«Je monte sur scène parce que je ne sais faire que ça»

Cully Jazz FestivalA 82 ans, Manu Dibango a traversé l’histoire. Le saxophoniste raconte son incroyable saga

Manu Dibango, ici au Festival d'été de la ville de Québec en 2011, ouvrira vendredi soir le Cully Jazz avec un concert autour de son album O Boso.

Manu Dibango, ici au Festival d'été de la ville de Québec en 2011, ouvrira vendredi soir le Cully Jazz avec un concert autour de son album O Boso. Image: AFP

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Il a du mal à trouver une place de parc, alors on l’attend tranquillement dans un restaurant africain du XXe arrondissement de Paris. Le Lion Indomptable, c’est son nom. Une évidence pour un Camerounais! Et quand le mètre quatre-vingt-trois de Manu Dibango arrive tout en carrure intacte et en sourire communicatif, on peine à croire que le monsieur a 82 ans.

«Les musiciens, nous sommes comme des vampires. Les générations passent et nous continuons à faire de la musique qui génère notre propre énergie», s’explique sans attendre Manu Dibango.

Une sorte d'école

Saxophoniste et musicien culte de la world music, Manu Dibango ouvre le Festival de jazz de Cully avec un concert autour de son album "O Boso" et son cultissime morceau "Soul Makossa". «Mon orchestre a toujours été une sorte d’école. Chaque musicien doit amener son double, prêt à le remplacer. Du coup, le renouvellement est naturel sans que je m’en occupe», rigole Manu Dibango. «Par rapport à 1972, rien n’a changé et tout a changé. Nous avons survécu déjà et emmagasiné quarante ans d’expérience. Côté formation, il n’y a plus aucun musicien de l’époque. Certains sont morts, d’autres ont fait des carrières solos. D’autres encore ont abandonné.»

Et pourtant Manu Dibango l’assure, il n’est absolument pas fatigué de jouer son tube interplanétaire. «C’est surtout une chance d’avoir un morceau, "Soul Makossa", qui devient un standard. Demandez à Ray Charles s’il était fatigué de jouer Georgia "On My Mind…" Il y a pu avoir une relation amour-haine avec "Soul Makossa", mais jamais d’usure. Le public se renouvelle et il a le droit d’écouter le morceau qu’il aime. Moi, quand je vais au concert, c’est sûr, je veux que l’artiste joue cet air que j’aime», raconte Manu Dibango.

«Ma-mako» a fait des émules

L’entretien file et le mot simplicité s’impose. Tout est concrètement simple quand Manu Dibango explique. «Bien entendu que les affaires de plagiat ont remis de la lumière sur ma carrière», s’amuse Manu Dibango quand on évoque Michael Jackson. Le "Wanna Be Startin’ Somethin’" dans" Thriller" en 1983 est une copie éhontée de l’incontournable "Ma-mako, ma-ma-sa, mako-makossa" du saxophoniste franco-camerounais.

Après des années de procédure, l’affaire s’est conclue par un arrangement financier à l’amiable. «C’est la loi du genre! On parle de Michael parce que c’est le plus connu. Mais Rihanna aussi s’est servie de" Makossa", en citant Michael Jackson. Cela doit être le lot des musiciens africains», ironise Manu Dibango. Et de poursuivre: «Le tube de Shakira pour la Coupe du monde reprend mot pour mot un morceau militaire de la garde nationale camerounaise!»

Un regret

Alors que la radio joue un air latino, la conversation du musicien digresse sur Ray Barretto, les orchestres portoricains de New York dans les années 1970 et le punch de la musique afro-latine. Parler avec Manu Dibango donne un vertige temporel: les musiciens qu’il cite, il les a vus, connus et a parfois joué en leur compagnie. «Il y a beaucoup de gens avec qui j’aurais aimé enregistrer, mais ils sont morts. Les rencontres se font par hasard et la vie ne l’a pas voulu. Néanmoins, je regrette vraiment de n’avoir pu réaliser le projet que nous avions avec Miriam Makeba. On s’était promis de faire un album comme Louis Armstrong et Ella Fitzgerald, qui font partie de nos idoles», se souvient le saxophoniste.

La tristesse affleure un instant, mais le musicien poursuit son chemin. «Je monte sur scène parce que je ne sais faire que ça. J’aime toujours ça. Il n’y a que les départs dans le bus à 3 heures du matin qui me plaisent moins», rigole Manu Dibango, qui pourrait sans doute se prévaloir d’être l’artiste français le plus international de ces cinquante dernières années. «Ah oui, quand je suis arrivé en France, j’étais Français: l’indépendance m’a trouvé là!»

Et de se souvenir qu’à l’entame des années 1950 dans la «mère patrie» "Gare au gorille", de Brassens, était censuré, tout comme les romans de Boris Vian, qu’il lisait en cachette dans sa famille d’accueil à Saint-Calais, dans la Sarthe.

«Aujourd’hui, en France comme partout, je vois le monde plus frileux. Il est difficile de comparer. Par contre, la Françafrique existe encore. Contrairement à ce qu’affirme Nicolas Sarkozy. Mais Jacques Chirac a été le dernier président à bien connaître l’Afrique», tranche Manu Dibango en une longue explication géopolitique d’un homme qui connaît ses histoires.

Cully Jazz Festival Du ve 10 au sa 18 avril Concert de Manu Dibango: ce soir, 20 h 30 Rens.: 021 799 99 00 www.cullyjazz.ch

Créé: 10.04.2015, 08h09

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