Phanee de Pool a embrasé les cœurs du Jorat

ConcertVendredi au Théâtre de Mézières, la Biennoise a chanté en création avec un orchestre à cordes lausannois de 51 musiciens amateurs. Un «Symphogramme» coloré et explosif.

Généreuse, Phanee de Pool marie à merveille sur scène le style classique des cordes avec son «slap» et ses instruments électroniques.
Images: FLORIAN CELLA

Généreuse, Phanee de Pool marie à merveille sur scène le style classique des cordes avec son «slap» et ses instruments électroniques. Images: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Plutôt solitaire sur scène comme dans la vie, la chanteuse biennoise Phanee de Pool est carrément sortie de sa zone de confort, vendredi soir au Théâtre du Jorat, à Mézières. On connaissait déjà l’ancienne policière, qui avait provoqué l’engouement sur la Toile avec son tube «Luis Mariano», composé le 11 septembre 2016, juste après un mémorial dédié aux attentats, qu’elle regardait, triste, à la télévision. Puis son succès rapide sur les scènes internationales, avec son premier album «Hologramme»: déjà une centaine de dates en Suisse, en France et en Belgique. Mais aussi en Corée du Sud et en Chine. Sans oublier les prix, dont une distinction aux Swiss Music Awards 2018, et ses 5000 albums vendus.

Phanee de Pool, qui maîtrise autant le loop (motif musical en boucle) que le slap (un style inventé entre le slam et le rap) vient de concrétiser un nouveau rêve: se produire avec un grand ensemble à cordes. L’artiste émergente a emporté avec elle 51 musiciens issus de l’orchestre lausannois Amati, hors des sentiers battus (et parfois de la scène), dans une nouvelle création qui s’est achevée par trois standing ovations. C’est l’effet «Symphogramme»: le nom du show – contenant les mêmes morceaux que l’album, réarrangés par le pianiste Étienne Champollion –, mais aussi d’une grosse machine incongrue inventée par l’artiste. Et qui lui parle sur scène entre deux chansons.

Le «Symphogramme» a été inventé par l’interprète et son père. Sur scène, Phanee de Pool anime les musiciens avec cette machine bizarre.

Juste un peu de réconfort

Impossible d’approcher Phanee de Pool avant le concert sans passer par la case «papa» et «maman». Son père, le manager, branché, drôle et sans langue de bois, virevolte un peu partout dans les coulisses. «Ce soir, c’est important. Il y a des programmateurs dans la salle.» Et s’inquiète pour sa fille. «J’espère qu’on ne fait pas tout à l’envers…» Sa mère, Frédérique, est aussi présente, arrivant sur scène comme une fée à la fin du filage. Phanee de Pool lui saute au cou. Rien de ridicule, juste beaucoup d’amour. «C’est la seule chose que j’exige vraiment quand je pars en tournée, confie-t-elle. J’ai besoin de les avoir tout le temps à mes côtés.» Dans les coulisses, l’artiste est tendue, mais ne manque pas d’humour quand elle s’adresse aux techniciens. «Plus jamais de filage!» Et évoque volontiers ce côté vintage qui lui colle à la peau et qu’elle ramène cette fois à travers ce drôle d’instrument. «J’avais vraiment envie d’avoir un appareil boiteux sur scène.»

Une heure avant le concert, la chanteuse reste longuement concentrée sur les derniers détails.

Allumée jusqu’au bout du show

Certes les grands ensembles n’ont pas que des bons côtés. Ce soir-là, l’orchestre Amati, aussi amateur, manque parfois d’un brin de précision pour suivre le rythme coupé au rasoir de la chanteuse et ses compositions électroniques. Les mouvements des musiciens sont aussi trop calibrés. Leurs chorégraphies, entre deux coups d’archet, ne servent pas vraiment l’ensemble. Tout comme les intermèdes dialogués entre la chanteuse et la machine qui parle – «vous êtes trop froide avec moi Madame!» Et pourtant la magie opère, on retrouve avec gourmandise les paroles de l’artiste, sublimées cette fois par quelque chose de plus grand. Les cordes vibrantes emportent avec elles ses plus beaux thèmes, de «Miettes sur le canapé» à «L’inverse de toi». Phanee de Pool partage avec le public tous ses délires. Sautant sur scène de manière effrénée et laissant échapper quelques cris qu’elle ne semble plus maîtriser. Cependant, en coulisses, l’artiste évoque son instrument avec beaucoup de pudeur. «Je sais que je ne suis pas une chanteuse à voix, mais à textes.» Et se tait. Pourtant Phanee de Pool, que certains comparent volontiers à Carla Bruni, détient un timbre fragile qu’elle maîtrise parfaitement dans sa douceur. Défiant même parfois le rythme du morceau qu’elle ne suit plus. Comme un appel à la liberté.

Créé: 07.10.2019, 10h32

Juste avant le grand saut…

Comment allez-vous?
Archi mal. Même si j’ai l’impression que tout est sous contrôle. On a répété assez pour que ça fonctionne, mais je sens une pression énorme sur mes épaules! Quand je tourne en solo, je maîtrise. Là, on a changé la mise en scène, on est beaucoup et je suis un peu perdue. Toutes ces nouvelles contraintes me font peur…

Un rituel avant d’entrer en scène?
Jamais. Je n’aime pas la superstition. Je préfère juste ne pas être trop entourée. Et je fais ça avec mes mains (elle se les frotte). Puis je me planque derrière le rideau et je fais les cent pas, impatiente. Sans jamais regarder le public. Je n’aime pas savoir qui est dans la salle. Et je crains toujours qu’elle soit vide!

Deux mots sur le «Symphogramme»?
C’est une vieille machine boiteuse qui procure des émotions, des rires, des larmes, des étincelles, des coups de cœur, des coups de foudre, des coups d’électricité. Je l’ai imaginé avec papa. Et ça pète aussi. Et ça fume. Et ça crache!

Articles en relation

«Je suis une adulte enfant»

Musique Autoproclamée «slappeuse», la policière-chanteuse Phanee de Pool nous chatouille de sa plume pointue. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.