Arvo Pärt ou les quatre étapes d’une élévation

ContemporainRéunies pour la première fois, quatre symphonies du compositeur estonien retracent le parcours vers une écriture contemplative.

Le compositeur estonien Arvo Pärt, né en 1935.

Le compositeur estonien Arvo Pärt, né en 1935. Image: BIRGIT PÜVE/ECM RECORDS

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Dans les années 1980 finissantes, le public occidental – inconditionnels des créations contemporaines mais aussi auditeurs profanes – faisait la découverte d’un personnage longiligne dont la barbe en jachère, la posture voûtée et le regard clair et mélancolique laissaient percevoir une intériorité riche et profonde. Porté par un label (le très arty et iconoclaste ECM) qui lui est resté fidèle et qui a grandement façonné sa réputation, Arvo Pärt entrait à l’époque dans les salons d’un large spectre d’amateurs grâce à un album demeuré insubmersible. Où on croisait les lacets méditatifs et hautement spirituels de pièces comme «Tabula Rasa» et «Fratres». À ces œuvres orchestrales se sont ajoutées, au cours de la décennie suivante, des créations chorales irriguées par un mysticisme solide: on pourrait citer les exemples de «Passio» et d’«Arbos».

Le néoclassicisme, les emprunts à l’esthétique baroque et aux polyphonies de la Renaissance qui structurent tout ce corpus feraient presque oublier que l'Estonien a été, dans ses années de jeunesse, un tout autre compositeur. Comment retrouver alors cet Arvo Pärt quasi oublié? Le chef d’orchestre Tõnu Kaljuste et le NFM Wroclaw Philharmonic nous donnent des éléments de réponse passionnants, en s’emparant des quatre symphonies qui jalonnent la carrière du compositeur. Leur écoute permet d’établir ce qu’on pourrait définir comme la succession d’étapes menant vers une élévation méditative. Mais procédons dans l’ordre. Avec la «Symphonie N° 1, Polyphonic» (1964) – stupeur! – Arvo Pärt campe dans un dodécaphonisme granitique. Ses grandes dissonances, ses constructions audacieuses, qui le rapprochent par endroits de Webern, lui valent les foudres du pouvoir soviétique.

Qu’à cela ne tienne, l’artiste se répète deux ans plus tard dans une forme succincte (10 minutes à peine) mais tout aussi avant-gardiste, avec une «Deuxième symphonie» exigeante. Puis, après un silence de huit ans, Arvo Pärt entame le virage qui le mènera vers une écriture tonale et, disons, contemplative. La «Symphonie N° 3» en porte les traces; la «Quatrième» (2008) en est complètement traversée, avec une instrumentation (archets, harpe, percussions) qui se prête à merveille aux murmures et aux textures éthérées. En quatre pièces, nous sommes ainsi embarqués dans le voyage d’un artiste surprenant, qui a su parler aux niches étroites avant de s’adresser aux foules.

Arvo Pärt, «The Symphonies», NFM Wroclaw Philharmonic, Tõnu Kaljuste (dir.), ECM. (24 heures)

Créé: 08.07.2018, 16h16

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