Le chœur des hommes livré à domicile

MusiqueVendredi, The Company Of Men a mené sa première salve de concerts chez l’habitant. Reportage du salon à la cave

The Company Of Men lance son répertoire sous les voûtes de Bramois, en Valais, pour son deuxième concert de la soirée. De g. à dr.: Gregory Wicky (également journaliste à «24 heures»), Sandro Lisci, Jeff Albelda et Christian Wicky.

The Company Of Men lance son répertoire sous les voûtes de Bramois, en Valais, pour son deuxième concert de la soirée. De g. à dr.: Gregory Wicky (également journaliste à «24 heures»), Sandro Lisci, Jeff Albelda et Christian Wicky.

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«La dernière fois que j’ai eu aussi peur, c’est la première fois que je me suis retrouvé tout nu devant une fille.» Parfois, un salon normal rempli de gens normaux suffit à affoler le rocker. Gregory Wicky, son frère Christian, Sandro Lisci et Jeff Albelda ont foulé les plus grandes scènes suisses, visité des centaines de clubs à l’étranger. Mais ce vendredi soir, le trouillomètre frise le rouge. La salle de concert n’a pourtant rien d’effrayant. Une bâtisse design accrochée aux vignes des hauts de Sierre. Un buffet avec soupe, fromage et pasta. Des bisous à l’entrée, de la part des hôtes, Florence et Patrick Renggli. Des coussins pour les enfants, semés sur un plancher de chêne clair. On a connu des clubs plus pourris.

«Est-ce que ce magnifique parquet supporte qu’on le cogne du talon?»

Seulement, The Company Of Men, ce quartette qui vient au monde en même temps que son premier disque, a décidé de secouer les règles du jeu. Légèrement. Les briscards qui évoluèrent dans Favez et Chewy, parmi les représentants du rock suisse les plus connus au début du siècle, n’ont pas donné à leur musique que les atours de la folk. Leur démarche hérite elle aussi de la tradition américaine, quand les minstrels vadrouillaient guitare au dos le long des voies ferrées, pour se produire en acoustique autour d’un feu de camp ou chez les péquins sympathisants. En janvier dernier, le groupe a posté ses invitations sur son compte Facebook. «Tout ce dont nous avons besoin est un salon avec assez d’espace pour vous, vos amis et la Company Of Men. Nous ne demandons pas de cachet, sauf un chapeau à la sortie. Quelle meilleure façon de passer une agréable soirée printanière?»

Vidéo d'un spectateur à Sierre

Radio tam-tam

Dont acte. Une vingtaine de propositions ont été cueillies par le groupe. Florence Renggli ouvrait la ronde de ces concerts privés, prévus jusqu’en juin à raison de deux prestations par soir, le vendredi et le samedi. «Leur premier clip m’a vraiment charmée, explique-t-elle. Il a été tourné dans un camping près d’Aproz, où nous nous promenions avec mon père quand j’étais enfant. J’ai trouvé géniale l’idée de les faire venir à la maison. J’ai profité de l’occasion pour inviter des amis et des voisins, par radio tam-tam.» Certains sont venus de Neuchâtel, de Bienne, de Lausanne. En tout, une soixantaine de personnes écoutent avec une attention réelle les quatre musiciens un poil gauches dans le cadre chic. «Est-ce que ce magnifique parquet supporte qu’on le cogne?» demande Christian après que Sandro, batteur sans batterie, eut frappé le rythme d’une semelle frénétique.

«C’était l’inconnu»

Quarante minutes plus tard, les accords de Black Belt, une reprise de Chewy, concluent sous les applaudissements un premier round appliqué. Le chœur des hommes bat à l’unisson, quatre voix en harmonie et à l’astucieux ordonnancement. Cet appareillage minimal (deux guitares sèches, une électrique et quelques percussions, bâtonnets, étui à guitare ou plancher) impose aux musiciens une inventivité captivante – les enfants sont restés d’une concentration inespérée. Face à Sierre dans la nuit, Christian souffle sur la terrasse. «On est soulagés. C’était l’inconnu, jouer sans pouvoir se cacher derrière des effets de lumière ou de son. Je craignais surtout le non-contact, le rapport froid.» Dans le public, une convive se réjouit «de cet instant de convivialité réelle, de vrai échange hors du Net». Paradoxe des réseaux sociaux, par lesquels, pourtant, cette soirée a pu se créer. La compagnie n’est pas dupe de l’effet de mode bobo, du concept «faites venir un folkeux à domicile». Mais la nouvelle donne musicale commande de trouver des astuces pour faire exister sa musique, sur le fil du buzz.

Cave aménagée

Les quatre ramassent le chapeau rempli, gobent une tasse de soupe et grimpent dans leur voiture, direction Bramois, près de Sion, pour le second concert de la soirée. Là encore, le modèle du «double gig» est ancien, quand les Beatles (au hasard) enchaînaient parfois cinq prestations par nuit dans les tripots de Hambourg. Chez Fabien von Roten, l’ambiance est plus décontractée, les connaissances plus nombreuses. La cave a été aménagée en salle de récital, avec une vingtaine de sièges. Les guitares sonnent rond sous les voûtes, le concert est plus énergique, un peu plus brouillon. Même répertoire, même succès. The Company Of Men montera-t-elle bientôt sur une vraie scène? «On verra, explique Christian Wicky. Les essais amplifiés, plus dirigés, ne sonnaient pas aussi bien. Et puis, tu as moins de matos à transporter. Sans blague, à 44 ans, ça compte.» Reste à savoir si le succès saura les priver longtemps de la compagnie de plus d’hommes et de femmes.

Créé: 02.05.2016, 12h24

«I Prefer»
The Company Of Men
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Critique

Dans un entrelacs infiniment délicat entre quatre voix et une poignée d’instruments, The Company Of Men publie un premier disque longtemps pensé, cajolé, offert aux bons soins de l’ingénieur du son Andrew Scheps. Que ce dernier ait, par exemple, mixé Crosby, Stills, Nash & Young n’a pas été un inconvénient pour fixer les bons niveaux entre les timbres de Christian et Gregory Wicky, si proches et pourtant lointains. Ex-Favez pour le premier avec Jeff Albelda, ex-Chewy pour le second avec le batteur Sandro Lisci: le savoir-faire de deux groupes est fondu dans un ouvrage en pointillé, entre superbe folk vespérale et soft rock seventies à la Randy Newman (Most Peculiar Man). Epique quand il le faut, marchant vers l’Ouest américain dans un écho de Fender mourante (Hurricane Season, Rosie) ou plus badin sur les tempos d’un Paul Simon agreste (Belly Of The Beast), le quartette dose admirablement ses effets et peint des arrière-fonds d’harmonies pastel, légères ou poignantes. Dans le minimalisme électroacoustique de sa démarche, la compagnie dévoile une heureuse variété de reliefs, de couleurs et de sentiments. Les références toujours nobles ne mangent en rien la singularité de la troupe, portée par une qualité instrumentale rare et par les mélodies de Gregory et de Christian Wicky. Voix fraternelles: les plus difficiles à marier mais qui, une fois réunies, valent tout l’or de la Californie.

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