«On pensait que le slam allait se répandre comme le rap»

FestivalPrête à faire bouger les lignes, la 5e édition du Festival de slam de Lausanne ouvre ses portes vendredi. Rencontre avec un de ses piliers, l’artiste Narcisse.

Diverses activités collectives rythmeront le festival: scènes libres, tournois et ateliers slam pour tous les niveaux. Herveì Pfister

Diverses activités collectives rythmeront le festival: scènes libres, tournois et ateliers slam pour tous les niveaux. Herveì Pfister

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Pour sa 5e édition, le Lauslam Festival quitte les planches du Théâtre 2.21 et s’envole au Casino de Montbenon, carrefour des soirées lausannoises. «Pour mieux rassembler», selon le slameur Narcisse, l’un des organisateurs, qui présente aussi sa nouvelle performance accompagnée de neuf écrans de télévision. Une forme hybride qu’on retrouvera dans les prestations du Lausannois MadWizZ L’Indomptable ou dans celui des Cafards sauvages, groupe issu du Conservatoire, autant de nouveaux venus qui brisent les frontières et dépoussièrent un art toujours sous-exposé. Depuis ses débuts en 2006, Narcisse, parmi les très rares slameurs à vivre de sa passion, a en effet vu le slam prendre de la vitesse sans jamais vraiment décoller. Rencontre avec un fana des mots.

Le Lauslam Festival présente des découvertes romandes et internationales. Une sélection difficile?
Bien sûr, mais le choix fait partie du jeu. Au niveau des Suisses, les slameurs que nous voulions inviter gravitaient autour de nous depuis longtemps. Mais le reste du monde regorge aussi de talents, comme Nadine Baboy, une Belgo-Congolaise qui ouvrira le bal vendredi. Avec une performance éblouissante qui conjugue le slam et la danse, unique en francophonie. Dépassant la poésie au sens strict, les mouvements mènent ici au rêve et au subconscient, tout en évoquant l’exploitation d’êtres humains au Congo.

Après Grand Corps Malade, vous avez ouvert la voie au slam il y a plus de dix ans. Où en est-il aujourd’hui?
Il faut rappeler que le slam a débuté en France au milieu des années 1990. Et qu’en 2005, il a bien explosé grâce à Grand Corps Malade. En Suisse, je commençais à le pratiquer et nos médias cherchaient une star helvétique. Et ils se sont intéressés à notre scène au Théâtre 2.21. Pour nous, c’était du pain bénit. On imaginait qu’un nouveau moyen d’expression allait se répandre à large échelle, tout comme le rap. Mais ce coup de projecteur n’a pas duré longtemps. Et il a fallu trouver une autre façon d’avancer. Aujourd’hui, on continue à distiller l’esprit du slam, à travers des ateliers dans les écoles. À Lausanne, il y a une scène slam tous les mois depuis treize ans. Mais tout cela reste alternatif. En France, il existe une ligue et une fédération française de slam, en constante progression.

Pourquoi la vague est-elle tombée?
La poésie garde une image assez négative. Et puis la particularité du slam est qu’il met en avant les mots, bien plus que les poètes. Les slameurs ne cherchent pas à être adulés, ni à être invités sur les plateaux de télévision. Pas même à être enregistrés pour passer à la radio. Pour eux, la parole doit être vécue dans l’instant. Et puis il y a beaucoup d’amateurisme, ce que je trouve bien.

Dans le magma des styles actuels, est-il aisé de différencier le slam?
Non, c’est très compliqué. Parce que le slam n’est pas un style, et donc on ne peut le lier à rien. Si on le rattache au rap, c’est dommage car il n’est pas apprécié par une bonne partie de la population. Et si on le considère comme de la poésie, c’est une autre partie qui la trouve ennuyeuse.

Qu’est-ce qui vous préoccupe aujourd’hui?
Dans mon dernier spectacle «Toi tu te tais», je défends toutes les personnes qui n’ont pas la parole. Des femmes brimées par leur mari. Des personnes âgées moquées par les jeunes. En fait, j’ai beaucoup de mal avec les cons. Parfois je me fais insulter par des jeunes UDC, des homophobes ou des gens qui sont contre l’avortement. Car ils se sentent attaqués. Mais je n’ai rien contre un groupe en particulier! Si je critique le comportement d’un UDC, je pourrais tout aussi bien attaquer un socialiste. Je suis simplement contre ceux qui empêchent de vivre ensemble.

Quels sont les auteurs qui vous inspirent en ce moment?
Mes maîtres sont restés les mêmes. Brassens, Gainsbourg, Brel, des artistes qui se battaient pour des causes qu’ils jugeaient justes. Il y a un épisode que je trouve assez symptomatique: lorsque Brassens écrit «La complainte des filles de joie», il prend la défense des prostituées. À l’époque, la chanson avait été censurée. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord avec lui. Moi j’ai écrit la suite de ce texte en prenant la défense des clients, car ce ne sont pas tous des pervers, mais surtout des pauvres gars qui n’ont pas d’autres possibilités. Et on me dit que je vais trop loin. Peut-être que dans vingt ans…

Slamer est-il un bon moyen de se faire entendre?
Dans notre société, la scène slam représente un des rares moments où n’importe qui a la possibilité de prendre la parole devant un public à l’écoute, bienveillant et avec un esprit critique. Mais il peut aussi être une forme d’exutoire. Dans un de mes ateliers à Fribourg, un jeune de 15 ans a fait son coming out en slam devant toute sa classe. C’était incroyable et je pense que ça lui a fait un bien fou! L’art peut casser des barrières. Quand on utilise des beaux mots, qu’on soigne le rythme, le son, les rimes, ça induit de belles idées…


Lausanne, Casino de Montbenon
Ve 24 (dès 19 h 30), sa 25 (dès 13h)
et di 26 mai (dès 13 h)
www.slameur.ch


Au programme
Ve 24 mai
Terry Yaki, scène libre, MadWizZ L’Indomptable
Sa 25
Slam sauvage dans les rues de Lausanne (matin), atelier d’écriture, tournoi. Dès 20 h, Tokyo, finale du tournoi, Narcisse.
Di 26
Brunch, atelier pour enfants et adolescents, Les Cafards sauvages (spectacle enfants), tournoi junior.
(24 heures)

Créé: 20.05.2019, 21h58

«Slam? Slam! Slam.» pour défricher cet art

Coécrit par trente slameurs romands dont Narcisse, «Slam? Slam! Slam.» plonge dans l’univers de cet art oral et poétique, à travers une vingtaine d’exercices pour se familiariser avec l’écriture. Mais aussi des jeux et des échauffements à réaliser avant de se lancer sur scène, ainsi que de nombreux textes inédits pour s’inspirer de ceux qui en font leur vie.

Au début de l’ouvrage, une définition de Marc Smith, son inventeur à Chicago. «Un slam, à savoir un claquement de poésie, est un cirque de mots, une école, une rencontre de citoyens, une cour de récréation, une arène sportive, un temple, une exposition de parodie, un éclat de rire massif, une performance, explique-t-il. C’est le mariage d’un texte à sa présentation adroite théâtrale, devant un auditoire qui a la permission de répondre.»

La définition sera au fil de l’ouvrage remaniée, débattue. Car le slam n’est pas un dogme, ni un style, mais une forme de récitation. Pour Lilitchi, c’est «résister aux sarcasmes, contrer la médiocrité ambiante».

Le livre peut être commandé sur www.slameur.ch/boutique.

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