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L’art de tisser et retisser la musique de Mahler

Simone Young a magnifié la fresque de la «4e symphonie» avec un OCL augmenté. Critique.

Simone Young, une baguette inspirée
Simone Young, une baguette inspirée
Klaus Lefebvre

Au fil des concerts qu’elle a dirigés avec l’OCL sur trois saisons en tant que cheffe invitée principale, Simone Young a partagé son amour pour les musiques postromantiques et modernes et pour la voix. L’ancienne cheffe de l’Opéra de Hambourg rêvait de pouvoir pétrir de ses mains éloquentes un orchestre symphonique au complet à Lausanne. La réunion annuelle de l’OCL avec l’Orchestre de la Haute École de musique lui offrait enfin cette possibilité mercredi et jeudi à la salle Métropole le temps d’un Grand Concert. Lequel aboutit en toute logique sur le «Notturno» (1896) pour cordes écrit dans la veine hyper-romantique du jeune Arnold Schönberg et surtout la «4e symphonie» (1901) de Gustav Mahler, gorgée de sensibilité à fleur de peau et imprégnée de vocalité.

Simone Young y conduit ses troupes avec un naturel sidérant, comme si cet orchestre construit pour l’occasion en faisait son pain quotidien. Dans cet exercice, chaque pupitre est partagé par un musicien professionnel et un étudiant, permettant de lisser les aspérités. À part de rares micro-approximations dans les passages les plus éthérés aux cordes ou quelques interventions plus timides de certains souffleurs, la qualité et la précision instrumentales de l’ensemble forcent l’admiration. Il y a un réel bonheur à voir s’ébrouer la clique des huit contrebasses, à voir les vents lever ensemble leurs pavillons au ciel pour lancer les appels les plus sonores.

Plus brève, plus légère et féminine

La «4e symphonie» est la plus brève (une petite heure), la plus légère d’orchestration, et la plus féminine du compositeur autrichien. Le ton général de l’œuvre n’est pas fait que de tendresse souriante, mais quand les angoisses, les diableries ou les violences pointent, elles sont voilées et vite résorbées. Mahler multiplie les éclairages, les changements d’humeur et de style comme rarement, faisant penser au foisonnement des rêves. Le scherzo grouille de vie exacerbée et d’échos macabres. L’immense mouvement lent a des déchirures que Simone Young traite de manière tantôt douce, tantôt sombre, tantôt éclatante: les passerelles vers l’au-delà ne sont pas ici des portes béantes, mais plutôt des échancrures secrètes camouflées dans le velours.

La cheffe australienne recoud ce qui est décousu dans le patchwork mahlérien, tisse et retisse les thèmes, ajoutant une souplesse inouïe à ces textures moirées. Sans se perdre dans les plis des sensations, elle déroule un parcours qui mène au final, chanté ici par l’idéale soprano Mélissa Petit, dans cette «Vie céleste» qui fait léviter l’orchestre et qui met le public aux anges.

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