Les artistes à découvrir à Label Suisse

MusiqueDécouvrez la sélection d’artistes réalisée par notre rubrique culturelle pour la 8e édition de festival lausannois.

Label Suisse en 2016.

Label Suisse en 2016. Image: KEYSTONE - A

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Le septet de Christoph Stiefel, pianiste qui met le feu au cordeau

Dès l’ouverture de Label Suisse, Lausanne prendra la mesure du jazz en grande forme et formation. Le Christoph Stiefel Septet se déploie dès le premier jour de la manifestation gratuite, à ciel ouvert au centre-ville. Référence pour de nombreux musiciens, le pianiste zurichois, 57 ans, joue trop rarement dans la région, même s’il a évidemment déjà été invité par le club Chorus ou par le festival JazzOnze+.

S’il a fait ses premières armes aux côtés du harpiste Andreas Vollenweider, il a rapidement mis sur pied ses propres projets avec une prédilection pour le trio, mais aussi pour le quartet, croisant la route de musiciens comme Matthieu Michel, Peter Erskine ou Marcel Papaux. Son Inner Language Trio s’est par exemple distingué avec des réussites récentes, comme l’album «Big Ship» de 2014. Inventeur d’une méthode de composition inspirée par des techniques médiévales, Christoph Stiefel structure volontiers sa musique avec précision mais laisse toujours de nombreux espaces à son art d’improvisateur coloriste.

Ses incursions sur des territoires classique ou électronique ne l’ont pas empêché d’expérimenter précocement la formule épurée du solo même si c’est donc en septet qu’il nous arrive à Lausanne, dans la foulée de l’album «Rhythm-a-tized» de 2016. B.S.

Place Centrale, Lausanne, ve 14 sept, 18 h 30


À la salle Métropole et à la sauce américaine, le Kammerorchester Basel relit ses classiques

Depuis quelques années, le Kammerorchester Basel s’est taillé une réputation d’interprète pointu du grand répertoire classique. Sous la direction de son principal chef invité, Giovanni Antonini, il a par exemple lancé une intégrale au disque et au concert des 107 symphonies de Haydn jusqu’en 2032! Schubert est aussi à l’honneur avec Heinz Holliger.

Mais le collectif fondé à Bâle en 1984 a aussi le chic pour rendre classiques les musiques de chaque époque, c’est-à-dire évidentes, incontournables, indispensables. À Lausanne, ils défendent le meilleur de la musique américaine, à l’occasion du centenaire de Leonard Bernstein. À la très populaire «Suite sur «West Side Story» répond l’extrême exigence des «Chichester Psalms», chantés en hébreu par la Knabenkantorei Basel. Entre ces deux pôles d’inspiration de Bernstein que sont Broadway et ses racines juives, le chef Jérémie Rohrer plongera l’auditoire dans les vibrations hypnotiques inaugurales de «Shaker Loops», de John Adams, manifeste de la musique répétitive.

Si l’orchestre prend chaque année ses quartiers d’été à Gstaad dont les membres forment une partie de l’orchestre du Menuhin Festival, il joue rarement en Suisse romande. Voilà l’occasion d’entendre un autre orchestre de chambre de premier ordre dans la salle accueillant habituellement l’OCL. M.CH.

Lausanne, salle Métropole, ve 14 sept, 19 h 30


La lumière blanche du gospel fondue dans un metal black

Sur Google, l’origine de Zeal & Ardor est fixée à New York City (United States). C’est dire si Manuel Gagneux a réussi son coup. Impossible d’imaginer que la formation de black metal mâtinée de gospel est née un beau matin (ou un vilain soir?) de 2013 dans la chambre d’ado bâloise (Switzerland) du multi-instrumentiste né de mère afro-américaine et de père suisse. Passionné par toutes les formes de musiques non conventionnelles, et s’interrogeant sur un forum Internet sur les genres non explorés, Gagneux reçu comme un challenge la proposition d’un rustre anonyme lui proposant de réunir la fureur extrême du black metal scandinave et «les musiques nègres».

