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«Attention, ça fait mal sur scène!»

Le 1066, manifestation world d’Épalinges, ouvre vendredi. Une 6e édition propulsée par le chanteur angolais Bonga. Entretien.

Le chanteur Bonga, figure angolaise de la musique africaine, 76 ans, est de passage samedi à Épalinges.
Le chanteur Bonga, figure angolaise de la musique africaine, 76 ans, est de passage samedi à Épalinges.

Il fut un temps où il fallait courir vite pour rattraper celui qui ne s’appelait pas encore Bonga mais Barcelos de Narvalo. En 1969, en Grèce, il battait le record portugais du 400 m, l’Angola étant alors encore une colonie. «J’ai aussi été champion sur 200 m», précise le chanteur au téléphone depuis son domicile à Lisbonne. «Je me suis toujours servi de cette discipline sportive pour maintenir une résistance qui me permet de produire des spectacles de 2-3 heures!» Le public du 1066 Festival d’Épalinges, où la star angolaise est attendue ce samedi, est averti: le vétéran de 76 ans a de la condition physique. Chaud devant… «Ah oui, attention, ça fait mal sur scène!»

Ce n’est pourtant pas sur la piste cendrée mais sur celle de la musique que Bonga, avec sa voix grave aux fabuleuses incandescences, a réalisé ses plus beaux exploits. Là encore, il fallait rester attentif pour suivre sa trace. Après son arrivée dans la capitale portugaise en 1966 pour son enrôlement sportif, son engagement pour l’indépendance de son pays d’origine le contraint à l’exil.

«Une fois parti, il me fallait faire autre chose, mais je ne pensais pas devenir chanteur avec ma voix rauque qui m’interdisait de chanter à l’église.» Jusque-là, la musique était pour lui une affaire familiale. «Mon père jouait le rebita à l’accordéon et, parmi les enfants, c’est toujours moi qui l’accompagnais à la dikanza (ndlr: tube de bambou qui sert de percussion). Je ne chantais pas, mais j’ai appris la base du semba – la sauce musicale de chez moi – et jouais aussi d’autres instruments.»

Enregistrement politique

Quand il se retrouve aux Pays-Bas, au début des années 70, la conscience aiguë qu’il a des souffrances de son pays le pousse à s’exprimer à travers la chanson. «Une conscience politique surtout, un besoin de revenir à mon pays d’origine avec ma façon de voir ce que j’avais vécu avec ce peuple merveilleux des bidonvilles et de dire aussi la violence.»

À Rotterdam, il trouve un studio exclusivement fréquenté par des Capverdiens et tenu par Djunga d’Biluca, lui aussi impliqué dans les luttes d’indépendance africaines. Son premier album, «Angola 72», se transforme en succès immédiat. «Et comment! Il véhiculait une expérience de colonisé. Les injustices, la prison, tout ce que j’avais vu et traduisais en paroles profondes, sérieuses.»

La dimension politique de l’enregistrement ne passe pas inaperçue, même du plus dispensable des publics, à savoir le PIDE, la police politique d’un Portugal fascisant dirigé par Marcelo Caetano. «C’était très chaud! Il y avait des pressions, j’avais des craintes. Il fallait savoir se protéger, se faire accompagner par des copains. Ils n’ont pas compris tout de suite car je chantais en kimbundu et je n’avais pas mis ma photo sur la pochette, mais, au bout d’un mois, ils se sont rendu compte que Bonga et Barcelo de Carvalho étaient la même personne. C’était toute une tactique de vie, la police politique se déplaçait et la communauté européenne n’existait pas encore.»

En 1972, le chanteur congolais Franklin Boukaka, de retour au pays, se fait assassiner lors d’un coup d’État. «Je suis revenu au pays, après l’indépendance, en 1977, pour un grand concert avec 80 000 personnes qui grimpaient sur les arbres, les bâtiments alentour. J’ai senti la chaleur, mais j’ai aussi senti le danger pour quelqu’un du maquis qui donne son avis mais ne connaît plus le terrain réel. Je suis reparti et j’ai continué de l’extérieur.»

Les portes parisiennes

En Europe, le chanteur ne reste donc pas en place, passe par l’Allemagne, la Belgique, puis la France, lieu de ralliement artistique du monde entier, Afrique comprise. «La France m’a ouvert les portes d’une carrière. À Paris, il y avait déjà Baden Powell, Tania Maria, Manu Dibango, Salif Keita. Des complices, mais aussi de grandes amitiés. J’ai joué à l’Olympia, à la salle Pleyel.» Ses quatre enfants vivent et travaillent toujours dans la capitale française, où il effectue des séjours réguliers.

La France l’a fait chevalier de l’Ordre des arts et des lettres alors que le Portugal ne l’a pas encore honoré si ce n’est par ses triomphes en concert, remplissant sans difficulté les 4000 places du Coliseu dos Recreios de Lisbonne. «Je n’ai jamais eu le complexe de la colonisation. L’important est de toujours affirmer sa personnalité, cela aide à débarrasser les gens de la haine, des préjugés, et on avance vers cet endroit merveilleux qui est celui de l’évolution de l’être humain.»

L’un des secrets de sa réussite tient à une détermination très simple. «La cohérence. Je suis resté fidèle à la tradition du semba, même quand des producteurs ont voulu me faire enregistrer des mélanges avec du latino, du reggae. J’ai toujours refusé.» Ses incursions dans le répertoire capverdien tiennent à sa reconnaissance envers son premier label à Rotterdam et à son amitié avec Cesaria Evora.

Bonga n’a non plus jamais accepté de se laisser embrigader en politique. «Certains partis ont essayé. Je suis d’ailleurs tous allé les voir pour leur dire: entendez-vous! On n’a pas fait l’indépendance pour se taper dessus. Mais je chante pour tous les Angolais.» Et pour tous ceux qui veulent le devenir, le temps d’un concert.

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