Le batteur Mark Guiliana dégoupille JazzOnze+

LausanneCollaborateur de David Bowie et de Brad Mehldau, le musicien américain arrive à Lausanne avec le punch de son projet Beat Music.

À 39 ans, Mark Guiliana fait partie des batteurs les plus en vue de la planète. Son groupe joue mercredi à Lausanne.

À 39 ans, Mark Guiliana fait partie des batteurs les plus en vue de la planète. Son groupe joue mercredi à Lausanne. Image: FLORIAN CELLA

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Difficile de personnifier mieux que Mark Guiliana les reformulations auxquelles se prête le jazz du XXIe siècle. Fan adolescent de rock, le batteur a fait ses armes acoustiques avec le bassiste Avishai Cohen avant de s’émanciper dans de très nombreuses directions qui l’ont amené à emmener le pianiste Brad Mehldau sur des allées électriques, d’abord en duo – le projet Mehliana – puis sur le dernier enregistrement studio du virtuose du clavier, un «Finding Gabriel» aux élévations bigarrées.

Au passage, ce rythmicien à tête chercheuse effectuait un passage remarqué sur l’ultime album de David Bowie, le testamentaire «Black­star» de 2016. À Lausanne, dans le cadre du Festival JazzOnze+ qu’il ouvre mercredi soir, Mark Guiliana vient avec l’un de ses projets personnels, Beat Music, frappé au coin de ses intérêts d’électronicien éclectique. Rencontre d’un percussionniste de 39 ans beaucoup plus calme que sa musique.

Comment avez-vous abordé le rythme? Tout simplement en commençant des leçons de batterie à l’âge de 15 ans, une activité parmi d’autres comme le basket-ball. À cette époque, j’écoutais MTV, la radio, beaucoup de Nirvana, de Soundgarden, de Red Hot Chili Peppers – le rock fait toujours partie de mes fondations. Au gré de mes leçons, j’ai parcouru toutes sortes d’autres styles, en approfondissant à chaque fois comme je le fais encore aujourd’hui. Mon prof, Joe Bergamini, a été déterminant car il est très différent de se retrouver dans la même pièce qu’un musicien ou d’en voir à la TV. À partir de là, la liste de mes influences est infinie: Tony Williams, Elvin Jones, Art Blakey…

L’idée d’embrasser un instrument où l’on est «l’homme de l’ombre» ne vous a jamais dérangé? Non, j’aime l’idée. Me retrouver sur le devant de la scène ne correspond pas à ma personnalité. J’aime être en retrait, prendre un rôle de soutien pour un ensemble où chacun interagit à parts égales. Mercredi, je n’aimerais pas que quelqu’un, entrant dans la salle, se dise immédiatement: «Ah, c’est le groupe du batteur!» La seule chose qui me tient à cœur dans le fait d’avoir ma formation, c’est de pouvoir créer mes propres compositions.

Vos intérêts se divisent volontiers entre projets acoustiques et électriques. Vous avez un pied dans chaque territoire? Pour moi, il s’agit d’un tout, j’ai travaillé dur pour évoluer en même temps dans des contextes différents. Donc je dirais que je n’ai pas un pied dans chaque territoire, mais deux pieds dans l’un comme l’autre. La séparation n’est d’ailleurs pas très profonde, elle tient à des détails. Les valeurs cruciales sont les mêmes, que je joue pour Avishai Cohen ou pour David Bowie: trouver les meilleures solutions.

Avec Beat Music, les influences de la musique électronique sont patentes. Travailler à ce point dans la répétition, même si elle est indispensable à la variation, ne va-t-il pas à l’encontre des fondamentaux du jazz? Je pense que la répétition est un outil très puissant. Vous me direz qu’il s’agit peut-être d’une réaction au jazz où il s’agit de ne jamais se répéter, probablement jusqu’à l’excès. Que ce soit dans les percussions, le folklore, les différentes transes, la répétition se présente comme un moyen de vous emporter ailleurs, un peu à la manière d’une méditation. D’ailleurs, la répétition demande plus d’engagement et de concentration que la liberté de faire exactement ce que l’on a envie de faire. Et si l’on zoome sur les détails, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une répétition qui serait celle, mécanique, d’un ordinateur, mais qu’elle comporte d’infimes changements.

Dans votre dernier album avec Beat Music vous allez jusqu’à puiser dans le reggae, musique peu appréciée des fans de rock comme de jazz… Bob Marley demeure l’une de mes plus grandes influences. Il y a peu de musiciens que j’ai écoutés autant que lui. Dans mon panthéon personnel, je l’imagine d’ailleurs toujours comme un ami de John Coltrane. Je peux comprendre que l’on trouve cette musique ennuyeuse, mais je désapprouve totalement! Je pense que ces critiques viennent aussi beaucoup de gens qui jugent trop avec leur esprit – il m’est arrivé d’avoir le même travers, surtout à l’époque de mes études – et pas assez avec leur corps. Le son est important, il a parfois besoin d’être fort, surtout quand il s’agit de basse. La vibration du son seul a parfois plus d’importance que l’harmonie, la mélodie et les paroles.

Créé: 30.10.2019, 14h27

Le festival

Notre sélection de la semaine

Rymden
Le trio nordique à ne pas rater puisque la formation qui vient de sortir le 3 titres «Live On Earth» comporte le clavier du Norvégien Bugge Wesseltoft et la section rythmique du regretté E.S.T., à savoir le bassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Öström.
BCV Concert Hall,
je 31 octobre (19 h).


Camille Bertault
Non seulement la tradition du jazz vocal n’est pas morte, mais elle s’exprime aussi avec l’accent français. Camille Bertault la réactive avec une réjouissante légèreté de propos, en chansonnière citant Brigitte Fontaine et Coltrane.
BCV Concert Hall,
ve 1er novembre (19 h).


Youn Sun Nah
Les charmes plus pop de son dernier album, «Immersion» (évoquant parfois Shirley Bassey), n’enlèvent rien à l’intensité des prestations de la chanteuse d’origine sud-coréenne, célébrée pour sa capacité à empoigner l’émotion et les reprises inattendues.
Salle Paderewski,
sa 2 nov. (21 h 30).


Potter/Holland/Hussain
Charles Lloyd (qui joue aussi vendredi) avait embrigadé Zakir Hussain et le batteur Eric Harland. Le souffleur Chris Potter se frotte lui aussi au virtuose des tablas, mais avec le bassiste émérite Dave Holland. La classe compte triple.
Salle Paderewski,
di 3 novembre (17 h).


Lausanne, divers lieux
Jusqu’au di 3 novembre.
Mark Guiliana joue me 30 oct. (19 h) au BCV Concert Hall, salle où il donne aussi une master class pendant la matinée (10 h).

www.jazzonzeplus.ch

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