Andrew Bird a fini de gazouiller

Musique Le chanteur américain sort «Are You Serious», un album aux visées pop évidentes, après les années «brocante». Interview

Andrew Bird lors d'un festival aux Etats-Unis en 2012.

Andrew Bird lors d'un festival aux Etats-Unis en 2012. Image: Keystone

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Le genre de gars que l’on s’imaginait reconvertir le rouet de son arrière-grand-mère en instrument de musique et organiser une petite fête de danses en ronde dans la grange… Parmi les pionniers du renouveau folk, Andrew Bird, héritier érudit, joueur (au sifflet) et virtuose (au violon), n’a pourtant jamais mis le feu à la botte de foin. Là où Hugh Coltman avait son groupe The Hoax pour lui donner une descente et une contenance blues, où Charlie Winston avait la France comme bac à sable et Moriarty le tube Jimmy, notre drôle d’oiseau de l’Illinois peinait à sortir du nid de la confidentialité.

Une malédiction qu’il entend briser avec Are You Serious, son 13e album depuis le Music of Hair de 1996, en comptant ceux réalisés avec le groupe Bowl of Fire. «Pendant des années, j’ai tourné sous le radar, confesse-t-il au téléphone. Maintenant ça va beaucoup mieux et j’ai eu du plaisir, mais j’ai vraiment eu l’impression d’avoir dû convaincre une personne à la fois, avec des nuits où je jouais devant une vingtaine de personnes. Il a fallu du temps pour passer du concert dans un bar au show, et me dire mais qui attendent ces gens? Mais, c’est moi!»

Désormais extirpé de ses champs de coton par Universal qui le distribue – «j’aurais pu éviter les majors, mais ils font du bon boulot» – Andrew Bird se sent pousser des ailes d’aigle. «Le moment décisif a déjà eu lieu il y a des années, quand j’ai décidé d’arrêter les groupes et de me servir dans ma collection de disques, pour me focaliser sur mon intériorité et la musique qui en sortait. Garder sa liberté de changer: je ne voulais surtout pas devenir le personnage de mes chansons. Rester vivant, dans la fraîcheur. La musique doit te donner de l’espace et il ne faut pas abuser des avantages de l’obscurité, même si le but n’est pas de traquer le hit qui n’est de toute façon que la bénédiction des attentes du public.»

«Je ne vais pas le cacher: c’est pour ça que j’ai fait cet album. Je pense qu’il comporte 5 titres qui peuvent toucher un public plus large»

A écouter Are You Serious et son entame, Capsized, on sent tout de même une volonté de moissonner plus large qu’auparavant. «Je ne vais pas le cacher: c’est pour ça que j’ai fait cet album. Je pense qu’il comporte 5 titres qui peuvent toucher un public plus large. C’est voulu, mais sans compromis. Je me suis trop retenu d’écrire ces chansons qui peuvent se glisser sous la peau… Je n’aurais jamais pensé que je ferais un jour une chanson comme Capsized, sur deux accords, si basique et si masculine!»

«Mordre plus franchement dans la vache»

A 42 ans, Andrew Bird a donc dû lutter contre certaines de ses habitudes, bonnes ou mauvaises. Sa maîtrise du vocabulaire musical par exemple, qui lui permettait toujours de dénicher un joli bibelot sonore dans sa brocante. «Oui, je pense que je suis un peu «suréduqué» d’une certaine manière. C’est mon job depuis toujours… J’ai mis la pédale douce sur mon côté fantasque ­et des éléments qui s’usaient – siffler, le glockenspiel – pour devenir plus direct, ne pas me cacher derrière de jolies brumes, mais mordre plus franchement dans la vache. Bon, mes paroles demeurent toujours plus compliquées que la moyenne pop, je ne sais pas faire autrement que de parler de ma vie!»

Que les fans de la première heure se rassurent, le chanteur et violoniste n’a pas perdu sa fascination pour des arrangements chiadés, mais a par contre mis son instrument en sourdine. «Je joue toujours du violon à dose décente, mais je ne cherche pas à briller, ce serait encore me cacher. Les chansons, le songwriting, passent en premier. La guitare, je ne peux pas la jouer autrement que vaguement punk-rock et c’est marrant de prendre un instrument que vous ne connaissez pas et d’en tirer des accords bruts.» A contre-courant de son raffinement naturel, Andrew Bird ne désavoue pourtant pas ses premières amours. «Le jazz est toujours la musique que j’écoute le plus et les gars avec qui je travaille sont presque tous des musiciens de jazz, mais qui savent ce qu’est une bonne chanson ­ – et se retenir évidemment!» De là à en déduire qu’il sera au Montreux Jazz, il y a un pas qu’il ne franchit pas. «Mais je crois que je suis dans la région cet été.»

Créé: 26.03.2016, 20h01

Critique

Malgré toute la sympathie que l’on vouait à Andrew Bird depuis plus de dix ans, il était difficile de ne pas déplorer chez lui, album après album, une lacune dans la catégorie des chansons marquantes qui vous posent un artiste. Sur Are You Serious, l’Américain n’a – heureusement – pas abandonné les finesses d’instrumentation et d’arrangement qui le signalaient comme l’un des plus sophistiqués représentants du folk indé. Mais le chanteur a enfin décidé de sortir du bois et d’oser les rengaines plus directes, les refrains qui poissent. C’est le cas d’entrée de jeu avec le rock mid-tempo Capsized, mais Bird double immédiatement la mise avec Roma Fade où, sur une rythmique bien trempée, il remet le couvert des pizzicati de violon et de ses sifflotements ajustés pour lancer une chanson magistrale sur ces regards qui en disent parfois trop long… Un classique instantané.Dans les réussites, il faut encore ajouter son duo avec la délicieusement rauque Fiona Apple, un Left Handed Kisses, blues de cabaret irrésistible.

Are You Serious

Andrew Bird

Concord (distr. Universal)
Sortie le 1er avril

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