Steve Reich, un éclair prodigieux et hypnotique

ConcertPièce phare de l’Américain, «Music for 18 Musicians» a transfiguré la cour du MAH samedi soir à Genève.

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Il ne reste qu’une dizaine de minutes avant que les musiciens de l’ensemble Contrechamps, d’Eklekto et de l’ensemble vocal Séquence ne réunissent leurs forces sur la scène de la cour du Musée d’Art et d’Histoire. Les pulsations de l’iconique « Music for 18 Musicians » de Steve Reich vont bientôt s’emparer des lieux, dans un long mouvement sonore porté par un orchestre à la configuration si peu usuelle. On se demande alors si face à cette armée de percussions, si face à ces marimbas, xylophones, vibraphones et ces quatre pianos (!); si face aussi au violon, au violoncelle, aux clarinettes et aux quatre voix féminines, le public allait trouver l’envoûtement que provoque depuis sa création en 1976 ce monument de la musique dite répétitive ou sérielle.

Pendant quelques décennies, il faut le rappeler, l’oeuvre a permis, comme quelques autres rares objets musicaux du XXe siècle, de fendre cet épais rideau qui sépare la création contemporaine du large public. Les dizaines de milliers de disques écoulés du premier enregistrement de la pièce en 1978 et les centaines de concerts donnés partout dans le monde par l’ensemble du compositeur, disent l’éclat de cette histoire très peu banale. Mais qu’en est-il aujourd’hui?

Public nombreux
A quelques minutes du concert, donc, les lieux apportent une première réponse. A l’intérieur de l’enceinte, la cotation des places assises est hors de contrôle. Les autre recoins donnant un accès visuels à la scène - posture debout bien sûr - sont pris d’assaut. Quant aux angles morts de la cour, ils sont occupés par des mélomanes résignés à se contenter du simple mais essentiel plaisir auditif. Dehors, sur le parvis du MAH, près de deux cents personnes font la file et attendent sans grand espoir de pouvoir cueillir des bribes de l’événement.

A 22h45, à l’abri d’une bise mordante, tout débute et un univers sonore sans rides s’ouvre enfin aux présents. Eclairée d’un bleu pâle, la scène acquiert très vite les allures d’un atelier discipliné, peuplé d’artisans appliqués a donner forme de manière méticuleuse à des mouvements séquencés. Les strates sonore ne cessent alors de se superposer les uns aux autres et un mille feuille musical mouvant se bâtit ainsi, avec une précision diabolique. L’oeuvre amplifiée retrouve là toutes ses structures et ses couleurs, maîtrisée par les musiciens et par un ingénieur du son qui ne trahit jamais les équilibres voulus par Steve Reich. Une heure plus tard, les pulsations décroissent, les dernières notes du violon éteignent la musique. L’état quasi hypnotique que suscite la pièce s’évapore. Le public quitte les lieux après une longue ovation, certain d’avoir assisté à un moment qui marquera les annales de la Fête de la musique. (24 heures)

Créé: 24.06.2018, 18h54

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