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Bertrand Belin ou la persistance de la civilisation

Le chanteur tranchait lors de son concert de mercredi avec l'ambiance de bons sauvages du site de l'Asse. Critique.

Bertrand Belin ne change pas d'attitude lorsqu'il se produit à Paléo. Et c'est tant mieux!
Bertrand Belin ne change pas d'attitude lorsqu'il se produit à Paléo. Et c'est tant mieux!
PALÉO - LUDWIG WALLENDORFF

Au foisonnement d’écrans et de pollution (ainsi que de courriers administratifs) qui rythme la vie contemporaine, il est parfois tentant de répondre par un retour à un pseudo-état de nature coupablement rousseauiste où new age, véganisme et - pourquoi pas? - naturisme cohabitent le plus souvent dans la plus grande confusion.

Le Paléo Festival de Nyon n’échappe pas à cette perspective, lui qui prend volontiers l’apparence d’un grand rendez-vous de tribus anachroniques. Le fumet des viandes y contredisent le végétarisme, mais rappellent des temps où la chasse se partageait et se cuisait en plein air. Les coques de smartphones qui s’y vendent sont sculptées dans du bois et c’est à peine si l’on y échappe à un pénible retour au pagne - la nudité s’accordant mal au protestantisme et aux règlements de police.

L’offre musicale prend, elle aussi, des atours sauvages et ce ne sont pas les punk-rockers celtiques (et néanmoins canadiens) de Bodh’aktan qui seraient venus contredire le constat, jeudi au Dôme, concluant leur tonitruant concert par une convaincante sarabande électrique où cornemuse et violon prenaient part à la ronde. Sur la Grande Scène, le très tatoué Australien Xavier Rudd célébrait, lui, des mystères ancestraux en croisant l’hypnotisme du dub et de la guitare aux rugissements de son didgeridoo.

Dans ce grand rituel où triomphaient modérément les corps de festivaliers, l’arrivée de Bertrand Belin sur l’une des plus petites scènes du terrain interrogeait. Le dandy breton allait-il exhiber une marinière de lin bio ou vanter les mérites du tambourin en peau de poisson? En aucun cas. Le chanteur du récent et excellent album “Persona” ne se mettait en rien au diapason ambiant, conservant sa superbe. Une défiance qui pourrait passer pour du dédain mais qui tient plus de l’affirmation poétique assénée avec un tranchant rock. Ses bribes de récits, où volent des canadairs dans des ciels embrasés et où se faufilent des requins argentés, insinuent des arrière-pensées politiques, s’interrompent sur des diatribes enflammées et présidentielles. Ironie.

Intelligence. Provocation. Mais feu électrique et matraque du rythme aussi. Danse également - en des saccades et des brisures qui rappelaient que le mouvement n’est pas forcément un relâchement. Une réconciliation entre la tête et les jambes ou la mise en scène d’un antagonisme fertile? Sa dernière chanson donnait une réponse: «Pour vivre/Vivant/De corps et d’esprit/De corps et d’esprit».

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