La voix de Matthias Goerne a éclairé le Verbier Festival

ClassiqueAvant une «Septième» de Bruckner empreinte de lyrisme, le baryton-basse a déployé toute sa musicalité dans Brahms.

Le chef d’orchestre finlandais Hannu Lintu à Verbier jeudi soir.

Le chef d’orchestre finlandais Hannu Lintu à Verbier jeudi soir. Image: DIANE DESCHENAUX

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À mi-chemin de son édition, le Verbier Festival a placé sur sa grande scène un de ces plats de résistances qui en ont fait la renommée. À savoir un cycle de Lieder porté par une voix prestigieuse pouvant transcender ce répertoire. De ce passage quasi obligé de la manifestation, les fidèles mélomanes gardent sans doute à jamais le souvenir des pages émouvantes qu’a su enchaîner Thomas Quasthoff, chanteur dont les interprétations mais aussi les expressions habitées du visage pouvaient donner à un Lied de Schubert une densité dramatique rarement observée ailleurs. Si bien que ses apparitions étaient à l’époque tout aussi attendues que le sont aujourd’hui celles de musiciens comme Daniil Trifonov ou Grigory Sokolov. Voilà pour les pages révolues.

Aujourd’hui, la poursuite de cette tradition vocale revient notamment à Matthias Goerne, baryton-basse que Verbier invite régulièrement. Après avoir déclaré forfait pour l’opéra de Richard Strauss «Die Frau ohne Schatten», l’Allemand a présenté jeudi soir le court cycle des «Vier ernste Gesange op.121» de Johannes Brahms. Ce qu’on retient de son rendez-vous avec le public? Qu’il a suscité une tiédeur certaine sur le front de la billetterie, tout d’abord. La salle des Combins présentant de vastes portions de sièges vides. Et, deuxième point, que les absents auront manqué une prestation de très belle tenue. Certes, Goerne tend parfois à chevroter, à trop appuyer sur son vibrato, mais la musicalité de sa voix, l’élégance de ses legatos, et la facilité qu’il a encore une fois montrée en grimpant vers les aigus, n’ont pas manqué d’aimanter les pavillons. Il y a eu enfin des instants de grâce pure, où les mots chantés – ceux de «O Tod, wie bitter bist du» surtout – n’ont fait qu’un avec le port scénique du chanteur.

L’orchestre jusque-là dans une grande retenue et délicatesse – des archets encore une fois raffinés – a mis tout son souffle dans la «Symphonie N°9» de Bruckner, pièce inachevée par laquelle, on ne cesse de l’apercevoir entre les lignes, le compositeur prend congé de ce bas monde. Menés par la baguette du Finlandais Hannu Lintu, les opulents pupitres ont particulièrement impressionné dans un «Adagio» empreint de lyrisme. On retiendra enfin, dans cette deuxième partie de concert, la fière allure des cuivres, saignants à souhait dans les tutti.

Créé: 26.07.2019, 18h43

Verbier Festival

Jusqu’au 3 août.
www.verbierfestival.com

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