le culot de mettre du français, si honnête et poétique, sur une musique plutôt féroce. Ça vient de son père. Et cette nostalgie de l’enfance, ça vient de moi.

Vous êtes une anglophone dans le français. Quels rapports entretenez avec cet entre-deux linguistique?

En vue d’une publication prochaine, je travaille à la traduction en français de mon journal intime, que j’écris en anglais depuis mes 12 ans. Très difficile. L’anglais est une langue presque télégraphique, comme les chansons de Serge d’ailleurs. Avec le français, il faut toujours tout expliquer. Dans un premier temps, j’ai fait appel à d’autres pour le traduire. Mais c’était chiant. Trop parfait. Alors, j’ai choisi de transcrire moi-même de l’anglais au français, comme je le parle. J’aime l’argot. J’y mets plein d’anglicismes. Cela a à voir avec un cerveau qui est venu en France à l’âge de 20 ans. Un cerveau pas fini, influencé par Dickens. Et qui découvre Serge. Il faudrait une psychanalyse pour y comprendre quelque chose.

Birkin/Gainsbourg: le symphonique Ve 9 fév. 20 h 30, Victoria Hall (24 heures)

Créé: 21.01.2018, 18h38

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