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Camilla Sparksss noire d’étincelles

La chanteuse reprend ses esprits sur «Brutal», album exorcisme. Concerts à Vevey et Lausanne. Coup de fil.

Barbara Lehnhoff alias Camilla Sparksss, une fille «brutale».
Barbara Lehnhoff alias Camilla Sparksss, une fille «brutale».
ROGER WEISS

Barbara Lehnhoff a beau porter une voix flûtée au téléphone, devant un microphone elle fait plutôt crisser la verroterie. Cinq ans après une première course en solo, l’album «For You the Wild», elle reprend ses atours de Camilla Sparksss sur un «Brutal» qui ne fait pas mentir son titre. Pulsations viscérales, cruelles syncopes, vertiges morbides, aboiements passionnés et incisives vocales stylisées: son chapelet musical ne fait pas dans la dentelle ou alors c’est pour mieux la déchirer.

Partie du sombre, elle va dans le rouge. Un exorcisme? La chanteuse, moitié du duo post-punk Peter Kernel fondé en 2005, n’élude rien de ses récentes difficultés. «Les derniers temps ont été compliqués. Après 12 années de couple avec Aris (ndlr: Bassetti, de Peter Kernel), le travail a consumé notre relation. D’où le caractère très personnel de cet album, que j’ai finalement quand même enregistré avec lui. Un exorcisme pour nous deux…»

Son album réussit l’exploit de ne pas céder à l’affliction, aux lamentations, grâce, peut-être, à la brutalité de ses directions musicales. «Il exprime des émotions extrêmes sur fond d’un vécu très négatif. Il est dark, agité, varié aussi – mais pas triste.»

Grandie au Canada, dans un bled paumé du nord-est de l’Ontario, «au milieu de nulle part», mais près d’une réserve d’Indiens, la Tessinoise n’aime pas faire semblant. «Pour moi, la musique c’est l’urgence, l’instinct mais jamais du théâtre.» A 15 ans, elle se saisit d’une basse, instrument immédiat de ses pulsions mais qu’elle ne prendra pas la peine de domestiquer techniquement.

«J’abuse de mes platines»

Pour le sabbat de Camilla Sparksss – les trois «s» pour se distinguer d’une homonyme et d’un double «s» de sinistre mémoire – et ses attentats plus «électrocutés», cette «addict» au live a inventé des solutions pour retrouver la physicalité qui fonde son lien animal à la musique. «Je n’aime pas les performances à l’ordinateur où l’on ne sait plus ce qui est du play-back. J’ai enregistré des dubplates (ndlr: vinyles) pour tous les sons, de la batterie à la guitare, sans limite, et je peux les jouer live sur des platines, pendant que je chante et joue la mélodie principale sur un synthé. Cela m’a donné un support physique avec lequel je peux jouer sans règles. Si j’ai envie de scratcher, de secouer l’appareil ou de poser l’aiguille sur l’étiquette, je le fais. Bref, j’abuse de mes platines et un technicien m’a déjà dit que je vais devoir réenregistrer certaines plaques qui commencent à s’endommager.»

Ancienne étudiante en communication visuelle, Barbara Lehnhoff sait pourtant aussi œuvrer dans la précision et la délicatesse. Elle a travaillé 6 ans dans la régie d’une télévision au Tessin. «J’aime raconter avec des images. Ce n’est pas très beau à dire mais 80% de la musique dépend de la façon de communiquer par l’image. Je crois que je ne serais pas devenue musicienne s’il n’y avait pas eu des t-shirts, des photos ou des vidéos à créer.»

Sur la pochette de cet album de mue et d’émancipation, Camilla Sparksss se montre plutôt en succube qu’en harpie. Les voies du féminisme sont parfois impénétrables mais ne lui dites pas qu’elle n’a pas le droit de jouer le 14 juin. Elle ne vous répondra pas «grève!» mais «je suis en vacances». À Vevey, elle se produit pourtant au Rocking-Chair dans le cadre du petit Festival des Femmes Insoumises et Fières en Action.

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