Camille Thomas a le violoncelle dans l’âme

MusiqueTrès belle soirée samedi au Lavaux Classic, ouverte sur de vastes horizons.

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C’est à un vers de Baudelaire que le Lavaux Classic emprunte son thème cette année: «Tout un monde lointain, absent, presque défunt/Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!» Le poète évoquait ici une chevelure, confiant, deux lignes plus loin: «Comme d'autres esprits voguent sur la musique,/Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.»

Le festival centré à Cully, lui, a choisi la musique, en explorant à travers elle l’ailleurs, mais aussi l’étranger qui vient à nous. Le concert de samedi au Temple par Camille Thomas et Shani Diluka a magnifiquement illustré la capacité qu’a la musique de nous déporter dans un autre espace et de nous faire pénétrer dans l’altérité par un langage universel.

Générosité impulsive, ampleur sonore, lyrisme intense, la complicité du duo saute aux yeux et aux oreilles dès la première partie romantique. Dans les pages très concentrées de Robert Schumann, Camille Thomas confirme les bonnes ondes qui la portent en ce moment; elle se joue avec aisance des chausse-trappes et en fait un atout expressif, sans jamais prendre le dessus sur Shani Diluka. La pianiste d’origine sri lankaise fait montre d’une inventivité sidérante dans ses attaques.

Les parfums d’Orient ont embaumé la deuxième partie, entamée par les deux jeunes femmes à travers les mélopées hébraïques déchirantes d’Ernest Bloch, enchaînée par le tourbillon obsédant de la Turquie actuelle décrite par Fazil Say dans Four Cities. Cette sonate pour piano et violoncelle (que le compositeur turc vient de graver chez Warner avec Nicolas Altstaedt) décrit quatre villes de son pays – Sivas, Hopa, Ankara et Bodrum – en citant des mélodies populaires que l’on peut glaner dans les rues.

Le polystylisme de Fazil Say a souvent un côté décoratif, mais on ne trouve nulle complaisance ici. Juste le choc de la modernité et de la tradition, de la joie de vivre brisée par la violence étatique, comme dans ce long cri de douleur strident et étouffé qui transperce le portrait de la capitale. (24 heures)

Créé: 25.06.2017, 14h58

Lavaux, divers sites
jusqu’au 2 juillet
Rens: 021 312 15 35
www.lavauxclassic.ch

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