Faust brise le reflet de son âme nihiliste et libertine

OpéraBelle distribution pour l’opéra de Gounod dont la vision de Georges Lavaudant hésite entre modernisme, parodie et symbolisme.

Dans sa robe bijou, Ruzan Mantashyan chante

Dans sa robe bijou, Ruzan Mantashyan chante "Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir!" Image: Magali Dougados

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Portes de garages, escalier de sortie de secours en colimaçon, balustrade métallique: dans le décor assez tristounet du Faust de Gounod, à voir à l’Opéra des Nations depuis jeudi, égayé ici et là d’un canapé rose fluo ou d’une chambrette enfantine, il y a un seul moment de folie surréaliste: l’air des bijoux. Marguerite se voit offrir par Faust secondé de Méphisto un paquet cadeau géant découvrant une incroyable robe de traîne faite de miroirs brisés aussi éclatants que tranchants. Cet habit de lumière dessiné par Jean-Pierre Vergier sublime Ruzan Mantashyan, qui s’y glisse avec une grâce infinie. Vocalement, la soprano arménienne n’était pas encore au comble de son aisance, qui ira croissant au cours de la soirée. Gageons que son timbre capiteux, sa musicalité raffinée et la justesse de son jeu vont encore s’épanouir et devenir très demandés.

Hélas, hormis cette trouvaille de la robe bijou au funeste présage, la mise en scène de Georges Lavaudant peine à retrouver pareille portée. À force de se vouloir un peu contemporain mais sans audace, un peu parodique dans sa représentation des soldats et des jeunes filles (la laideur des costumes ici écœure), un peu magique et pseudo-satanique, ces pistes inabouties accentuent les défauts de la partition en voulant les déjouer.

En homme de théâtre averti, le metteur en scène arrive heureusement à rehausser la densité de personnages qui pourraient tomber dans la caricature ou la platitude, comme le Valentin très mûr de Jean-François Lapointe et la stimulante Marthe de Marina Viotti. Le Faust de John Osborn n’est pas qu’un ectoplasme asservi à Méphisto.

L’Américain manquait jeudi un peu de corps dans le grave, compensé par le délié de ses aigus et le phrasé, toujours impeccable. En revanche, le diable d’Adam Palka, empêtré dans une diction inaudible, voyait son impact dramatique considérablement émoussé. Mais le véritable héros de la soirée, celui qui a reçu le plus beau salut du public, était l’invité surprise.

Remplaçant Jésus López Cobos souffrant, Michel Plasson, 85 ans, a offert son immense expérience sans une once de routine. L’OSR sonne clair et franc sous son geste sobre, dans un perpétuel souci de la ligne claire, de l’écrin vocal, du fil narratif et poétique. L’élixir de jouvence, c’est lui qui l’a bu!

«Faust», Opéra des Nations, jusqu’au 18 février. Rens.: 022 322 50 50
www.geneveopera.ch
(24 heures)

Créé: 05.02.2018, 11h31

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