«Je suis une adulte enfant»

MusiqueAutoproclamée «slappeuse», la policière-chanteuse Phanee de Pool nous chatouille de sa plume pointue.

Phanee de Pool alias Fanny Diercksen, aussi douée avec les mots que pour les grimaces.

Phanee de Pool alias Fanny Diercksen, aussi douée avec les mots que pour les grimaces. Image: Yann Zitouni

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Les gens aiment beaucoup ce qu’elle fait, et elle n’en revient toujours pas. La Biennoise Phanee de Pool (Fanny Diercksen à la ville), 28 ans, s’est inspirée de son actuel métier de «flic» (elle raccroche l’uniforme à la fin de l’année) pour se trouver un nom d’artiste. Sans aucune prétention, elle a repris sa guitare, abandonnée il y a six ans, pour que la musique lui amène un peu de plaisir après de très dures journées trop souvent passées à côtoyer la mort. Impossible pour elle dès lors de tourner avec le même nom que celui avec lequel elle signe ses rapports de police, celui qui est affiché sur son uniforme. Les mots, elle préfère les utiliser pour s’amuser que pour verbaliser, pour corriger. A la base, elle voulait rester dans son coin, en faire un hobby pour distraire ses amis. «Et quand ça a commencé à prendre, ma première réaction a été de me dire «oups» et d’aller en parler à mon chef. Il a dit que cela ne posait pas le moindre problème, tant que je ne posais pas en uniforme ou quoi que ce soit. Chaque semaine je postais une nouvelle chanson sur Facebook et c’est comme ça que j’en suis venue à faire un album.»

Depuis quelques semaines, son «slap», mélange de slam et de rap – charmant, mais lucide – est largement diffusé sur les ondes romandes et le très bien léché clip du single de son album Hologramme (sorti il y a un mois), Des miettes sur le canapé, fait le buzz sur le Net. «Je vous rassure, je ne parle pas en rimes. Mais j’ai une tendance à lister les choses, style: «C’est dans ton cœur, dans ton corps, dans tes tripes, dans ta tête…», et tout de suite cela va ressembler à un slam…»

Avec ces sonorités enfantines, on dirait que vous transformez les mots en pâte à modeler, pour construire votre propre univers…

J’essaie de voir le monde un peu autrement. Il y a déjà bien assez de personnes pour tout peindre en noir. J’aime la simplicité et je cherche à écrire des textes abordables. Je ne pensais pas que ça me viendrait si facilement. Je n’ai pas la moindre base littéraire à part l’école. Je ne lis ni Proust ni Verlaine, je connais leurs noms, évidemment, mais ça s’arrête là. Ce que je crache, c’est ce que j’ai dans la tête… et dans les tripes, et dans le cœur (rires).

C’est votre art-thérapie à vous?

Oui! C’est ma manière de supporter ma vraie vie. Je dis toujours que je suis flic croyante mais pas pratiquante. J’ai mis hyper peu d’amendes. Je suis surtout celle qui désamorçait les situations tendues, j’aime faire de la protection et de la prévention. Je n’arrive pas à enfoncer les gens plus profondément qu’ils ne le sont déjà. Impossible pour moi de verbaliser une mère de famille qui court partout pour véhiculer ses trois gosses et qui a oublié de mettre sa ceinture! Aujourd’hui, je fais de l’administratif dans les bureaux à Bienne. Ce n’est pas passionnant, mais ça a l’avantage de remplir mon frigo. Cela dit, je n’ai aucun regret, même si je me réjouis de finir. Quand je suis entrée à la police, j’étais une enfant. Maintenant je suis une enfant adulte!

Vous préférez écrire ou slapper?

Ecrire, c’est la base de tout, mais dès le moment où j’arrive à chanter ce que j’écris, c’est le Graal. Et les concerts, c’est tout nouveau pour moi. Gros trip et gros flip à la fois. J’ai envie de faire les choses bien, mais si les gens sont venus pour moi, je dois assurer. Je n’ai encore pas bégayé, mais j’ai eu des blancs. Une fois, j’ai même sorti mon classeur pour retrouver les paroles. La honte!

De Pool est un clin d’œil au loop, cette technique qui permet d’enregistrer une boucle musicale et de la rejouer à l’envi. Difficile à maîtriser?

Disons que cela me demande pas mal de concentration et étonnamment ce stress me canalise et m’empêche de partir en live… en live!

Vous qui parlez tout au long de vos chansons, vous faites quoi entre les morceaux?

Des blagues! Dans mes titres il y a déjà tellement de messages, de mots, qu’entre deux je ne peux pas devenir soudainement sérieuse. Je ne suis ni une donneuse de leçons ni un porte-drapeau. Je ne maîtrise pas suffisamment la politique pour revendiquer quoi que ce soit. J’ai des idées et des idéaux, mais je ne les clame pas parce que je ne sais pas le faire.

Vous n’êtes pas en train de faire votre rébellion en douceur?

Je ne sais pas. Le monde, je le subis. Je suis spectatrice de ce qui se passe et n’ai pas la moindre prétention de changer quelque chose avec trois textes. Je crois juste que c’est la personnalité qui ressort après l’avoir troquée pour un uniforme… (24 heures)

Créé: 18.10.2017, 18h38

En concert

Lausanne, FNAC, showcase sa 21 oct. (15 h). Yverdon, l’Echandole, ve 10 nov.
Nyon, Parenthèse, je 7 déc.
www.phaneedepool.com

Hologramme

Phanee de Pool

Distr. Lugeon

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