Andreas Staier explore l’intérêt de Bach pour la France

ClassiqueLe claveciniste allemand donne en récital en clôture du festival Bach de Lausanne.

Andreas Staier, un vie au coeur des instruments

Andreas Staier, un vie au coeur des instruments Image: JOSEP MOLINA

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Le clavier sous toutes ses coutures: Andreas Staier incarne la figure presque idéale du spécialiste de musique ancienne, capable de révéler tout le suc des instruments d’époque, que cela soit sur clavecin ou sur pianoforte, l’ancêtre du piano. Contrairement à nombre de ses collègues cantonnés à l’un ou l’autre instrument, le champ que le musicien allemand cultive s’étend sur trois siècles, grosso modo de Purcell à Schumann, mais c’est en grand connaisseur de Bach qu’il a été invité le samedi 24 novembre pour clore le 21e Festival Bach de Lausanne, avec le grand honneur de vernir un tout nouveau clavecin acquis par le festival (lire encadré). Coup de fil à un artiste en perpétuel état de curiosité, comme son compositeur favori.

Andreas Staier, vous avez placé votre récital sur le thème de Bach et la France. Il n’a pourtant jamais mis les pieds hors d’Allemagne!
C’est vrai, contrairement à Haendel ou Telemann, Bach a peu voyagé, mais il a toujours montré un très grand intérêt pour les musiques françaises et italiennes et il a copié lui-même de nombreuses partitions pour les avoir dans sa bibliothèque. Pour mon concert, j’ai choisi une petite collection de pièces qui montrent l’influence française dans sa musique, avec d’un côté les pièces que Bach a connues avec certitude et de l’autre ses compositions inspirées du style français.

Quand a-t-il découvert la musique française?
À 15 ans, Bach se rend à Lunebourg pour se perfectionner. La bibliothèque de l’église Saint-Michel, où il étudiait, comportait une très importante bibliothèque musicale. Il y découvre une «Messe pour orgue» de Nicolas de Grigny (1672-1703) qu’il recopie intégralement. J’en ai choisi un extrait qu’on peut jouer au clavecin. Cette messe de tradition catholique n’était d’aucun usage pour le Bach luthérien; c’est donc en autodidacte et par intérêt purement musical qu’il la recopie et la conservera toute sa vie. Pendant son séjour de deux ans, il fait aussi des excursions fréquentes à Hambourg et à Celle dont la cour entretenait une chapelle avec des musiciens français.

Qu’en est-il d’Anglebert?
Quand son fils Wilhelm Friedemann avait 6-8 ans, Bach a commencé à écrire pour lui des pièces «faciles» pour clavecin, le «Notenbüchlein». À la fin du cahier, il donne une explication sur l’interprétation des ornements (trilles, appoggiature, etc.), qui reprend littéralement la «table d’ornementation» de Jean-Henri d’Anglebert (1629-1691), publiée en 1689 à Versailles. Je commencerai le concert par la «Première Suite» de d’Anglebert. À la fin de ce recueil, le Français inclut cinq fugues pour orgue en ré mineur, composées sur le même thème: Bach partira de ce modèle pour écrire «L’art de la fugue».

On sait que Bach appréciait beaucoup Couperin.
Il y a plusieurs témoignages, en effet. Dans le cahier d’Anna-Magdalena, sa femme, on trouve la copie d’une pièce de François Couperin (1668-1733), le rondeau «Les bergeries». Même si sa bibliothèque a été dispersée à sa mort, on suppose que Bach devait posséder un exemplaire du «Second Livre de pièces de clavecin» dont je jouerai des extraits. La «Partita No 4», avec son «Ouverture à la française» montre la manière dont il «digère» ce style pour son propre usage. Il s’inspire toujours des danses, mais ne donne jamais de titres comme Couperin. Ils vivaient quand même dans deux mondes totalement différents!

Créé: 22.11.2018, 11h05

Le clavecin tout neuf du festival

«Grâce à un don de la Fondation BCV, le Festival Bach de Lausanne peut réaliser un rêve de vingt ans: acquérir un clavecin. C’est le premier instrument qui nous appartient.» Jean-Marc Longchamp, président du conseil de fondation du festival ne peut pas se réjouir davantage du concert du 24 novembre avec Andreas Staier, qui permettra d’entendre pour la première fois en public l’instrument sélectionné par Kei Koito, fondatrice du festival.



En étroite collaboration avec le facteur de clavecin Jean-Michel Chabloz (en photo ci-dessus) installé à Mannens près de Payerne, Kei Koito a jeté son dévolu sur un instrument anonyme, originaire de Saxe ou de Thuringe et datant des années 1730-1740: Bach aurait pu le connaître. Il existe plusieurs enregistrements prestigieux réalisés sur une copie de cet instrument, exécutée par un facteur parisien il y a une vingtaine d’années. Mais Jean-Michel Chabloz a eu la chance d’accéder directement à l’original, appartenant aujourd’hui au claveciniste Pierre Hantaï, en cours de restauration. «J’ai pu faire mes relevés sur le clavecin démonté en juillet et j’ai commencé le travail en août, confie l’artisan vaudois. Le délai pour le construire était vraiment court, mais c’est une occasion très particulière. Il est encore très frais, et il ne peut que prendre de la bouteille avec les années. Je n’ai jamais construit un instrument aussi long – 2,6 mètres – ce qui m’oblige à louer une autre remorque pour le transporter!»




festival Bach

Lausanne, église de Villamont
Samedi 24 novembre (20h)
Renseignements: monbillet.ch
www.festivalbach.ch

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