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Antoine Rebstein dirige à l’Opéra

Privé de main droite, le pianiste lausannois fait carrière à Berlin comme chef. Il conduit «Pierre et le loup» à l’Opéra.

Antoine Rebstein en pleine action à Berlin.
Antoine Rebstein en pleine action à Berlin.
Lauren Pasche

La reprise, cette semaine, de la production de «Pierre et le loup», de Prokofiev, à l’Opéra de Lausanne réserve une heureuse surprise: dans la fosse s’active un chef d’orchestre lausannois qui n’avait encore jamais dirigé dans sa ville natale. Installé depuis longtemps en Allemagne, Antoine Rebstein s’est fait rare en Suisse romande, à l’exception d’une apparition en 2013 au Festival de Verbier et de quelques concerts plus anciens au festival Lavaux Classique. «Je me suis éloigné de Lausanne, reconnaît le Berlinois d’adoption. Ou peut-être est-ce Lausanne qui s’est éloignée de moi, je ne sais pas. Mais c’est vrai que l’essentiel de mes activités sont aujourd’hui en Allemagne, dans les pays de l’Est et en Italie.»

L’ancien pianiste prodige né en 1978 a su rebondir, malgré un méchant coup du sort. Préparé très jeune à une carrière de soliste qui s’annonçait prometteuse, Antoine Rebstein a souffert dès 2003 de douleurs à la main droite, qui ne l’ont pas contraint à abandonner totalement le piano; il joue cependant exclusivement de la main gauche. Récemment, il a même interprété le fameux et terrible «Concerto pour la main gauche» de Maurice Ravel, et il ne désespère pas d’interpréter une fois celui de Prokofiev, encore plus redoutable selon lui. Un récent documentaire diffusé sur Arte rend compte de ce destin qu’il partage avec d’autres éminents confrères tels que Michel Béroff ou Leon Fleischer.

Mais le pianiste handicapé s’est aussi formé pour devenir chef d’orchestre, où son élégance altière fait merveille. Directeur depuis 2009 du Jeune Orchestre de l’Université libre de Berlin, c’est là qu’il s’est créé son réseau et ses amis. «J’ai un contrat de durée indéterminée avec cet orchestre, qui ressemble beaucoup à l’OSUL, et pour le moment il semble que je suis la personne dont ils ont besoin.»

Le choix de prendre son temps

Bien implanté à Berlin, Antoine Rebstein est aussi régulièrement sollicité pour remplacer au pied levé des collègues malades dans les nombreux orchestres que compte la capitale allemande. Pour sortir du répertoire symphonique qui l’occupe principalement, le chef a fondé en 2016, avec quelques amis, un petit ensemble à géométrie variable, le Kammerensemble Berlin. «Nous jouons parfois avec les cordes seules ou avec quelques vents, détaille le fondateur, et je suis convaincu que c’est en jouant du répertoire chambriste, du Mozart et du Haydn, que l’on apprend le plus le métier de chef.» Comme cet ensemble est entièrement porté par lui, c’est le projet qui lui prend le plus de temps. «Je fais tout tout seul, avec l’aide de ma femme, mais des propositions arrivent et on ne peut les refuser.» Dans un registre assez similaire, le jeune maestro a été invité à diriger un programme par an en tournée avec un petit orchestre des environs de Berlin, le Schmöckwitzer Kammerorchester.

Face à l’évidence de son talent, on se prend à rêver pour lui d’engagements plus prestigieux. Mais l’intéressé n’y tient visiblement pas plus que ça. «Il y a des chefs qui sautent d’un orchestre à l’autre, trois jours ici, trois jours là. Ce n’est pas ce que je recherche. J’aime savoir ce que je veux faire à l’avance, j’aime approfondir et j’ai toujours eu besoin de beaucoup de temps pour apprendre, même au piano.» Pour la même raison, Antoine Rebstein ne s’est pas profilé dans la filière des Kapellmeister d’opéra. «Diriger un soir «Lulu», le lendemain «La Walkyrie» et le surlendemain du Puccini, ce serait insupportable.» L’opéra ne lui est pas étranger, cependant, et on aura l’occasion de le réentendre en avril prochain au Reflet de Vevey dans la création scénique d’un opéra italien du XIXe siècle jamais monté jusqu’ici, «L’ombra», d’Ugo Bottavchiari.

En attendant, avec «Pierre et le loup», interprété par 21 musiciens de l’Orchestre de la Haute École de musique de Lausanne, le chef d’orchestre prend manifestement son pied. «On imagine que cette musique tonale – à part quelques «fausses notes» typiques de Prokofiev – est facile parce qu’on la connaît par cœur, mais elle contient énormément de détails qu’on n’entend pas toujours, et ce n’est aisé pour personne. Il faut faire attention à ne pas se laisser influencer par d’autres versions qu’on a dans l’oreille.»

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