Angel Olsen, plus tragique, plus belle

DisquePour «All Mirrors», la musicienne américaine offre à ses chants solitaires un puissant format orchestral. À entendre à Antigel.

Angel Olsen, 32 ans, auteure, compositrice, interprète, chanteuse, guitariste, originaire du Missouri, établie en Caroline du Nord, livre cet automne 2019 son quatrième album en dix ans de carrière, «All Mirrors», publié par le label américain Jagjaguwar

Angel Olsen, 32 ans, auteure, compositrice, interprète, chanteuse, guitariste, originaire du Missouri, établie en Caroline du Nord, livre cet automne 2019 son quatrième album en dix ans de carrière, «All Mirrors», publié par le label américain Jagjaguwar Image: Cameron McCool

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Angel Olsen, avec un nom pareil, on lui donnerait son âme en confession. Ça irait droit dans l’os du sujet, ça trancherait sec, hurlerait, susurrerait, et puis on s’en remettrait ensuite comme d’une énorme gueule de bois. Angel Olsen, voilà le nouveau mirage pop qui pénètre profondément les oreilles en cet automne 2019. Son album s’intitule «All Mirrors», quatrième opus pour la musicienne américaine, qui en a fait, des folks et des rocks en son temps. Celui-là est d’un tout autre acabit. Ce «All Mirrors» nous liquéfie.

Profond alors. Parce que la musique contient un allant incroyable. Affaire d’arrangements pour l’essentiel. Entendez ces cordes! Mieux que le simple ajout d’un tapis de fond – chose si courante – voilà que les traits d’orchestre, dus à Jherek Bischoff et Ben Babbitt sous la houlette du producteur John Congleton, participent pleinement à l’édifice. Tout ce que donne «Lark» – la «blague» – premier titre ouvrant l’album. Ces violons procurent un sentiment de mélancolie, évocation possible du tragique de Sixto Rodriguez tel qu’on l’entend sur «Cause», également des parties orchestrales du «Yellow Submarine» des Beatles, ces courtoisies fanées conçues par George Martin…

Le mirage? Angel Olsen possède une voix plastique, mariant froideur clinique et chaleur stomacale. Surprenant, et non moins déroutant cocktail, qui évoque le lyrisme d’une Kate Bush aussi bien que l’aigre-doux de PJ Harvey, un croisement des deux en somme. Également d’autres figures plus confidentielles – on a en tête Neko Case, cette chanteuse de «country alternative» au timbre aigu, iridescent. Tout en un chez Mme Olsen.

«T'oublier, cela est trop dur»

Et non, ce n’est pas «La petite maison dans la prairie». Plutôt «Les hauts de Hurlevent». Du cinéma, il y en a une part, qui fascine, et pourrait tout autant laisser impassible. Angel Olsen, on l’a compris au fil de ses apparitions sur près de dix ans (elle est âgée de 32 ans), propose une suite de personnages bien campés. C’était la chanteuse qu’on invite dans tel projet «indie», pour le très underground arty conscient Tim Kinsella en 2013, avant cela avec le chantre de la country revisitée, Bonnie «Prince» Billy, pour son «Wolfroy Goes to Town» en 2011. Une figure dont Angel Olsen s’est totalement émancipée depuis. D’abord en livrant sa propre vision du folk, sur «Half Way Home» en 2012. Mais ce qui allait enfin frapper les esprits, c’est son passage à un rock de plus en plus épais, graisseux, roublard, sur «Burn Your Fire for No Witness» en 2014 d’abord, enfin «My Woman» en 2016, tous deux édités par Jagjaguwar, fleuron des labels indépendants américains. Angel Olsen que l’on retrouvait sur scène, son «band» en costard – y compris les musiciennes – elle en talons aiguilles, short extracourt, guitare électrique en bandoulière, éructant «Shut up and kiss me».

En 2019, «All Mirrors» dit autre chose. De la peine de l’amour et des sentiments qui remuglent et rabotent une jeune femme dont le souhait principal consiste à tout dévoiler, pour faire le tri. «Lark» commence ainsi: «To forget you is too hard, there’s still so much left to recover.» «T’oublier, cela est trop dur, il y a tant de choses perdues à retrouver.» Le propos ne paie pas de mine, rien d’extraordinaire dans la formulation. Importe alors l'intention qu’Angel Olsen met dans la scansion, virant d’un timbre doux vers un refrain dramatique. En témoigne entre autres la ballade qui clôt l’album, ce «Chance» à pleurer, rythme ternaire nous renvoyant aux années 1960. «Le drame, dit-elle, voilà ce qui entoure mon propre monde, depuis toujours».

«All Mirrors» Angel Olsen (Jagjaguwar/Irascible). En concert en janvier à Genève.

Créé: 12.01.2020, 12h25

Antigel pour chauffer Genève

Pour sa 10e édition du 24 janvier au 15 février, Antigel sort le grand jeu, aux quatre coins de Genève. Avec, pour accompagner la diva pop Angel Olsen au registre des têtes d’affiche d’un copieux menu musical, le trublion Philippe Katerine et le gourou folk Devendra Banhart.

On retient, parmi bien d’autres encore, le batteur afrobeat Tony Allen, le chanteur de 16 Horsepower, David Eugene Edwards, de même que le groupe Ride, pilier du rock anglais dans les années 90.

Également Vetiver, Californien rêveur; la rencontre improbable entre l’afrobeat de Tony Allen et la techno de Jeff Mills; le blues terreux d’Inspecteur Clouzo, que ce duo français répète en élevant de la volaille.

Et même Luka Bloom, beau rescapé des eighties de folk FM. Sans compter les nouveautés, Pomme, The Comet Is Coming, Niño De Elche, Kevin Morby... Pas de concert au Victoria Hall cette fois, mais l’Alhambra en guise de point de ralliement.

Le CD



«All Mirrors»

Angel Olsen

Jagjaguwar/Irascible

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