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Bertrand Chamayou embrasse large

Le pianiste français, artiste en résidence à Gstaad, cultive un appétit musical insatiable et une puissance de jeu inouïe. Rencontre.

Bertrand Chamayou à l’église de Saanen le 25 juillet, premier concert de sa série au festival de Gstaad.
Bertrand Chamayou à l’église de Saanen le 25 juillet, premier concert de sa série au festival de Gstaad.
Raphael Faux / Gstaad Menuhin Festival

Bertrand Chamayou pose sagement sur le programme du Gstaad Menuhin Festival 2019 barré en large du titre «Paris». Le pianiste français dégage un côté dandy pudique, reflet d’une éducation soignée baignant dans l’artistique. Il ne faudrait pas réduire le trentenaire à cette image de surdoué de bonne famille. Comme Maurice Ravel, dont il a enregistré l’intégrale de l’œuvre pour piano chez Erato, l’hyperactif bourreau de travail cache une puissante démesure derrière une exquise politesse et une discrétion d’oiseau de nuit. Longtemps confinée à la France où il détient le record des participations et distinctions aux Victoires de la musique, la carrière de Bertrand Chamayou a pris une envergure internationale depuis quelques années, faisant de lui l’un des pianistes français les plus en vue. Pas étonnant dès lors qu’il soit présenté comme «artiste en résidence» à Gstaad cet été, lui qui avait déjà répondu deux fois à l’invitation de Christoph Müller.

D’ailleurs, en tissant ce fil programmatique tricolore, le directeur du festival bernois a rapidement sollicité Bertrand Chamayou pour qu’il l’aide à choisir des œuvres et des artistes gravitant autour de la Ville Lumière: «Il a aussi été une source d’inspiration pour construire des contrastes dans les concerts de musique de chambre», reconnaît l’intendant. «Comme je l’ai expérimenté moi-même, d’excellents musiciens français ont de la peine à s’exporter, constate le pianiste. Il y a peut-être un côté «entre soi» des interprètes formatés par le Conservatoire de Paris; j’en sais quelque chose. Mais j’ai eu la chance de côtoyer des personnalités extérieures à ce milieu qui m’ont ouvert l’esprit, comme Sol Gabetta, Francesco Tristano, ou, bien sûr, ma professeure de Londres, Maria Curcio.» Chamayou a aussi suggéré à Christophe Müller le nom du compositeur Tristan Murail pour une commande, «Les neiges d’antan» qui sera créée le 1er septembre par l’Orchestre national de Lyon: «C’est sans doute le compositeur français le plus intéressant pour Gstaad, avec son rapport aux sons de la nature.»

Formidable appétit musical

Müller et Chamayou ont surtout concocté une série de cinq concerts entamée jeudi dernier, qui dresse un portrait non exclusivement hexagonal du pianiste. Car Chamayou ne se résume pas à Paris, même si le Toulousain de naissance y vit et y a fait l’essentiel de ses études. Très tôt doté d’un formidable appétit musical et d’une aisance folle à déchiffrer, le jeune Bertrand s’est constitué un répertoire gigantesque, toutes époques confondues. «Je n’ai jamais voulu contourner la musique française, mais j’ai eu longtemps peur d’être catalogué, précise-t-il. Je suis arrivé à Ravel par Liszt. Cela dit, je suis très heureux de jouer les concertos de Ravel et d’être reconnu comme héritier de cette lignée.»

Partenariat dans la confiance

Fait marquant de cette résidence, le pianiste y côtoie étroitement Sol Gabetta, qui est en quelque sorte la violoncelliste en résidence permanente des étés du Saanenland. «J’ai rencontré Sol à l’Académie de Verbier dans les années 90, se souvient le pianiste; notre amitié date de cette époque. Sa carrière a décollé beaucoup plus vite que la mienne. Nous avons joué ensemble pour la première fois il y a 15 ans et ça a fonctionné instantanément. Un partenariat à un tel degré de confiance et de liberté, c’est rare. On devine ce qui va se passer.»

Impression confirmée à l’écoute de leurs deux albums frémissants autour de Chopin et Schumann chez Sony. En duo, trio, quatuor, quintette ou avec orchestre, l’interprète a choisi «une succession de grands chefs-d’œuvre», qui ne disent qu’une partie de ses goûts et de son talent, et qui montrent un certain flair pour composer des programmes, à l’image des assemblages Franck/Schubert ou Beethoven/Messiaen. «De plus en plus, j’essaie d’abandonner les justifications musicologiques et d’associer des œuvres par instinct ou intuition, comme dans un accrochage.»

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