Jean-Michel Jarre: «Nous restons des animaux analogiques»

Interview En concert vendredi à l’Arena, le pape de l’électronique pour tous présente le second volet de son projet «Electronica».

Jean-Michel Jarre, sur scène pour la tournée «Electronica World Tour», attendue vendredi 25 novembre à l’Arena de Genève.

Jean-Michel Jarre, sur scène pour la tournée «Electronica World Tour», attendue vendredi 25 novembre à l’Arena de Genève. Image: Louis Hallonet

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Voilà quelques années maintenant que son allure de jeune homme figure à nouveau en première page des quotidiens. A 68 ans, le pape de la musique électronique pour tous peut se réjouir: grâce à deux albums aux contributions pléthoriques, Electronica 1 et 2, parus respectivement en 2015 et en 2016, Jean-Michel Jarre nourrit l’actualité de la musique populaire. Non sans susciter une question de fond: en invitant la crème des électroniciens d’hier et d’aujourd’hui à cosigner Electronica, de Tangerine Dream à Gesaffelstein, des Pet Shop Boys à Rone, le supposé roi des synthétiseurs cherche-t-il à retrouver un statut qui lui échappe?

Un autre élément permettra d’y répondre: ce vendredi 25 novembre, le musicien français posera ses machines à l’Arena. L’occasion de mesurer en direct si le bonhomme tient encore la route. Avantage possible: loin des spectacles mégalos qui ont fait sa réputation auprès du grand public, dès 1979 et le centenaire de la Révolution française, on attend du Jarre «intimiste» un effort sur la qualité sonore. A l’Arena, on espère également un choix moins tape-à-l’œil de ses nombreuses compositions instrumentales.

Radieux et sombre

Signe que les temps s’accélèrent à nouveau pour l’auteur du multiplatiné Oxygène, quarante ans pile après la sortie de ce best-seller de la variété électronique, Jean-Michel Jarre n’en finit plus de donner des interviews. Qu’il convie la presse dans son studio en banlieue parisienne (lire notre édition du 21 septembre 2015) ou décroche le téléphone en Estonie, étape de son Electronica World Tour, un marathon à travers les grandes salles d’Europe.

«On a fait salle comble à Tallinn, ça fait plaisir.» Apparemment, on le connaît là-bas. Qu’y a-t-il de neuf à se mettre sous la dent avec ce nouveau show? Jarre mentionne le répertoire «plus dynamique» d’Electronica, indique encore qu’il y aura des choses plus anciennes au menu, nécessairement. Rappelle en passant qu’il a toujours exprimé en musique son côté «à la fois sunny et dark, radieux et sombre. Avant d’attaquer un exposé sur l’évolution de l’appareil auditif humain: «Avec l’écoute sur Internet, au casque notamment, la courbe de l’oreille a changé: les graves sont plus importants qu’avant, mais on perd les hautes fréquences. Alors il faut ajouter des aigus. Idem des médiums. En concert, cela devient souvent désagréable lorsque les guitares vous arrachent la tête.» Jarre et son équipe proposent d’y remédier.

Faire sonner fort sans casser les oreilles. L’emploi des synthétiseurs analogiques y contribuera-t-il? «On se fait une fausse idée du vintage. Un musicien reste attaché au synthétiseur Moog comme le violoniste au stradivarius. Ces violons construits au XVIIe siècle restent toujours les meilleurs. Pour ma part, j’ai le luxe de pouvoir mélanger analogique et numérique. Autant le numérique ouvre des possibilités nouvelles, autant l’analogique garde un son unique, particulier.» Et quant à poursuivre sur le sujet, Jean-Michel Jarre instaure carrément un parallèle entre l’instrument tout en bobines et le corps humain, cet entrelacs de cellules. Tous deux bien réels, palpables, solides: «On a beau vivre dans un monde où le numérique prend de plus en plus d’importance, nous restons des animaux analogiques. Ce n’est pas pour rien que l’on ajoute des courbes à des machines qui n’en avaient pas. Les premiers synthétiseurs n’étaient que des grosses boîtes noires. Mais pour jouer, nous devons instaurer un rapport sensuel, sexuel à l’objet.»

Or, poursuit Jean-Michel Jarre, ce n’est pas le numérique en soi qui pose problème. Sinon ses dérives. Voilà pourquoi il a invité le lanceur d’alerte Edward Snowden à poser sa voix sur Electronica 2, pour le titre Exit. «Snowden ne dit pas stop à la technologie mais aux abus qu’elle permet.» Voilà donc que Jarre devient héraut des temps modernes, pour évoquer la surveillance de masse. «Chaque mouvement musical a été le reflet de sa société, que ce soit son côté hédoniste ou son contexte social. Chaque génération a une peur viscérale du futur. Il faut y répondre. Or, aujourd’hui, ce sont les musiciens de l’électronique qui peuvent interroger mieux que quiconque l’évolution des technologies.»

Travail de lobbyiste

Jarre enfonce-t-il des portes ouvertes? Tant qu’à faire, rappeler à la cantonade quelques bonnes vérités, voilà aussi l’avantage du statut de vedette. Laquelle vedette cache un lobbyiste. L’actuel président de la Cisac, la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs, devient autrement plus radical lorsqu’il passe des propos artistiques au débat politique: l’accès à Internet doit être gratuit, dit-il, et les créateurs de contenus doivent être payés en amont. Vieux problème, toujours d’actualité. «Protéger les droits des artistes, c’est nous donner les conditions d’une société viable. C’est aussi important aujourd’hui que le débat écologique l’était il y a quarante ans, à l’époque d’Oxygène

Jean-Michel Jarre En concert à l’Arena de Genève, ve 25 nov., 20 h. Places assises, numérotées. 1re partie: Marcel Grenier. Infos: opus-one.ch

Créé: 22.11.2016, 09h14

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