De l’Albanie à la Suisse, Elina Duni revient au Cully Jazz pour mieux «Partir»

MusiqueL’exil traverse encore le dernier album de la chanteuse, qui joue samedi au Temple de Cully à guichets fermés. Rencontre

Au Temple de Cully ce week-end, la chanteuse Elina Duni sort l’album «Partir».

Au Temple de Cully ce week-end, la chanteuse Elina Duni sort l’album «Partir».

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C’est une hérésie de le dire mais heureusement qu’il y a les disques, car les dernières soirées du Cully Jazz affichent presque toutes complet. Le concert d’Elina Duni, au Temple samedi, ne fait pas exception. Les déçus peuvent toutefois se consoler avec «Partir», sorti en Suisse en avant-première en raison du festival de Lavaux.

En 2015, la chanteuse suisse d’origine albanaise y présentait son premier solo. Depuis, l’expérience s’est approfondie jusqu’à cette poignante collection de douze chansons voyageuses, à la gravité épurée mais aux pas sensuels, qui traitent toutes d’un départ, de l’exil, dans le prolongement de «Dallëndyshe» son précédent album en quartet.

«Je voulais poursuivre sur cette voie, mais de manière différente, en allant plus loin», confie l’artiste, de passage à Lausanne avec deux grandes valises qui lui confèrent un petit air nomade en accord avec la thématique de son disque. «Je ne voulais pas seulement évoquer l’Albanie, mais plein d’autres pays» indique celle qui arrivait en Suisse à l’âge de dix ans. «Mais je voulais aussi parler d’autres formes d’exil que culturels et géographiques. Aborder l’exil de soi, de quelque chose ou de quelqu’un. Poser la question: de cet arrachement, de cette douleur, que faire? Est-il possible de la transformer en joie?»

Les feux de l’actualité

À partir d’une expérience personnelle – la fin d’une longue histoire d’amour – qui l’a renvoyée à une condition de migrante aujourd’hui sous les feux de l’actualité, elle a repris ce «chemin que l’on fait tout seul». «Ces moments où il faut faire confiance à l’inconnu, alors que l’on n’a rien, à part ses souvenirs.»

Celle qui se définit comme une «citoyenne du monde» a emprunté des chansons à toutes les sources, arpentant vocalement la carte d’une Europe élargie, volontiers méditerranéenne. «En chantant longtemps en albanais, je suis devenue une ambassadrice de cette culture, mais cela m’a fait aussi prendre conscience des valeurs partagées par un territoire plus vaste: les Balkans, la Méditerranée. Avec ces pays où les gens se tirent dessus parce qu’ils se ressemblent tant.»

De l’intime à la politique, le voyage l’a conduite à repenser le nationalisme, le patriotisme, jusqu’à s’impliquer dans des concerts de protestation contre des centrales hydrauliques. «Un projet de 3000 digues ou barrages sur ces rivières – le cœur bleu de l’Europe – qui vont de la Slovénie à la Grèce et qui lient les cultures entre elles. La nature va peut-être nous unir, elle n’est ni grecque, ni allemande, ni arabe. Elle est à sauver et nous fait oublier les frontières.»

Pour préserver la fluidité du mouvement – l’immobilité, c’est la mort – rien de tel que de sauter d’une langue à l’autre. Au gré de «Partir», la chanteuse passe de l’italien à l’anglais, de l’allemand au portugais, du yiddish à l’arménien, et traverse les univers, du réalisme à l’allégorie. «La chanson en yiddish, «Oyfn weg», parle d’un petit garçon qui veut se transformer en oiseau pour s’envoler vers un arbre abandonné. Avant qu’il ne parte, sa mère exige qu’il s’habille et le couvre de tant d’habits qu’au moment de s’élancer, il s’écroule.»

Des mélopées arabo-andalouses au Je ne sais pas de Jacques Brel, ce répertoire trouve sa destination dans l’interprétation en solo, où la voix, soulignée d’un peu de tambour, de guitare ou de piano, ne cache rien des secrets déposés dans ses chansons. «Il y a une mise à nu dans le solo, une dimension intense qui s’apparente à une confession.» Sur la piste de chansons immémoriales (et d’un texte original), Elina Duni n’arrive jamais à destination mais laisse entrevoir les beautés transitoires d’une vie intranquille.

Créé: 20.04.2018, 10h17

À l’affiche

Ve 20 avril:
Lizz Wright (Chapiteau, 20 h 30, complet), Sons of Kemet
(Next Step, 19 h 30), Bugge Wesseltoft (Temple, 21 h) Un plan Off:
Duck Duck Grey Duck (Le Club, 21 h 30)

Sa 21 avril:
Fatoumata Diawara avec
- M - (Chapiteau, 20 h 30, complet), Ester Rada (Next Step, 19 h 30, complet), Elina Duni (Temple, 16 h, complet), Božo Vreco (Temple, 21 h, complet).
Un Plan Off:
Josef Leimberg (Le Club, 19 h)

Cully Jazz Festival
Rens.: 021 799 99 00
www.cullyjazz.ch

L'album

«Partir»
Elina Duni
ECM (distr. Musikvertrieb)

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