La Tour-de-Peilz s’encanaille en musique

ReportageLa Becque accueille le label Cheptel Records et sa quarantaine de musiciens dans un cadre design pour troupe débraillée.

Reportage au coeur de la naissance d’un morceau collaboratif lors d’une séance de mélange musical.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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De dos, sur le balcon face au lac, dans son jogging aux couleurs improbables, Robin Girod ressemble à un moniteur de colonie scrutant ses troupes. Il y a de ça. Guitariste au sein de multiples groupes (dont feu Mama Rosin et actuellement Duck Duck Grey Duck), le Genevois est aussi producteur et codirecteur de Cheptel Records, l’écurie discographique qu'il a fondé et dirige avec Nicolas Scaringella, chanteur d'Adieu Gary Cooper. Par leur double impulsion, la maison de disques s'est imposée comme l'une des plus vives aventures musicales récemment nées sur les bords du Léman. Et Robin Girod comme un «grand frère» de 37 ans plus qu’un mentor pour une génération de jeunes musiciens comptables du renouveau de la chanson pop et rock romande, rassemblés pour la plupart sous les couleurs de Cheptel et, cette semaine, dans le cadre lacustre de La Tour-de-Peilz.

On a connu pire lieu de résidence – pardon, de «symposium» ou d’«université d’été», corrige Girod, G.O. de ces huit jours à La Becque, le centre artistique inauguré en septembre 2018 sur l’un des derniers terrains non bâtis jouxtant l’eau. Les huit bungalows design et fonctionnels recevront en avril une nouvelle volée d’artistes résidents, selon les vœux de la Fondation Françoise Siegfried-Meier (lire encadré). D’ici là, ils auront absorbé leur lot de groove salace, gobé leur ration de notes trafiquées et hébergé une farandole de matelas et de sacs de couchage, à même les beaux parquets: il faut se serrer pour accueillir la soixantaine de musiciens que compte Cheptel — ouf, seuls 37 sont annoncés au fil de la résidence.

«Le but, c’est d’être ensemble et c’est tout», résume Robin Girod. «De disposer de temps et d’un lieu pour se retrouver et faire de la musique. Il n’y a aucune obligation à en sortir quoi que ce soit. C’est un cadeau qu’on offre à nos artistes.» Alors que des vibrations sourdent des bâtiments en contrebas, le musicien présente la «tour de contrôle» et ses grandes feuilles de papier griffées de graphiques multicolores à faire fantasmer le CEO de Nestlé, le voisin direct. Pas de stratégie mondiale ici, juste les lignes directrices de la semaine, du «coin du Swag», à «La cave à Momo», de «l’atelier constant (no dodo!)» à la «réunion fanzine», etc. Au menu, des jams, des arrangements de chansons, des ateliers, des compos en solo, en duo, trio, selon les rencontres. Parmi la douzaine de groupes au catalogue de Cheptel (Adieu Gary Cooper, ChâteauGhetto, Kassette, La Bande à Joe, Le Roi Angus, Melissa Kassab, etc.), peu viendront au complet durant plusieurs jours. L’idée est plutôt de favoriser les mélanges entre des musiciens qui, souvent, se côtoient sans se connaître.

Tricoter de ré en ré

Ainsi de l’atelier «modal», qui bat son plein près du lac. Des membres de La Bande à Joe entourent la chanteuse de Bandit Voyage et le guitariste Félicien Lia, tandis que le boy-friend de Melissa Kassab, grand gaillard débarqué de Portland, USA, caresse la batterie. L’idée: créer et enregistrer chaque jour une chanson sur une gamme différente – ce lundi, c’est «mode dorien», donc de ré en ré, qu’il convient de tricoter. On est loin de la glande enfumée. En une heure, les huit musiciens composent une chanson tripartite aux échos arabisants (voir la vidéo), qu’ils enregistrent dans la foulée dans le bungalow adjacent, aménagé en studio. «Nous avons déjà enregistré une dizaine d’heures de nos jams», ajoute Robin Girod. Cheptel a beau ne pas avoir d’attentes discographiques de ce squat créatif de luxe, les albums potentiels tombent chaque jour dans son escarcelle.

«On fait comme il faut faire, résume Girod. Souvent, les résidences sont juste un moyen d’occuper l’actualité d’un club et de filer une subvention au groupe, qui s’emmerde pendant quatre jours dans une salle vide. Ce séjour à La Becque coûtera au label, en nourriture et divers, 6000 francs que l’on n’a pas. Mais on aura fait de la musique chaque jour, et c’est ce qui compte. Je reviens d’un mois à Los Angeles, beaucoup de musiciens y sont comme nous, en Suisse: ils jouent partout, tout le temps, dans la débrouille. Chez nous, entre nous, on peut déjà faire beaucoup. La scène suisse est forte!» (24 heures)

Créé: 05.02.2019, 22h26

La Becque s’offre un baptême en musique



Luc Meier

Directeur de la résidence d’artistes La Becque

«Robin est arrivé en voilier!» Tout nouveau directeur de la résidence d’artistes La Becque et tout vieux fan de musique, Luc Meier se souvient du débarquement du chanteur de Duck Duck Grey Duck à l’occasion du concert d’inauguration du centre en septembre dernier. C’est là que naquit l’idée de prêter les lieux au label Cheptel, avant que les premiers pensionnaires «fixes» ne s’installent en avril prochain et empêchent un tel projet.

Après ce baptême en musique, les huit bâtiments aux allures nippones recevront les récipiendaires des résidences de trois ou six mois, en des formats artistiques multiples (danse, design, photo, vidéo, théâtre, musique, mais pas de littérature). Pour 2019, le jury a reçu 300 candidatures, il en a sélectionné quinze. Issue d’une riche famille d’industriels, la violoniste Françoise Siegfried Meier (1914-2012) a légué ce terrain familial de La Tour-de-Peilz à une fondation chargée d’y assurer une occupation artistique.

«Les gens se sont beaucoup interrogés sur ces nouveaux bâtiments. C’est bien de montrer, avec l’expérience Cheptel, ce que peut être une résidence. Quelque chose qui vit, très accessible, bien loin de l’image élitiste ou opaque que l’on peut avoir du monde artistique», se réjouit Luc Meier. Seul hic: les musiciens de Cheptel «vivent» tellement leur musique que la voisine immédiate, Shania Twain, a demandé de baisser le volume. Des solutions diplomatiques sont en cours pour accorder les violons.

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