Après les Black Keys, The Arcs monte en flèche

InterviewLe rocker Dan Auerbach, guitariste et chanteur des Black Keys, raconte son nouveau groupe.

La suite des aventures de Dan Auerbach (à dr.), âme de The Black Keys, se déroule désormais avec le groupe The Arcs, où il retrouve, entre autres, Richard Swift, membre de The Shins (à g.).

La suite des aventures de Dan Auerbach (à dr.), âme de The Black Keys, se déroule désormais avec le groupe The Arcs, où il retrouve, entre autres, Richard Swift, membre de The Shins (à g.). Image: Corbis

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Avec l’application d’un ouvrier zélé de l’industrie du pneu d’Akron, ville du Midwest où il est né il y a 36 ans, Dan Auerbach s’est hissé dans le peloton de tête de la hiérarchie rock du XXIe siècle en faisant tourner le moteur garage-blues des Black Keys. Le duo, où il assure depuis plus de treize ans guitare et chant avec Pat Carney à la batterie, explosait en 2010 avec l’album Brothers, rapidement suivi par un El Camino pétaradant dans les charts avec encore plus de force. En bosseur acharné, l’Américain n’avait pourtant pas attendu le succès pour s’atteler à la production où il s’est depuis distingué avec Hanni El Khatib, Lana Del Rey, Dr. John, Ray LaMontagne, Bombino, Valerie June.

Désormais, il pose une corde de plus à The Arcs, nouvelle formation rock aux couleurs plus éclectiques qui sort Yours, Dreamily. «Ce n’est pas un projet de côté, mais un groupe avec sa vie propre, assure-t-il au téléphone depuis Berlin. C’est ma préoccupation principale aujourd’hui. » Si ses nouveaux compagnons de route ont tous des états de service réputés, The Arcs n’a pourtant rien d’un «supergroupe» de circonstance. «Je fais depuis des années de la musique avec ces gars, des amis proches avec qui j’ai réalisé des albums pour d’autres et qui m’inspirent par leurs propres enregistrements. Mais c’est la première fois que nous partageons notre musique. Il y a six ans, nous enregistrions pour le fun, c’était un passe-temps. Il y a une année, nous avons presque eu honte d’avoir accumulé tant de matériel sans le publier.»

Le déclic aura été de donner un nom à la compagnie: The Arcs. «J’ai toujours su que l’on était une équipe, mais cela changeait tout. La concentration s’est aiguisée, l’écriture a progressé et l’envie d’explorer les sonorités, de s’amuser, s’est intensifiée. Même si l’idée de chercher un nom de groupe est… ridicule. Cinq personnes qui cherchent à se mettre d’accord avec une liste immense où ils finissent par choisir le nom qu’ils détestent le moins, c’est embarrassant! Heureusement, la musique finit par lui donner un sens – au départ, The Beatles n’était pas un nom de groupe très intéressant; il l’est devenu. »

Fidèle à la réputation prolifique du rocker, l’album ne compte que de nouvelles compositions, capturées sans s’attarder. «J’aime enregistrer un album rapidement. Non pas pour la contrainte de temps, mais parce que j’aime comme il sonne quand il est réalisé dans la vitesse, avec plus d’élan dans l’idée, plus de liaison entre musiciens. D’ailleurs nous avons déjà un maxi de prêt et le deuxième album est bientôt achevé…» On imagine les responsables de son label un peu effrayés par sa productivité. «S’ils le sont, ils ne me le disent pas! Je pourrais sortir quatre albums par an, mais je ne sais pas si ça vaudrait la peine. Le deuxième ne serait déjà pas traité comme le premier. Le monde est tellement formaté…»

Sixties et mariachi

Avec le temps, Dan Auerbach, qui s’était mis au chant et à la guitare pour jouer du bluegrass avec ses oncles, s’émancipe avec toujours plus de désinvolture des racines blues qui ont marqué sa jeunesse. «Il sera toujours là parce que je l’aime et qu’il est la fondation de beaucoup de choses. Mais j’apprécie trop de sortes de musiques différentes pour n’en jouer qu’une seule. A ce titre, on peut dire que Yours, Dreamily est un hommage à nos collections de disques. Vous y entendrez des traces de rap contemporain, des techniques de mix aussi modernes que possible, des instrumentations sixties, des cuivres des années 1930, des vocaux soul, du chant falsetto et de la tradition mariachi. » La culture chicano n’apparaît donc pas que sur la pochette de l’album signée, comme le clip d’animation, par Omar Juarez – «encore un collectionneur de disques» – mais aussi au détour de titres bariolés. «Mexico nous a influencés sur quelques chansons, ainsi que la mouvance chicano américaine – sa soul, sa musique lowrider, son hip-hop – très présente dans le sud de la Californie. Les rappers de Compton, le film Friday et dans le rock, des groupes comme Chicano Batman ou Prayers. Les cercles concentriques se chevauchent parfois.»

L’éclectisme est assumé, la démocratie rock de The Arcs donne dans la diversité flamboyante. Même si Dan Auerbach va encore sortir trois albums en tant que producteur avant la tournée de son nouveau groupe, qui commence en novembre – «une production rock, une pop et une gospel» – la perspective semble exciter celui qui prétend «créer du temps» quand il en a besoin pour ses projets. Pat Carney, son collègue batteur des Black Keys, se retrouve donc au chômage technique. «Oui, il est en vacances. » A revenir sur leur concert de l’an dernier au Paléo, un peu trop formaté à notre goût, le guitariste se défend mollement. «Sans improvisation? Avec les Black Keys, ça ne marche pas. On s’estime déjà heureux si on arrive à jouer le morceau! Avec The Arcs, c’est très différent. Yeah! Il y a plein de musiciens sur scène qui peuvent partir dans n’importe quelle direction, à n’importe quel moment.»

Créé: 05.09.2015, 11h35

L’étoffe des rêves soniques

Critique de l'album

Depuis «El Camino» (2011), le rock des Black Keys prenait de la couleur, une tendance confirmée avec «Turn Blue» l’an dernier. The Arcs et «Yours, Dreamily» («Rêveusement vôtre») permet à Dan Auerbach de se libérer d’un carcan trop étroit et de parcourir tout le spectre de ses envies. Qu’il s’agisse de piquer un break de batterie au «New Pollution» de Beck sur le premier single, «Outta My Mind», ou de plonger dans un océan soul (plus Stax que Motown, à l’instar de «Stay In My Corner») avec ses potes de Daptone Records, le guitariste chanteur se lâche dans de nouveaux registres vocaux et surtout dans des instrumentations inédites où l’on trouve une flûte psyché comme des virées dub. Hendrix et – pourquoi pas? – Billy Idol sont à repérer dans cette collection fabuleuse de 14 titres, avec au moins 4 tubes potentiels.

Yours, Dreamily
The Arcs
Nonesuch
(distr. Warner)

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