Billie Bird, l’oiseau de nuit voit enfin le jour

MusiqueLa chanteuse lausannoise, attendue au contour, sort le 4-titres «La Nuit», prélude à un album. Rencontre avant ses concerts au Bourg.

Après des années d'attente, la chanteuse lausannoise Billie Bird sort «La Nuit», un 4-titres aux ambiances nocturnes et promesse d'un album en automne.

Après des années d'attente, la chanteuse lausannoise Billie Bird sort «La Nuit», un 4-titres aux ambiances nocturnes et promesse d'un album en automne. Image: ODILE MEYLAN

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Certains parcours ne se laissent pas réduire à une «success story» fulgurante telle que le réclament l’époque et The Voice. Depuis la fin 2013 et la sortie de trois titres folk sur le Split EP qu’elle partageait avec le Valaisan Yellow Teeth, la chanteuse lausannoise Billie Bird n’a manqué ni de «buzz» ni de bienveillance. Médiatique ou artistique.

Au théâtre, Denis Maillefer et Émilie Charriot l’ont portée sur leurs planches respectives. Devant pareils auspices, la plupart des artistes se seraient dépêchés d’alimenter la machine. Forte d’un public modeste mais fidèle qui la suit avec enthousiasme, Élodie Romain, son nom à l’état civil, n’a pourtant pas accéléré le rythme et sort seulement ces jours La Nuit, 4-titres qui annonce son premier album prévu pour l’automne. «Et quand vient la nuit, j’ai si peur qu’on m’oublie, tout est bancal» chante-t-elle sur le morceau-titre…

Le retour au chant en français

«J’ai vécu pas mal de choses ces quatre dernières années», confie l’artiste volatile dans la pénombre du club Le Bourg, qui s’apprête à l’accueillir pour deux soirées de concert. Au dehors, le fracas des camions d’éboueurs ramassant du verre ne laisse planer aucun doute: c’est le matin, et la chanteuse, au bénéfice de la première Bourse bisannuelle pour artiste dans les musiques actuelles du canton de Vaud, s’apprête à commencer une longue journée de travail. «J’ai eu besoin de me plonger dans l’expérimentation, tant instrumentale que musicale, pour arriver à la conclusion que j’avais fait le tour d’une certaine forme guitare-voix en anglais.» La révolution qu’amorce La Nuit, outre sa musicalité plus étoffée, se manifeste avec superbe dans un retour au français. «Je l’avais délaissé par pudeur à 19 ans pour l’anglais, plus musical.»

Billie Bird confesse sans trembler une précocité qui allait de pair avec une jeunesse écorchée. Une guitare dans les mains à 9 ans. Première chanson composée à 14 ans avec l’éducateur de son foyer d’accueil. «Le français me portait vers des textes hyperintimes, sans pudeurs. Un peu comme un jeune, ivre, qui hurle dans la rue. J’étais brute de décoffrage, je le suis toujours.» Tout indique pourtant que la jeune femme de 34 ans a trouvé la voie d’une distance qui lui permet d’équilibrer création et démons intérieurs.

«J’ai épongé, bouché des trous, je suis là. Pendant ces dernières années, j’ai surtout appris un métier. Comment mener un projet complet, construire un spectacle, créer une identité visuelle, produire un clip… J’ai encore beaucoup à apprendre, mais, dans un paysage musical en pleine mutation, on ne peut plus se reposer sur l’éventuel appui d’une maison de disques. Je cherche un maximum d’indépendance.» Même si elle regrette ne pas avoir délivré un enregistrement, une «photographie de moi» dit-elle, il y a deux ans – «par peur de m’ancrer dans quelque chose de figé» – son retour a été pensé avec minutie. Le clip de La Nuit a ainsi immédiatement été relayé par le site Inrocks. TV. «Le milieu de la musique, c’est un peu la jungle et moi je suis le bourgeon bio!» avance-t-elle, prudente.

Ligne de basse à la Gainsbourg

Son futur album, dont elle garde encore le titre secret, a été produit par le talentueux Robin Girod, Genevois évoluant dans Mama Rosin, Duck Duck Grey Duck, et patron de Cheptel Records. Les premières versions de ses chansons se coulaient toujours dans le format folk. Elles ont ensuite évolué selon la logique d’un «travail d’équipe». «Le Ressac était un titre folk aux arpèges dissonants. Le bassiste, Marcin, m’a proposé un essai, plus lumineux. Nous sommes partis sur cette ligne de basse sixties à la Gainsbourg. Je tends désormais vers plus d’immédiateté.»

Dans les ombres joueuses d’«ambiances nocturnes», elle «cherche à rêver» sans craindre les détours «dans un club de rock avec une guitare électrique crin-crin avec une grosse reverb». Un remix de La nuit a même été confié aux vétérans lausannois de Shakedown. «La musique électronique fait aussi partie de ma culture. Alors, quitte à explorer, autant désosser. Je ne l’avais jamais fait.»

Si Billie Bird affronte son avenir avec une belle détermination, elle le doit aussi à ses mots, ce français qui lui «interdit les lieux communs». «Se libérer des doutes qui planent sur moi» en appelle-t-elle dans un Ressac presque cha-cha-cha. Ou «Je ne dirai plus un mot/J’attendrai patiemment/Tous ces mots inutiles/Je sais que je me mens» dans Désir noir. L’heure de l’envol a sonné, il a déjà l’allure d’une franchise soufflante. La Nuit, si je mens…


Quatre artistes de sa galaxie personnelle

Michael Hedges

Mieux que sa cassette de Roch Voisine! Alors qu’elle vient de mettre la main sur une guitare à l’âge de 9 ans, Billie Bird découvre dans la foulée ce guitariste californien aux techniques très diverses. «Il faisait du tapping, du désacordage. Une expérience guitaristique à 10 ans.»

Alain Bashung

Plusieurs artistes, comme Julia Lanoë de Mansfield. TYA ou Benjamin Biolay (dont elle n’aime pas tout), ont compté dans son virage vers le chant en français. Mais Bashung, ses inflexions, son phrasé, sa musicalité langagière, est resté le maître dans sa Nuit.

Stromae

Le chanteur belge de Papaoutai et Formidable l’a immensément impressionnée, malgré un voisinage très lointain. «Son écriture me touche à fond. Il est hyperpop mais, en même temps, tellement dark qu’on ne sait pas comment le cerner. Un artiste vraiment balèze.»

José González

Lors d’une conférence à Montreux, Billie Bird a demandé au leader du groupe Junip pourquoi il avait mis six ans à sortir son dernier album solo. «Il m’a répondu que c’était parce qu’il faisait de la slow music. Slow food, slow music, j’aime cette idée de lenteur et d’artisanat.» (24 heures)

Créé: 28.02.2018, 14h15

Un disque et des concerts

La Nuit
Billie Bird,
Les Exploratrices

Lausanne, Le Bourg
Je 1er et ve 2 mars (21 h)
Rens.: 021 625 07 07
www.le-bourg.ch

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