Verbier a replongé avec insouciance dans 25 ans de souvenirs

ClassiqueLe festival a célébré en légèreté son anniversaire en compagnie de dizaines de stars qui ont marqué son histoire.

Le chef d'orchestre russe Valery Gergiev a dirigé la partie finale du concert de gala du Verbier Festival.

Le chef d'orchestre russe Valery Gergiev a dirigé la partie finale du concert de gala du Verbier Festival. Image: NICOLAS BRODARD

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Il faut imaginer cela comme une compression d’images saillantes, qui ont marqué l’histoire du Verbier Festival. Par une sorte de petit miracle, on les a retrouvées en grande quantité, dans des séquences rapides mercredi soir à la salle des Combins. Chacune d’entre elles s’est rattachée à des noms, à des visages d’artistes qui, pour certains – le baryton-basse Thomas Quasthoff par exemple – ont disparu depuis un certain temps du paysage valaisan, et pour beaucoup d’autres, continuent d’écrire des pages marquantes, ici et ailleurs. Tous ou presque se sont réunis pour fêter le quart de siècle de cette aventure musicale. La troupe copieuse d’artiste a pimenté avec légèreté et insouciance une soirée de gala qu’on attendait de pied ferme. Face à eux, dès 18h, la salle comble, qui connaît la liste des invités, espère des feux d’artifice; à la place, a surgi à un orage court et puissant, qui n’a pas empêché pas pour autant le démarrage des festivités, avec les mots de bienvenue du fondateur et directeur du festival, Martin Engstroem.

Ce qu’on retient des quatre heures et plus qui ont suivi? Le joyeux désordre avec lequel, pour commencer, une camerata éphémère d’archets a plongé dans le «Concerto Brandebourgeois N°3» de Bach. Avec ces pas liminaires, Verbier a montré ses muscles et a rappelé sa puissance, en alignant côte à côte Pinchas Zukerman, Maxim Vengerov, Leonidas Kavakos, Mischa Maisky, Tabea Zimmermann, Nobuko Imai et tant d’autres. À mi-chemin entre la colonie de vacances et le tournoi d’exhibition entre talents de la raquette, ce passage a dévoilé une troupe peu soucieuse de bien jouer, de soigner ses attaques et ses intonations. Là n’était pas le but. On a très vite compris, au contraire, que l’important était d’y être et de s’amuser, en quittant pour une fois le rôle de soliste et en plongeant dans celui de simple musicien d’ensemble. Les rires de Kavakos – figure habituellement si austère – ont tout dit des intentions de la bande.

Ces mêmes gestes légers et libérateurs, on les aura retrouvés à l’heure de l’épilogue. Sous les ordres d’un Valery Gergiev visiblement peu concerné par l’affaire, l’Orchestre de chambre du festival, renforcé par tous les invités et par le RIAS Kammerchor, s’est mis à chanter le thème célèbre de l’«Ouverture» du Guillaume Tell de Rossini. Ailleurs, d’autres instantanés saisissants encore: des petits couacs techniques après le premier entracte, accompagnés par une voix off qui a su mettre une touche bienvenue d’autodérision («on a perdu les pianistes», «on a retrouvé les pianistes mais on cherche la tourneuse de pages», «on a trouvé la chaise de la tourneuse»).

Plus tard encore, on a été saisi par le quatre mains tout en contraste entre l’élégant et ascétique András Schiff et l’exubérante Yuja Wang, dont la longueur des robes semble perdre chaque année des centimètres précieux. Et on a été frappé aussi par les retrouvailles entre Sergei Babayan et son élève Daniil Trifonov, dans un instant musical d’une grâce rare. Pour terminer, on se souviendra du retour de Thomas Quasthoff, qui a bouleversé tant de fois le public de Verbier avec ses Lied habités et qu’on a redécouvert dans le rôle improbable de crooner jazz, micro à la bouche, voix toujours caverneuse.

Verbier Festival, jusqu’au 5 août. Rens. www.verbierfestival.com

(24 heures)

Créé: 26.07.2018, 11h45

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