Soirée lyrique, mais pas dramatique

OpéraLe concert d’airs d’opéras offre quelques beaux moments de musique, aplatis par un écran omniprésent. Le chœur et l’orchestre sont les grands gagnants de l’exercice.

À quand le retour du théâtre chanté? Ici une scène de l'opéra «La Boheme» de Giacomo Puccini.(Archives)

À quand le retour du théâtre chanté? Ici une scène de l'opéra «La Boheme» de Giacomo Puccini.(Archives) Image: Keystone

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Un orchestre de chambre fribourgeois aux dimensions symphoniques (75 musiciens), un chœur d’une centaine de personnes, enrichi d’enfants pour entonner la «Garde montante» de Bizet, quatre chanteurs puissants bien qu’amplifiés: le plateau d’«Opéra en fête», aux arènes romaines, est copieusement rempli. Depuis jeudi et pour trois autres représentations, un florilège d’airs d’opéra remplace cet été la production lyrique d’Avenches Opéra, permettant de créer une structure protectrice pour les interprètes. L’orchestre conduit par Laurent Gendre et le chœur préparé par Pascal Mayer sont les gagnants de l’exercice, car ils bénéficient d’une meilleure exposition. Les choristes ont pu intervenir davantage dans ce pot-pourri que dans tout opéra intégral, pour le bonheur du public.


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Les solistes ont plutôt bien rempli leur délicate mission, qui consistait à faire vivre un personnage le temps d’un air avant de passer au suivant. À ce jeu, Anne-Catherine Gillet est celle qui glisse avec le plus de justesse et de naturel dans ces écarts de style. Délicieuse Juliette, pimpante Marguerite, touchante Gilda dont on aurait aimé suivre le destin. Physique de malfrat, Marco Vratogna impressionne par la puissance de ses graves et sa ligne de chant. Florian Lanconi a du coffre. Le ténor irradie en Cavaradossi («E lucevan le stelle»), mais sa tendance à pousser les aigus par en bas dessert sa justesse. L’expressivité débordante de Kate Aldrich fait des étincelles dans «Carmen», délivrant des graves bien timbrés. Mais, dans l’air tiré du «Prophète» de Meyerbeer, le manque de surtitres se faisait sentir.

Entre des images prétextes au kitsch affligeant et des captations vidéo en direct des musiciens, le concept visuel affadit la musique, voire la perturbe. C’est la désagréable impression qui ressortait de la débauche de pixels versée par l’écran géant en arrière-scène. Le décalage, même minime, entre le geste du chef et sa retransmission crée une sorte de dissonance visuelle permanente, sans compter les gros plans sur les chanteurs qui ne les avantagent pas si souvent. Les arènes d’Avenches ne sont pas un plateau de télévision. À quand le retour du théâtre chanté?


Avenches, arènes Sa 30 juin, je 5, sa 7 juillet (20 h 45) www.avenchesopera.ch (24 heures)

Créé: 30.06.2018, 17h14

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