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Brad Mehldau retrouve la veine trépidante de ses fulgurances jazz et s’envole très haut

Le pianiste sort «Finding Gabriel», un disque qui renoue avec son versant moderniste.

Brad Mehldau, figure du jazz actuel, parvient encore superbement à étonner avec son nouvel album, un «Finding Gabriel» qui fait un usage instrumental de la voix.
Brad Mehldau, figure du jazz actuel, parvient encore superbement à étonner avec son nouvel album, un «Finding Gabriel» qui fait un usage instrumental de la voix.
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Au gré de multiples enregistrements, il a porté l’art du trio au plus haut avec son bassiste Larry Grenadier et son batteur Jorge Rossy (auquel a ensuite succédé Jeff Ballard). Il a engagé des dialogues, duos aux couleurs changeantes – que ce soit avec Joshua Redman («Nearness»), Renée Fleming ou Chris Thile. Le virtuose a aussi réalisé de remarquables incursions dans l’exercice implacable du solo («Elegiac Cycle», «Live in Marciac») et encore varié les plaisirs sur d’innombrables collaborations et orchestrations, en compagnie d’un who’s who du jazz où l’on signalera des personnalités telles que Charles Lloyd, Pat Metheny ou John Scofield.

Autant dire que la faconde pianistique de Brad Mehldau n’a d’égale que son éclectisme, reflet d’une curiosité musicale qui lui interdit de s’enfermer dans son territoire le plus parcouru, un trio qui lui a permis d’exceller en dynamisme et élégance, comme le démontrait encore son fabuleux «Blues and Ballads» en 2016. Ce format très classique qu’il a contribué à rénover sans révolution lui a conféré sa signature, mais l’Américain a aussi cherché plusieurs fois à explorer des territoires plus modernes, nouant des liens avec le rock et la pop ou s’intéressant à des sonorités plus synthétiques. Son «Largo» de 2002 ouvrait de manière remarquée – muni d’une reprise de neuf minutes du «Paranoid Android» de Radiohead – ce chapitre de ses expérimentations, à une époque où un trio comme E.S.T. tentait des variations similaires.

Le batteur de David Bowie

À l’heure où vient de sortir son album «Finding Gabriel», c’est du côté de ces jalons qu’il faut se tourner. Et le pianiste Jamie Cullum n’a pas manqué de faire référence à «Largo» au moment de saluer ce nouveau pas – géant – de Brad Mehldau. En effet, si cet enregistrement de 2002 avait marqué, la suite des opérations s’était fait attendre jusqu’en 2014 avec «Mehliana: Taming the Dragons», saut pas toujours convaincant dans les sons électroniques réalisés avec Mark Guiliana – batteur que David Bowie allait sélectionner pour son ultime enregistrement, «Blackstar».

Comme le démontre superbement ce nouvel assaut placé sous le signe de l’archange Gabriel (et de pointes politiques destinées à Donald Trump), le talent du pianiste a trouvé sa voie vers le ciel, renouant avec le batteur et enrôlant le trompettiste Ambrose Akinmusire ou le chanteur Kurt Elling.

Outre la découverte du synthétiseur Dave Smith/Tom Oberheim OB-6 (on le mentionne pour les spécialistes), «Finding Gabriel» doit aussi beaucoup à l’usage des voix, rarement utilisées pour proférer des mots, mais en soutien instrumental, à la manière de chœurs entre l’élévation céleste et la litanie semi-robotique.

Dans ces nouvelles configurations, Brad Mehldau joue de contrastes vifs entre sa capacité à trousser une mélodie évocatrice au piano et un carburant instrumental puisant aux esthétiques électroniques dopées par les accélérations rythmiques. Un petit chef-d’œuvre qui remet le musicien en selle dans la course d’un jazz intrépide réinventé par des moyens inédits.

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