AC/DC: Rose de honte

MusiqueDimanche à Berne, le cirque australien a épuisé son capital de sympathie en imposant un chanteur aux antipodes de ses standards de qualité. Continuer à tout prix?

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il y avait quelque chose de rassurant avec AC/DC: pas de surprise dans sa musique, pas de déception dans ses shows. Du moins, pour le public suisse, jusqu'à ce soir pluvieux du 29 mai 2016, où la plus solide des machineries australiennes s'est révélée ferraillerie grinçante et toc, dans un stade de Suisse bondé où la bienveillance des fans ne parvenait pas à réchauffer une apathie morne, un baroud sans joie devant une cause perdue et un spectacle particulièrement triste.

Déjà, l'histoire était moche. Dans un flou juridico-médical, Brian Johnson, le chanteur endurant (certes pas originel, puisqu'il remplaçait le premier gueulard Bon Scott, décédé en 1980) annonçait en début d'année qu'une surdité menaçante le contraignait à stopper la tournée. Quelques jours plus tard, il quittait le groupe, pas vraiment retenu par ses coreligionnaires. Après 36 ans de bons et loyaux services, un brin de solidarité envers le martyr du haut volume n'aurait pas fait de mal, mais passons.

Visiblement, le business AC/DC, qui s'étalait dimanche sous toutes les formes et tous les prix, des tee-shirts aux tasses à café en passant par les cornes de diablotin, ne pouvait pas se permettre un break de quelques mois - pour que Johnson se soigne ou que le groupe, déjà récemment privé du guitariste fondateur Malcolm Young (dément) et du batteur Phil Rudd (en délicatesse avec la justice australienne), ne trouve un vocaliste digne de ce nom. Qu'AC/DC, à ce point déplumé de ses membres historiques, décidât de poser les plaques, satisfait du travail accompli, était visiblement un scénario tout aussi hors de propos.

Miaulement de chat écrabouillé

Au boulot, donc! Moins d'une année après sa dernière visite suisse, le quintette relevait à nouveau les compteurs à Berne. Ciel délavé, scène grise, muraille d'amplis anthracite. Même vidéo d'intro que l'an dernier. Unique nouveauté, un chanteur tangue au milieu de la scène, gros visage botoxé de frais, sapé de cuir noir façon Zorro, chapeau y compris. A ses doigts, plus de bagues que Zaza Napoli. Dans sa gorge, un miaulement de chat écrabouillé à la place des punchs aigus de Brian Johnson. Dans une vie antérieure, l'ersatz menait avec une certaine grâce salace les Guns N' Roses. Vingt-cinq ans et autant de kilos plus tard, Axl Rose remplace abominablement mal un chanteur dont le stade de Suisse a mis moins de dix secondes à regretter l'absence.

Bien sûr, il reste Angus Young. Le virtuose solo fait ce qu'il peut pour muscler le show, ravivant l'excitation du public à chaque sprint le long du couloir pénétrant la foule, Gibson SG tendue sous la pluie. Le guitariste de 61 ans a sorti une tenue d'écolier bleu électrique, unique touche de couleur dans le noir de ses coéquipiers et la grisaille du décor. Plus que jamais, AC/DC = Angus. Hélas, le soufflé retombe régulièrement et le tranchant de la SG se noie dans un son informe, désagréablement brouillé par des fréquences stridentes: Axl qui chante. S'il fallait prouver par l'absurde à quel point la voix musclée de Johnson, souvent critiquée, possédait le grain parfait pour le boogie hard des Australiens (tout comme il est bien moins simple qu'il ne paraît de tenir à la batterie leur tempo à l'os), la démonstration est sans appel.

Beauf égomaniaque

Deux heures durant, le groupe remplit son contrat. Les cloches de Hells Bells, les zébrures de Thunderstruck, le riff d'intro, monumental, de Back in Black. Ecrite à la mort de Bon Scott, cette chanson faisait le titre de l'album posthume, le premier avec Johnson, qui allait devenir le plus gros succès d'AC/DC. Aucune sublimation, en revanche, n'a accompagné le passage à Axl Rose, que l'on se surprend même à plaindre - ce qui, envers le beauf égomaniaque et homophobe de l'aventure Guns N' Roses, relève de l'exploit. On plaint aussi ce groupe qui, incapable d'arrêter sa locomotive à cash, traite par le dédain la place de son chanteur et, indirectement, par le mépris la fidélité aveugle de son public.

(24 heures)

Créé: 30.05.2016, 09h28

Articles en relation

«Soudain, mon ampli a pris feu!»

Interview AC/DC revient cabossé mais toujours habité du démon du rock. Rencontre avec Angus Young, diable de guitariste. Plus...

AC/DC a marché sur Zurich

Concert Le barnum électrique d’Angus Young et ses amis a mis la ville en orbite. Match retour dimanche. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.