Le ténor Benjamin Bernheim sort du bois

OpéraLe Genevois a fait ses débuts à Lausanne, il revient chanter Laërte dans «Hamlet».

Benjamin Bernheim dans les décors de «Hamlet» d’Ambroise Thomas, mis en scène par Vincent Boussard.

Benjamin Bernheim dans les décors de «Hamlet» d’Ambroise Thomas, mis en scène par Vincent Boussard. Image: Florian Cella

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Dans Hamlet, Ambroise Thomas a confié le rôle-titre à un baryton, attribuant le ténor à Laërte, personnage secondaire mais déterminant dans le trio qu’ils forment avec Ophélie. C’est une vieille connaissance qui chantera le frère de la fragile fiancée de Hamlet: Benjamin Bernheim n’était plus revenu à Lausanne depuis huit ans où il avait participé à de nombreuses productions. Qu’est-il devenu? «Eric Vigié a été le premier à me donner ma chance il y a dix ans, affirme-t-il, et il était tout surpris que je revienne auditionner chez lui dernièrement.» Le ténor franco-suisse de 31 ans est proprement ravi de monter à nouveau sur la scène de ses débuts, en guise de reconnaissance. Et en ajoutant le rôle de Laërte à son répertoire, prélude à un engagement plus exposé la saison prochaine sur la scène lausannoise.

Besoin de pratique

Alors qu’il étudiait le chant à la Haute Ecole de musique de Lausanne, le Genevois avait naturellement chanté au sein du chœur de l’Opéra jusqu’à ce que le directeur repère sa belle voix de ténor et lui confie quelques petits rôles dans Amellia al ballo, Le chat botté, Gastone dans La Traviata en 2008. On l’avait encore entendu dans Il Trovatore en 2009 alors qu’il venait d’être sélectionné à l’Opera Studio de Zurich. «Ayant décroché cette place, j’ai interrompu ma formation avant le diplôme: j’avais besoin de pratique plus que de papiers. La véritable école, c’est la scène.» Ce ne sera que la première fois où il brûlera les étapes. Engagé pour deux ans, le ténor passera déjà sa 2e année zurichoise en free lance puisqu’il avait déjà suffisamment d’engagements à l’extérieur. Mais Benjamin Bernheim sait aussi le danger d’une ascension trop rapide, qui a grillé tant de solistes pressés. Alexander Perreira, l’intendant de l’Opernhaus, arrive à le fidéliser dans la troupe jusqu’en 2015. «Quand je suis entré dans la troupe, il y avait, entre autres ténors, Piotr Beczala, Jonas Kaufmann, Vittorio Grigolo: pas évident d’obtenir des rôles de premier plan! Il faut beaucoup de patience, de frustration et de conviction.»

«La véritable école, c’est la scène»

La troupe lui servira de tremplin malgré tout. «Certains collègues se vantent de n’avoir jamais chanté de petits rôles. Je suis au même niveau qu’eux dans la carrière et j’en ai chanté énormément. Mais c’est vrai qu’à un moment, entre ceux qui disent que je suis sous-employé et les autres qui croient que c’est parce que je ne peux pas faire mieux, il faut passer à un autre niveau, provoquer sa chance.»

Alexander Perreira, ayant quitté Zurich pour Salzbourg, lui permettra de faire ce saut en 2012 dans une production de Cléopâtre de Massenet. Il le fera venir également à la Scala de Milan où il est en poste actuellement. Depuis, il rayonne essentiellement dans le monde germanique (Salzbourg, Berlin, Dresde) et dans le répertoire allemand.

«Tu as une vraie particularité»

Comme il ne veut pas rester cantonné dans ce registre, Benjamin Bernheim se prépare à un tournant de sa carrière. L’opéra italien (Rodolfo dans La bohème), russe (Lenski dans Eugène Onéguine) et surtout français, de par ses origines, s’ouvrent à lui. «En venant m’écouter à Salzbourg, le directeur de Covent Garden m’a dit: tu as une vraie particularité, il est temps que tu grandisses. Un tel conseil vous pousse à refuser certaines choses et à en vouloir d’autres.» La saison prochaine, il en est déjà très fier: il chantera Alfredo de La Traviata sur les deux scènes berlinoises, Rodolfo à Paris, le rôle-titre dans Faust à Chicago, Nemorino à Vienne… «ça commence à devenir sympa!»

Et Laërte dans tout cela? «Il a un très joli air au début et une belle scène à la fin. C’est peu, mais il y faut beaucoup de musicalité, de vaillance et de sensibilité. Avec Vincent Boussard, on a beaucoup travaillé sur le détail du texte, du jeu et l’importance de Laërte dans l’histoire, à cause de son absence. Quand ils sont ensemble, Hamlet, Ophélie et son frère sont indestructibles, comme trois enfants soudés. Mais dès que l’un d’eux part, l’alliance sacrée est brisée et le monde s’écroule pour eux.»


Lausanne, Opéra

Di 5 février (17 h), me 8 (19 h), ve 10 (20 h), di 12 (15 h)
Rens: 021 315 40 20

www.opera-lausanne.ch

(24 heures)

Créé: 03.02.2017, 16h58

«Hamlet», ou le spectacle de la folie

«Hamlet» d’Ambroise Thomas n’a jamais hanté la scène de l’Opéra de Lausanne. Il y a toujours un courage à défendre un ouvrage oublié, parangon du grand opéra à la française à tendance pompeuse. Mais ce serait oublier que cet ouvrage adapté de Shakespeare, quand il est traité avec finesse et interprété par des chanteurs acteurs de premier plan, peut devenir totalement captivant. Et se transformer, au-delà de la grande scène d’Ophélie, en un spectacle entier autour de la folie. A Lausanne, Lisette Oroposa aura une lourde responsabilité d’incarner l’héroïne. Elle a pour partenaire Régis Mingus, magnifique Valentin dans Faust l’an passé. Les échos des répétitions laissent aussi espérer de belles ambiances dans la fosse où l’OCL sera conduit par Fabien Gabel.

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