Le Brexit déprime les promoteurs de concerts

Musique «Personne ne veut du Brexit», affirme Vincent Sager, patron de la société vaudoise Opus One.

Parmi les Suisses à jouer en Angleterre figurent les Young Gods, groupe de rock managé par la société Two Gentlemen.

Parmi les Suisses à jouer en Angleterre figurent les Young Gods, groupe de rock managé par la société Two Gentlemen. Image: Magali Girardin

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Muse, PJ Harvey et Deep Purple au Montreux Jazz Festival, Iron Maiden, Massive Attack, les Chemical Brothers et Muse encore à Paléo, également Radiohead à l’OpenAir Saint-Gall… A première vue, l’été des festivals fait la part belle aux têtes d’affiche britanniques. Auquel cas, il y a lieu de se demander ce qu’une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne changerait au marché des concerts. Le Brexit fait-il peur aux promoteurs, aux agents, aux organisateurs de concerts? Le Brexit peut-il péjorer l’offre musicale sur sol helvétique?

«Les agents de concerts réfléchissent comme n’importe quel capitaine d’entreprise: aucun ne veut du Brexit», répond Vincent Sager. Patron de la société vaudoise Opus One, détenue en partie par Paléo, Vincent Sager résume l’allure du marché des concerts: «Les engagements d’artistes se font beaucoup en euros, un peu en livres, également en dollars». Conséquence probable du Brexit? «Si la Grande-Bretagne quitte l’Europe, la livre baissera sans doute et le franc suisse deviendra une valeur refuge d’autant plus forte.»

Artiste anglais à la baisse

Des musiciens, des chanteurs, des groupes anglo-saxons, l’histoire du rock en a bouffé depuis l’invention des Rolling Stones il y a de cela un demi-siècle. Cinquante ans après la «British Invasion» (ainsi qu’on la nommait aux Etats-Unis), force est de constater cependant que les artistes insulaires ne fournissent plus le gros des troupes. En Europe, du moins. Or, note Christian Wicky, directeur du distributeur Irascible, basé à Lausanne, le Royaume-Uni exporte beaucoup moins d’artistes qu’il y a 20 ans. «Hier, un artiste sur deux provenait d’Angleterre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, du moins en ce qui concerne la scène indépendante. A l’exception d’Adele, bien entendu.»

Se pose alors la question suivante: les artistes anglais, ceux qui s’exportent, vont-ils pâtir du Brexit? Tout dépend de qui vend quoi, et à qui. Concernant les grandes vedettes internationales, Muse par exemple, le marché procède de deux pôles distincts, pour ainsi dire invariables. Londres, d’une part, les Etats-Unis de l’autre. Les agents de Londres vendent des concerts pour l’Europe, l’Asie et, très souvent, l’Amérique du Sud également. Quant aux agents américains, car tout artiste international a un agent anglais et un agent américain, ils se chargent de l’Amérique du Nord, parfois de l’Amérique du Sud. «Les artistes anglais composent un domaine bien particulier, relève Sébastien Vuignier, de l’agence lausannoise Takk: certains jouent régulièrement aux Etats-Unis, tandis que d’autres, des pointures telles que Robbie Williams qui remplit des stades, n’ont pas autant de succès aux Etats-Unis.»

Le Brexit va-t-il péjorer les tractations entre Londres et le reste de l’Europe? «Sans doute pas directement, envisage Sébastien Vuignier. Si problèmes il y a, ils concernent plutôt les retombées indirectes du Brexit, l’impact sur l’économie globale qui, à son tour, pourrait affecter l’économie des concerts.»

Pas de rabais pour le public

Dans l’expectative, il règne comme un flou parmi les professionnels. Qu’on vende des disques, des concerts ou des chaussettes, on suit en fin de compte toujours les mêmes règles économiques. Sur quoi, d’aucuns ajouteront avec une pudeur tout helvétique: «Pas de raison de paniquer». La musique est une denrée comme un autre? A ceci près, toutefois, que les tournées d’artistes se «dealent» dans la marge de l’import-export. «Le marché de la musique passe sous le radar», constate Patrick David, de Two Gentlemen, promoteur lausannois. Des Suisse à Londres, ce sont, pour Two Gentlemen, les Sophie Hunger, Erik Truffaz et autre Young Gods.

«Sans même considérer le Brexit, la baisse de l’euro et la montée du franc ont occasionné une baisse des prix en Suisse, constate Patrick David. Mais pas dans le domaine musical. Car le client reste local. Celui qui fréquente Paléo ne va pas en France voisine écouter les mêmes concerts. Conséquence: les promoteurs locaux, qui importent beaucoup, sont encore plus riches grâce à la faiblesse de l’euro. Au contraire, lorsqu’on vend des groupes suisses dans le reste de l’Europe, on perd de l’argent.» Et Patrick David de s’interroger: «L’impression générale est au repli identitaire. Les artistes allemands, comme les Français, jouent de plus en plus à domicile.» Impression similaire du côté des distributeurs de disques. Ainsi de Christian Wicky, d’Irascible: «Les marchés nationaux, français, allemands, suédois également, grappillent doucement leur part».

Un marché mondialisé

Renversement de perspective. Si les tenants du Brexit s’inspirent du modèle suisse, de son indépendance économique, avérée ou non, n’est-ce pas la situation helvétique qui mérite d’être interrogée en premier lieu? «Vu de la sorte, souligne Patrick David, c’est l’ultralibéralisme du système économique qui pose problème.» Et le cas britannique, avec ou sans Brexit, n’est pas nouveau: «La frontière existe déjà avec la Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de l’espace Schengen. Lorsqu’un groupe suisse se présente à Douvres, il est déjà contrôlé. Le Brexit obligera-t-il à se fournir en visas et permis de travail pour aller jouer à Londres? Tout est question de réciprocité. Prenez l’exemple des Etats-Unis: les Américains ne paient rien pour jouer en Europe, mais les Européens ont besoin d’un permis de travail pour jouer aux Etats-Unis…»

Enfin, interroger l’impact du Brexit sur le marché du rock, c’est également comprendre que ce même marché ne concerne plus uniquement l’Europe et l’Occident en général. En faisant affaire aussi bien avec l’Amérique du Sud (Argentine, Chili, Brésil) que l’Asie (la Chine en particulier et ses festivals géants), les agents londoniens ne se focalisent plus tant sur l’Europe, qui reste un marché important, mais de loin pas le seul ni le plus grand.

(24 heures)

Créé: 15.06.2016, 10h53

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