Il lançait quelques semaines plus tard les premières démos de Zeal & Ardor, tentant (et réussissant) cette gageure a priori contre nature. Soit un hard rock puissant, violent, poinçonné par des chœurs d’hommes aux basses hiératiques avant que le tempo ne reparte dans une cavalcade électrique et des cris aigus. Les sites spécialisés s’emparèrent des premiers disques et catapultèrent le Bâlois, entouré d’un vrai groupe, sur les routes du monde entier, pour un succès aussi inattendu que solide. Sa musique parlera toutefois plus aux fans de metal que de negro-spirituals, aux adeptes de Venom et d’Imperor que de Mahalia Jackson. F.B.

Lausanne, place Centrale, ve 14 sept, 23 h 15


Le jazz d’Oggy & The Phonics déchaîne la verve des éléments

Dans la jungle des nouvelles pistes défrichées par la jeune garde des musiciens de jazz, Oggy & The Phonics se distingue par un appétit et une énergie de fauve prêt à chasser sur plusieurs territoires. Après un premier enregistrement en 2015, «Atlas», la formation franco-suisse a persévéré dans la touffeur d’influences multiples et livré «Folklore Imaginaire», album qui brasse les sonorités et les influences avec une ardeur encore décuplée lors de ses prestations scéniques. Cette fougue et l’inventivité de sa fusion lui ont valu de remporter l’an dernier les Trophées du Sunside à Paris et le tremplin JazzContreband à Genève 2017.

En équilibre assumé entre douceur serpentine et accès électriques, entre une certaine idée de la tradition jazz et un renouvellement bigarré, Oggy & The Phonics a déjà atteint, en six ans d’existence, une première maturité qui profite encore du dynamisme des débuts. Le quintet mariant clarinette, saxophone, guitare, basse et batterie bénéficie de l’éclectisme éclairé de ses jeunes membres, qui font tous partie de diverses formations, parfois ensemble, à l’instar de Louis Billette, souffleur très actif installé à Lausanne jouant avec bonheur dans une demi-douzaine de groupes. B.S.

Le Romandie, Lausanne, di 16 septembre, 21 h.


Le piano démultiplié d’Antoine Françoise, compositeur boulimique

Pianiste chevronné et saxophoniste, Antoine Françoise s’est formé initialement auprès de Paul Coker, à Neuchâtel, et au Royal College of Music de Londres. Sa boulimie de musique contemporaine (il a plus de 100 créations à son actif) se manifeste généralement à plusieurs, du duo de pianos, comme vendredi avec Gilles Grimaître, à l’orchestre, en particulier au sein du Nouvel Ensemble Contemporain de Neuchâtel, dont il est l’actuel directeur artistique. À Label Suisse, Antoine Françoise intervient à deux reprises. Avec son confrère Gilles Grimaître, ils convoquent tout un arsenal de claviers exotiques pour se réapproprier les pièces «injouables» de Conlon Nancarrow, composées historiquement pour piano mécanique, se lancent dans le bariolage insensé des reprises de Frank Zappa et osent «ptyx», de Hans Peter Kyburz, en création suisse. À l’enseigne acoustique et électrique de l’Ensemble Nikel, avec Patrick Stadler, saxophone, et Brian Archinal, percussions, Antoine Françoise aborde dimanche le théâtre musical avec «Lecture about Listening to Music», concert-conférence bizarroïde de Matthew Shlomowitz. On y entendra aussi une pièce de l’Américain Alex Mincek et une création mondiale pour vibraphone de l’Italien Marco Momi. M.CH.

Lausanne, salle Paderewski, ve 14 sept, 21 h 30 et di 16, 21 h 30


Le ciel est dégagé pour Evelinn Trouble

Si la Suisse cherchait sa Lady Gaga, elle l’a trouvée en la personne d’Evelinn Trouble. Même univers hétéroclite, même appétit pour les passerelles entrecroisées entre cent styles musicaux que l’on réunit désormais sous l’étiquette «pop», même plaisir pour la provocation soft, même goût pour des concerts spectaculaires – chacune selon ses moyens…

Et même qualité de voix, ce qui ne fait pas la dernière raison d’aller écouter à Lausanne la Zurichoise, éternelle découverte en Suisse romande mais «people» bien établie de son côté du Röstigraben. Avoir été récompensée en mai dernier parmi les lauréats du Prix suisse de la musique confirme que l’ovni Evelinn compte en Helvétie des clubs interlopes jusqu’aux institutions dorées sur tranche.

