Beatrice Venturini, prêtresse de la black music au Holy Groove Festival

PortraitAvant de s’installer à Lausanne, la programmatrice a côtoyé les plus grands à Londres.

Beatrice Venturini, entre Londres et Lausanne.

Beatrice Venturini, entre Londres et Lausanne. Image: Florian Cella

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La Lausannoise Beatrice Venturini est actuellement à Londres, sa ville natale. Cette passionnée de black music y retourne régulièrement pour se ressourcer. Question de survie. Elle y fait la tournée des clubs pour découvrir les artistes du moment. Cette semaine, elle dit vouloir écouter le bassiste «ultra funky» Moyses dos Santos au Ronnie Scott’s jazz club. Puis les «deux monstres de l’afrobeat» Dele Sosimi et Tony Allen à l’Electric Brixton. Enfin le «jeune pianiste groove and soul» Ashley Henry au Dingwalls.

Éprise de black music, elle n’en dira pas plus sur sa visite, souhaitant garder quelques noms sous le coude pour nourrir l’effet de surprise. Une partie des artistes qu’elle suit cette semaine se trouvera dans le prochain Holy Groove Festival à Lausanne. La jeune femme (née en 1968) a cofondé, en 2012, cette manifestation qui célèbre le funk, la soul et le groove. Depuis, elle en assure la programmation avec Philippe Rocafort, Davide Prego et Piti Sanchez. La dernière édition s’est terminée en octobre dernier.

Miss B aux platines

Les amateurs romands de dancefloor connaissent Miss B, son nom de scène lorsqu’elle est aux platines. Les proches savent que la DJ est aussi programmatrice musicale au Holy Groove, qu’elle y apporte la richesse de son parcours musical inédit. Beatrice Venturini a grandi à Londres. Elle a vécu en direct la naissance du clubbing en Angleterre, puis en Italie où elle a habité avant de s’installer sur les bords du Léman en 2003 pour se marier et éduquer ses deux enfants. «Beatrice a un carnet d’adresse impressionnant, explique Davide Prego, du Holy Groove. Elle connaît les plus gros labels, les musiciens et les DJ qui comptent. C’est notre lien privilégié entre Lausanne et Londres.»

Beatrice Venturini ne travaille pas avec n’importe quelle musique. «Ma peau est blanche, mais mon sang est noir.» Elle privilégie les vibrations qui prennent aux tripes, qui vous remontent l’estomac. «C’est la musique qui fait tourner la tête, qui fait danser.» Ces sons, nés en Afrique noire il y a des milliers d’années, les esclaves les ont exportés aux Amériques avant de les revisiter. Les radios les ont ensuite diffusés dans le monde entier. «Je suis folle de la black music, la funk, la soul, le groove et le rythm’n’blues», avoue-t-elle sans aucune pudeur. Genesis et Dire Straits, en revanche, ne lui font aucun effet: «trop intellectuels».

À Londres cette semaine, Miss B a aussi prévu de faire un tour à la radio Jazz FM. Elle va célébrer la naissance de l’antenne, il y a trente ans. La jeune DJ y était. «J’y ai commencé ma carrière. C’était alors la première radio indépendante à obtenir une licence. La BBC n’avait plus le monopole.» Les studios s’installent à côté de chez elle. Elle postule au culot, puis anime «The Early Morning Show» à une heure de grande écoute. Elle affirme définitivement ses goûts.

Famille milanaise à Londres

Beatrice Venturini a grandi à Maida Vale, un quartier bobo du centre de Londres. À la maison, en revanche, c’est la Lombardie. Sa famille est Milanaise. «Nous parlions italien, mangions de la polenta, du risotto.» L’Italo-anglaise découvre très tôt l’usage de l’appareil radio. Et le goût de la musique. «C’est typiquement anglais. Les jours de pluie se vivent en chantant et en dansant.» Ce sont les années 1980. Margaret Thatcher arrive au pouvoir. Le mouvement punk s’égosille. Les mods, les soulboys, les rockers leur répondent. Les vibrations jamaïcaines et l’odeur du curry indien émerveillent.

Tout était alors possible à cette époque. Fraîchement diplômée de l’Université de Birmingham, la Londonienne fait ses premières armes dans Acid Jazz Records, un label indépendant réputé. Elle y croise The Brand New Heavies, The James Taylor Quartet. Un jour, son boss, Eddie Piller, lui présente un jeune homme âgé de 18 ans avec un grand chapeau qui chante et qui danse sur les tables. «Nous lui disions, en rigolant: pourquoi ne retourne-t-il pas à l’école, ton poulain? raconte-t-elle. Eddie nous répondait qu’il était la prochaine star.» Le jeune homme s’appelle toujours Jamiroquai.

La naissance du clubbing

Beatrice Venturini ne le sait pas encore: elle vit alors la naissance du clubbing. Les DJ se reniflent, se plagient, mais s’apprécient. Ils passent leur vie ensemble dans les bacs et sur les dancefloors. «J’ai dansé sur la musique de Pete Tong lorsqu’il commençait dans le London by night.» Ce DJ est la star anglaise qui installe l’esprit de la fête permanente à Ibiza. «Dès l’arrivée de la house music, les DJ comme Pete Tong ont ouvert les portes. Les soirées ne finissaient plus. L’esprit était décadent», raconte-t-elle.

Gonflée à bloc, la DJ émigre en Italie au début des années 1990. Retour aux origines. Naissance de Miss B. Elle anime une émission à Radio Popolare, «celle des camarades communistes». Puis elle travaille à Radio Capital. C’est le directeur de l’époque, Silvio Santoro, qui vient la chercher. Les Italiens sont envoûtés. «Le styliste Gianni Versace ne ratait aucune de mes émissions. Il voulait que je travaille pour lui», raconte-t-elle. Cela ne se fera jamais, la star de la mode décède en 1997.

La black music, une histoire de pont entre générations

Avant de partir à Londres, Beatrice Venturini nous a invités dans son quartier de Béthusy à Lausanne. Elle y loue un appartement de domestique dans les combles d’une ancienne maison de maître. À l’intérieur, tout tourne autour de la black music. On y trouve des CD, des vinyles, des biographies de musiciens, des affiches funky. Sur le mur du salon, un collage de un mètre sur deux expose les maîtres: Elvis Presley, Ray Charles, Stevie Wonder, Otis Redding, Herbie Hancock, The Beatles, Aretha Franklin, The Supremes, Nina Simone.

«Voilà, tout est là. C’est la matrice. La genèse de la black music», explique-t-elle en exhibant son collage. Selon Beatrice, tout commence dans les années 1950. Les artistes de l’époque ont influencé les plus jeunes. Et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui. «Le hip-hop, la drum’n bass, le grime ne sont rien sans la funk, la soul, le groove, le jazz. Ces musiques sont modernes, se renouvellent sans cesse. Elles se nourrissent. La black music est une histoire de pont entre générations. C’est cela que nous voulons montrer avec le Holy Groove Festival.» La prochaine édition aura lieu début octobre 2020.

Créé: 02.12.2019, 10h39

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