Le guitariste Thurston Moore cisaille ses obsessions soniques à La Tour-de-Peilz

FestivalLe musicien de Sonic Youth joue vendredi dans le cadre de Nox Orae. Portrait

Thurston Moore sera au festival Nox Orae accompagné du guitariste James Sedwards et de la bassiste Debbie Googe.

Thurston Moore sera au festival Nox Orae accompagné du guitariste James Sedwards et de la bassiste Debbie Googe. Image: FRANK HOENSCH

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Depuis près de quarante ans, ses mèches d’éternel ado s’agitent dans les bourrasques sonores d’un rock qu’il a contribué à redéfinir. A sa manière d’antihéros, Thurston Moore est une légende, le Peter Pan jamais assagi des expérimentations «décibéliques» de l’après-punk. Depuis 2011 et la mise entre parenthèses de Sonic Youth – épopée mythique de trente ans, interrompue en raison de sa séparation avec sa femme, Kim Gordon, chanteuse et bassiste du groupe –, le guitariste et chanteur n’a pas mis un terme à ses ruades électriques dans le corral américain et fouette régulièrement ses chevaux électriques.

L’album Demolished Thoughts de 2011 le dévoilait sous un jour presque élégiaque tandis que Chelsea Light Moving en 2013 et The Best Day, paru il y a deux ans, le voyaient revenir sur des rivages plus remuants et plus salés. De quoi faire tanguer le quai Roussy de La Tour-de-Peilz, demain soir à Nox Orae, petit festival musclé, accompagné du guitariste James Sedwards, de Nøught, et de la bassiste de My Bloody Valentine, Debbie Googe – mais pas de Steve Shelley, batteur historique de Sonic Youth habituellement encore dans les parages de son acolyte.

Même si les projets de toutes sortes ont toujours trouvé place dans son calendrier – que ce soit pour son label, pour assembler des textes pour un livre autour de la culture de la cassette, pour collaborer sur le tube Crush with Eyeliner de R.E.M. sur l’album Monster ou pour improviser avec le saxophoniste John Zorn –, Thurston Moore doit évidemment sa notoriété à l’aventure Sonic Youth, entamée au disque avec Confusion Is Sex en 1983 et close, quinze albums studio plus tard, par The Eternal en 2009.

«Faire la différence après tant d’années, c’est en demander beaucoup. Il y a un facteur d’épuisement envers Sonic Youth»

La caractéristique de ce groupe qui a clamé sa jeunesse sonique pendant trois décennies n’est pas tant de se situer dans les reflux du punk et de la No wave new-yorkaise, cette nébuleuse d’avant-garde rétive à tout format mêlant recherches de textures, bruitisme abrasif et violence libertaire. Cousin de Dinosaur Jr. et influence de Nirvana, le quartet, qui comprenait encore Lee Ranaldo en deuxième guitariste, se revendiquait d’influences bien plus vastes et s’inscrivait dans la grande lignée de la contre-culture américaine, invoquant par exemple les écrivains de la Beat Generation – le titre Hits of Sunshine (for Allen Ginsberg) ou collaborant avec William Burroughs sur Dead City Radio.

Marqué par les premiers concerts new-yorkais de Patti Smith et de Richard Hell, le jeune Moore, débarqué de son Connecticut, se raccorde rapidement à l’héritage de la Grande Pomme – le Velvet Underground en figure tutélaire – et choisit de prendre le large sur des pistes esthétiques qui brisent les codes, en jouent et, idéalement, en créent de nouveaux. La démarche plus ample que celle d’un punk-rock contestataire – même si Sonic Youth n’en abandonnera jamais totalement le vocabulaire – les conduit parfois aux confins de l’expérimentation, voire d’un jazz radical.

Thurston Moore et Lee Ranaldo développent l’art de dénaturer l’accordage de leurs guitares pour tisser des registres bancals, oscillants. D’ailleurs, l’annonce, il y a quelques années, du vol du bus transportant les instruments de la bande semblait presque déjà devoir signer son arrêt de mort, chaque guitare représentant pour ainsi dire un morceau de leur répertoire… Le divorce entre la bassiste et le guitariste a souvent été invoqué pour expliquer la fin du groupe, mais un Thurston Moore légèrement désenchanté donnait une autre explication l’an dernier au magazine Rolling Stone: «Faire la différence d’une chanson à l’autre, d’un album à l’autre, après tant d’années d’activité, je sais que c’est en demander beaucoup. Je pense qu’il y a un facteur d’épuisement envers Sonic Youth pour beaucoup de gens.»

Avec sa dégaine intangible de nerd intransigeant, Thurston Moore ne semble pourtant pas avoir perdu son appétit pour les lignes de guitare alambiquées et cisaillées, et un chant hésitant entre rêverie et neurasthénie. On peine à réaliser que le musicien affiche aujourd’hui 58 ans au compteur. Quand on sait l’aiguiser, le son garde sa jeunesse.

Créé: 25.08.2016, 10h04

A l'affiche de Nox Orae

Vendredi 26 août: The Thurston Moore Group, Spectrum, Imarhandz, Zahnfleisch

Samedi 27 août: The Brian Jonestown Massacre, Föllakzoid, Kikagaku Moyo, Disco Doom

La Tour-de-Peilz
Quai et Jardin Roussy

Portes 18h
www.noxorae.ch

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