Depuis dix ans, la chanteuse née à Zurich, puis Londonienne avant de s’installer (évidemment) à Berlin, a enchaîné les albums, les singles, les vidéos, les collaborations multidisciplinaires, les tournées en première partie de Sophie Hunger ou dans le groupe Trust — pas les musculeux hardeux français mais un trio composé de Stress et du chanteur de Pegasus.

Les oreilles grandes ouvertes, la chanteuse se revendique «psychédélique sous toutes ses formes», ce qui en fait beaucoup. En guitare solo dans un minimalisme rock ou en jacuzzi electro aux bulles colorées, qu’importe le flacon pour Evelinn, seule l’ivresse compte. F.B.

Lausanne, D! Club, di 16 sept, 20 h 30


Hans Hassler, le king accordéoniste, figure emblématique de la Neue Volksmusik

Pour cette 8e édition, Label Suisse fait la part belle à la Neue Volksmusik, mélange entre musique traditionnelle et moderne. Parmi les têtes d’affiche de ce genre peu représenté en Suisse romande, le nom de Hans Hassler est à retenir. Fort connu du grand public outre-Sarine, et même au-delà, ce musicien de renom manie avec virtuosité et volupté l’art de l’accordéon et de l’improvisation. Né en 1945 dans les Grisons, il apparaît comme un pionnier et une figure emblématique d’une musique traditionnelle revisitée.

Entre jazz, folklore et classique, il crée depuis des décennies son propre style avec audace. Son dernier album «Wie die Zeit hinter mir her» touche aux extrêmes. Passant des aigus aux basses, il se plaît à jongler avec des tempos tant retenus qu’effrénés et des mélodies harmonieuses ou volontairement dissonantes. Pour rendre hommage à la qualité de son travail, Hans Hassler a d’ailleurs été récompensé cette année par le Prix de la culture de la Suisse centrale, qui précise que le musicien ne se contente pas de sa grande musicalité et d’un large spectre presque inédit. Il emmène également l’auditeur dans son propre univers et l’entraîne dans des sonorités totalement nouvelles. M.T.

Église Saint-François, di 16 septembre, 20 h


Le zapping très rythmé d’Odeta.TV passe YouTube à la moulinette des sons

Dans un monde envahi d’images, la musique peut-elle faire l’économie de la dimension visuelle? Certainement, et cela deviendrait presque l’une de ses principales caractéristiques. Mais rien n’interdit non plus de s’emparer de ce flux tendu d’impressions rétiniennes pour le lancer dans l’accélérateur de particules sonores.

Le Lausannois Pierre Audétat travaille ce mix depuis des années avec une attention pour les télescopages les plus improbables. Pillant la banque de données d’Internet, le musicien a mis au point une technique qui lui permet de chevaucher ces deux dimensions – sonores et visuelles – en temps réel. Avec son projet Odeta.TV, ce claviériste d’un sampling déchaîné et dédoublé laisse jaillir du Boulez et du Sardou du torrent de pixels et d’extraits qui bégaient.

Est-ce encore de la musique ou plutôt de l’art, de la performance? La question reste ouverte, mais ce lauréat du Prix suisse de musique 2018 (aussi cheville ouvrière du groupe Stade) ne laisse pas même la parole en paix, invitant dans ce maelström deux représentants du rap pour accompagner le flow. Son ancien acolyte de Silent Majority, Nya, répond toujours présent, tout comme La Gale, tchatcheuse de la génération suivante. Les images défilent et c’est inouï. B.S.

Le Romandie, Lausanne, sa 15 sept, 21 h

(24 heures)

Créé: 12.09.2018, 17h21

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