Cat Power vagabonde au cœur de ses gouffres et de ses paix

MusiqueLa chanteuse américaine sort «Wanderer», album qui renoue les pistes de sa vie artistique à fleur de peau

Chan Marshall est de retour après 6 ans d'absence au disque. Son «Wanderer» rejoint le meilleur d'elle-même.

Chan Marshall est de retour après 6 ans d'absence au disque. Son «Wanderer» rejoint le meilleur d'elle-même. Image: DR

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Erratique et sublime. Le parcours de Cat Power, 46 ans, tient de la succession d’intempéries existentielles, d’orages intérieurs et de glissements de terrain personnels. Au plus noir de ses circonvolutions, la chanteuse américaine a pourtant toujours su préserver la lumière, que ce soit un miroitement dans une flaque boueuse, un reflet dans un œil embué ou la foudre d’une rage désespérée.


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Au regard de sa trajectoire d’étoile cabossée, la sortie de son 10e album, Wanderer, tient du miracle. Il y a 15 ans, Charlyn Marie Marshall – son nom à l’état civil – faisait encore figure de candidate idéale au naufrage intégral par voies narcotique, sentimentale ou dépressive. La musicienne était taillée pour rejoindre les rangs des filles perdues du rock, de Janis Joplin à Amy Winehouse en passant par Nico.

«Chan», la nymphette torturée issue du sein amer de la no wave de Sonic Youth (Steve Shelley tenait la batterie sur ses premiers enregistrements), du grunge de Nirvana et du lo-fi de Pavement et de Smog, semblait avoir acheté son aller sans retour pour les enfers psychiatriques. Ses interviews prenaient l’allure de confessions sans filtre, de thérapie à ciel ouvert ou de délire post-lysergique, et ses concerts s’achevaient prématurément dans les pleurs ou dans une bouteille de vin fièrement bue à même le goulot.

Fil de lumière à la patte

Pourtant, un fil de lumière rattachait à la vie cette créature ouverte aux quatre vents mauvais. En 2006, son album The Greatest lui donne un éclairage de soul sudiste et, l’année suivante, les spotlights hollywoodiens s’en emparent avec le film My Blueberry Nights de Wong Kar-wai. À cette époque, la chanteuse acquiert une aura que très peu d’artistes de sa génération ont atteinte.

Ses ventes n’ont rien de sensationnel, mais sa saisissante expressivité vocale – dans sa gorge se mêle étrangement le meilleur des traditions blanche et noire des États-Unis: folk et blues réunis – transforme cette figure émouvante du folk-rock indépendant en une égérie incontournable. Lagerfeld s’en empare d’ailleurs pour le compte de Chanel, mais le plus important est ailleurs.

Cat Power s’est imposée comme une artiste qui ne triche pas, mettant volontiers ses tripes sur le gril pour composer et interpréter une chanson. Ses reprises, notamment celles de l’album Jukebox rivalisent de faste vocal et de frémissements émotionnels.

Pourquoi rappeler son chemin de croix parsemé de rédemptions? Parce que Wanderer, sa nouvelle production après 6 ans d’absence au disque (les éclats electro de Sun datent de 2012 déjà), rassemble les morceaux, laisse affleurer des bribes de passé, ravaude les étapes, les dépassements de soi. «Le docteur a dit que je n’étais pas mon passé, il a dit que j’étais finalement libre», chante-t-elle sur Woman avec Lana Del Rey au backing.

Se ressaisir de ses transports anciens n’implique pas l’immobilité. Reprenant des factures dépouillées, ses nouvelles chansons – plus Stay, une reprise poignante de Rihanna – avancent toujours sur le fil d’une sincérité rare. La folk de Moon Pix, celle plus sombre de You Are Free, la soul de The Greatest et même l’épice synthétique de Sun sont tous de la partie mais prennent les accents de la maturité, d’un léger recul (pas toujours amusé), d’un penchant pour l’apaisement de celle qui est mère depuis 3 ans.

Seuls manquent à l’appel le désenchantement nerveux et frénétique de What Would the Community Think, mais il y a des pages hivernales qu’il faut savoir tourner. Vive l’automne.

Créé: 06.10.2018, 20h51

En dates

1972
Naissance le 21 janvier à Atlanta
1995
Premier album, «Dear Sir»
1996
Signe chez Matador pour «What Would the Community Think». Concert avorté à la Dolce Vita de Lausanne
1998
«Moon Pix», plus doux, confirme ses débuts
2000
«The Covers Record», premier album de reprises
2003
«You Are Free» avec la discrète participation de Dave Grohl et Eddie Vedder
2007
Tourne pour Wong Kar-wai
2006
«The Greatest», album mordoré de la rédemption
2008
«Jukebox», somptueux album de reprises

Un album et un concert

«Wanderer»
Cat Power
Domino

Lausanne, Docks
Ma 30 octobre (20 h 30)
Rens.: 021 623 44 44.
www.docks.ch

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