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Bernard Lavilliers, dur au cœur tendre en état de grâce

Le chanteur sort ses ailes d’ange doux et ténébreux pour «5 Minutes au Paradis», disque qui tient ses promesses

Bernard Lavilliers fait souvent apparaître l'enfer dans son nouvel album, «5 Minutes au Paradis».
Bernard Lavilliers fait souvent apparaître l'enfer dans son nouvel album, «5 Minutes au Paradis».
Thomas Dorn

Cesser de rouler les mécaniques lui va plutôt bien. Difficile de savoir si Bernard Lavilliers a atteint le dernier degré de la sagesse ou si les années (71), plus que le blanchir, l’incitent à une plus grande sérénité. Mais son nouvel album, 5 Minutes au Paradis, le dévoile en vieil héros romantique soufflant ses mélancolies sur des chansons construites comme des voiliers scintillant dans la nuit, toutes cordes dehors.

Dès La Gloire et ses violons épiques soulignant l’ironie douloureuse de cette fausse célébration militaire, le chanteur trouve la bonne distance entre images et propos guerriers, propulsé par le luxe palpitant des arrangements. L’album commence fort puisque suivent Croisières méditerranéennes brillant sur une mer équivoque, et Charleroi, aux trouées urbaines empreintes de décadence et de délaissement. «Je n’ai pas voulu écrire de manière aussi simpliste que Renaud ou d’autres chanteurs engagés, déclare-t-il à Slate. J’ai essayé de faire un poème malgré tout.»

Les huit titres suivants ne se hissent pas toujours à la hauteur de ce brelan d’as inaugural, mais même dans les titres plus convenus, tel ce Muse bien balancé ou ce Paris la Grise songeur, il y a des voyages à faire dans les mots et les ambiances de ce baroudeur qui a abandonné les tentations de l’autofiction pour filer dans un onirisme sombre, teinté de désillusion politique où grésillent les références au terrorisme (Vendredi 13).

Toute mesure gardée, il se passe actuellement avec Bernard Lavilliers ce qu’a pu vivre Bashung dans ses dernières années. L’artiste est désormais reconnu par ses jeunes pairs qui se bousculent sur l’album. Benjamin Biolay – non pas sur La Gloire mais sur le simili musette de Montparnasse-Buenos Aires –, Fred Pallem, les jeunes de Feu Chatterton!, Florent Marchet, Jeanne Cherhal, tous apportent leur offrande à cet aîné désormais distingué, non seulement par les années, mais aussi par une forme de poésie que sa voix de dur au cœur très tendre scande avec une expressivité ajustée et une nonchalance absorbée. Le gentilhomme de fortune joue à la salle Métropole à Lausanne les 13 et 14 décembre.

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