Guy Fallot sera célébré en mots et en musique à Lutry

HommageLe «Napoléon du violoncelle» a marqué toute une génération d’élèves des conservatoires romands. Antonin Scherrer lui consacre un ouvrage rythmé par des témoignages poignants.

Transmission Guy Fallot a été précurseur des Jeunesses musicales canadiennes. Pendant plus de vingt ans, il a animé au Centre d’art d’Orford d’importantes master classes.

Transmission Guy Fallot a été précurseur des Jeunesses musicales canadiennes. Pendant plus de vingt ans, il a animé au Centre d’art d’Orford d’importantes master classes.

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La presse américaine l’a surnommé le «Napoléon du violoncelle». Imperturbable et discret, Guy Fallot (1927-2018) est entré très tôt dans la cour des prodiges. Lauréat du Concours de Genève à 15 ans (en duo) et du Grand Prix Piatigorsky, à Paris, six ans plus tard, le Français installé en Suisse s’est produit avec nombre de pianistes, dont sa sœur Monique et quelques pointures: Vlado Perlemuter, Emmanuelle Lamasse ou Rita Possa. Ce pédagogue dans les conservatoires romands a laissé des traces dans l’âme des plus grands, comme les violoncellistes François Guye ou Philippe Muller (le maître de Gautier Capuçon). En témoigne aussi la belle brochette d’anciens élèves qui lui rendent hommage au temple de Lutry et au Conservatoire national de Paris ces 17 et 19 octobre. Un an après sa mort, le journaliste Antonin Scherrer met aussi en lumière le professeur bienveillant dans un ouvrage tissé comme une enquête de dix-huit jours, avec coupures de presse éloquentes et témoignages poignants. Rencontre.

Peu de gens connaissent Guy Fallot. Un talent aujourd’hui minimisé?

Très jeune, le musicien a eu bonne presse, en Suisse et à l’international. Avant la majorité, lui et sa sœur Monique, au piano, deviennent la «révélation» du 5e Concours national suisse d’exécution musicale. À 17 ans, il reçoit le premier prix de Violoncelle au Conservatoire de Paris. La critique s’emballe et Le Figaro se dit victime «d’un mirage». Il voyagera ensuite beaucoup, notamment aux États-Unis, où on le considère comme le «Napoléon du violoncelle». Pourtant, sa carrière de soliste n’a jamais follement décollé. Sans doute à cause de sa discrétion. Mais aussi de problèmes de santé, notamment une paralysie de la main gauche. Aujourd’hui, en Suisse, c’est surtout l’immense pédagogue, à Lausanne et à Genève, qui a marqué les esprits. Parmi ses anciens élèves, on trouve de très grands noms, plusieurs seront présents à Lutry jeudi.

Quelles étaient les spécificités de son enseignement?

Il respectait la personnalité des musiciens, sans les mettre dans un moule, comme c’est souvent le cas dans les grandes écoles. Très exigeant au niveau technique, il a toujours cherché des solutions adaptées au rythme, au tempérament et à la morphologie de l’élève. Collaborant même avec les luthiers pour parfois mieux adapter l’instrument. En interrogeant le violoncelliste François Guye, j’ai compris combien il était le contraire de l’enseignant sanguin, comme c’était souvent le cas à l’époque, qui renvoyait ses élèves après leur avoir balancé les partitions à la figure. Il était profondément bienveillant. C’était sa marque. Tout le monde l’a dit.

Avez-vous pu découvrir aussi une part plus intime du personnage en rencontrant ses proches?

Oui, je ne m’y attendais pas. Ainsi, ses enfants ont évoqué le couple qu’il formait avec sa femme, Marine, avec beaucoup d’émotion. Elle a sacrifié sa vie à la carrière de son mari. Un jour, alors que je quittais leur maison, son fils Benoît m’a tendu, comme distraitement, l’air de rien, un petit papier: «Cette vie, rigoureuse à l’extrême, n’a pu être menée sans le sacrifice à ses côtés d’une autre personne, notre mère, dont la priorité absolue a été de protéger son mari de toutes les nuisances afin de lui permettre de tendre vers son idéal.» Je ne m’y attendais pas du tout. Les enfants ont aussi vécu leur jeunesse de manière particulière. Ainsi Pascale et Patrice m’ont raconté qu’au fil du temps ils étaient devenus des spécialistes en aéroports. Huit mois par année, il était absent.

Sa curiosité, dites-vous, l’a poussé vers des œuvres moins connues.

Exactement. Même s’il n’était pas avant-gardiste, il a mis en lumière des œuvres sortant du répertoire traditionnel français pour le violoncelle. Et cela n’a pas plu à tout le monde! Par exemple, à l’époque, pour les amateurs de Honegger ou de Frank Martin, l’épanchement romantique d’un Rachmaninov – qui avait séjourné au début du siècle chez les grands-parents Fallot, à Rovéréaz! – était le sommet de la vulgarité… Guy Fallot aimait défricher la musique de compositeurs moins connus comme Zoltán Kodály, Jindrich Feld ou encore son ami canadien André Prévost. Il faisait cela instinctivement.

Créé: 14.10.2019, 15h21

Infobox

«Guy Fallot. Souvenirs en rhapsodie d’un grand violoncelliste»
Antonin Scherrer
Éd. Favre, 300 p.

De prestigieux élèves à Lutry

D’anciens élèves de Guy Fallot lui rendent hommage ce jeudi au temple de Lutry, puis samedi à Paris. «Le concert s’ouvre par l’«Élégie» de Gabriel Fauré, note Patrice Fallot, fils du violoncelliste et organisateur. Mon père commençait souvent ses concerts avec ce morceau que ses étudiants connaissent bien.» La star française Ophélie Gaillard fera vibrer ses cordes, accompagnée de violoncelles issus de sa classe au Conservatoire de Genève, qu’autrefois Guy Fallot dirigeait. D’autres anciens de Guy Fallot, comme Philippe Muller, François Guye et Pascal Michel, joueront un programme éclectique, notamment Chopin, Robert Schumann et Pablo Casals.


Lutry, temple, je 17 oct. (20 h).
Paris, Conservatoire national, sa 19 oct. (16 h).
guyfallot-concerts.com

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