Franz Ferdinand secoue un Caribana fatigué par la pluie

CritiqueMercredi, la soirée d’ouverture livrait de beaux arguments sonores, à l’image de Jeanne Added. Mais le public, déjà discret en début de soirée, s’est raréfié après l’averse.

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Caribana, mercredi 5 juin, pluie. On va au festival. Comme on part en vacances, trois tentes igloo plantées derrière le parking visiteurs. Cas rare, à vrai dire. Plus sûrement, on s’y rend comme à l’apéro. Détendu, tombée la cravate, même en pleine semaine. La manifestation de Crans-près-Céligny ouvre la saison des open air estivaux. On est paré pour le bain de foule, prêt pour la fiesta. Cette 29e édition? Musicalement, ce mercredi présentait de beaux arguments. Quand bien même le public, déjà discret en début de soirée, se raréfiait plus encore après l’averse.

Il a fallu bâcher les instruments, vérifier que les câbles ne prennent pas l’eau. Côté scène, les risques d’électrocution provoqués par la pluie sont bien réels. Retardée de la sorte, Jeanne Added résumait ces soucis par une formule inattaquable: «Mourir sur scène? Perso, pas tout de suite…» Et la chanteuse de Reims d’entonner une mélodie soul, haut dans les aigus, intonation expressive, jeu emphatique, au-devant d’un orchestre électronique.

Culture du clubbing

Jeanne Added, de ses propres termes, est «dark mais pleine d’espoir». La critique hexagonale en a fait son parangon d’un underground faisant fi des genres. C’était en 2015, les Transmusicales de Rennes puis une longue tournée marquaient ses grands débuts face au public de masse. À Caribana? La petite scène, la «lake stage», rend sans doute moins justice à cette athlète de la performance scénique.

Batterie, percussions, machines: des beats carrés revisitent une techno ancienne, les notes de synthétiseurs évoquent sans détour la new wave d’avant. Noire, la vague. Comme sont froides les lumières de la scène. Mais chaude la voix, larguant ses vocalises dans un anglais parfait. Jeanne Added, coupe en brosse peroxydée, porte des pantalons noirs stricts comme le garde-à-vous d’un groom haut de gamme. En haut, c’est tout dentelle ajourée, dessinant une invite autrement sensuelle. Tout cela nous rappelle qui? Christine and the Queens, mais la musique en plus coriace, plus furieuse. Jeanne Added ondule en battant l’air de ses longs bras laiteux. Voilà qui évoque quoi? Les années clubbing dans les soubassements interlopes de la culture house et Cie, l’élégance de la danse en guise de direction.

Déferlante disco rock

Une certaine forme de romantisme prévaut parmi la nouvelle génération des musiciens. C’est émouvant, et beau à voir. Mais Caribana n’est pas un club. Et la pluie assomme les plus hardis. La foule estivale laisse place à un amas d’individus couverts d’imperméables. Alors il fallait bien l’énergie de Franz Ferdinand pour aller au-delà de minuit. Franz Ferdinand, ses guitares piquetées de punk, l’esthétique costard bottines du combo écossais, y a-t-il rien au monde de meilleur lorsqu’on se fatigue sous les gouttes?

«Bonsoir tout le monde, ça va bien?» Le chanteur Alex Kapranos et son band, c’est l’assurance d’une déferlante disco rock, menée sans faiblir au rythme d’une batterie trépidante. Bien raide la musique, comme la trique d’un officier scottish dont l’haleine charrie son lot d’évocations érotiques. Ainsi allait Franz Ferdinand du temps où l’équipée prenait à la hussarde les grands festivals d’Europe. C’était il y a quinze ans. En 2019, pour continuer de «faire danser les filles», Alex Kapranos, 47 ans, y met tout son corps, gesticulant et bondissant. Diable d’homme. À ce jeu-là, «Take Me Out», premier hit en 2004, reste imbattable. (24 heures)

Créé: 06.06.2019, 19h51

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