La cathédrale de Lausanne était trop grande pour Tigran Hamasyan

CritiqueLe jazzman a joué mardi la musique sacrée de son pays. Voix rehaussées par l’acoustique, mais piano souffrant de la résonance.

Le pianiste Tigran Hamasyan a dédié sa tournée actuelle, consacrée à la musique sacrée de son pays, à la commémoration des 100 ans du génocide arménien.

Le pianiste Tigran Hamasyan a dédié sa tournée actuelle, consacrée à la musique sacrée de son pays, à la commémoration des 100 ans du génocide arménien.

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Dire que le concert du pianiste Tigran Hamasyan, organisé mardi à la cathédrale de Lausanne par le Cully Jazz Festival, était envoûtant relève du mauvais jeu de mots, mais recouvre plusieurs réalités distinctes. Les voûtes gothiques de la nef donnaient en effet un cadre idoine au répertoire mystique – la musique sacrée arménienne du Ve au XIXe siècle – qu’interprétait, parfois très librement, le jazzman avec huit membres du Yerevan State Chamber Choir très bien mis en valeur.

Si l’architecture servait parfaitement l’acoustique des voix, ce n’était malheureusement pas le cas pour son piano. Même si le disque qui accompagne son actuel projet, Luys i Luso, est sorti chez ECM, prestigieux label de Manfred Eicher, producteur réputé pour son amour d’un son ourlé de réverbération, les résonances de la cathédrale lausannoise dépassaient les limites célestes et forçaient l’auditeur à recréer mentalement les phrases du musicien pour les débarrasser de ses échos involontaires.

Tant que le piano de l’Arménien restait en soutien de ses huit chanteurs, «enluminant» leurs magnifiques envolées par l’éclosion de notes circonspectes, le dialogue, certes déséquilibré, entre son piano bourdonnant et la force de voix relayées de manière limpide dans l’espace, fonctionnait. Mais quand le virtuose cherchait à s’échapper de son rôle de faire-valoir pour chercher à donner de l’ampleur à son jeu de piano – comme ce fut le cas à mi-parcours lors d’une longue improvisation très jazz – ses développements se perdaient dans des notes rendues inextinguibles par leur résonance.

Cette grosse réserve sonore mise à part – qui laisse penser que son projet serait mieux serti par une chapelle byzantine… – la musique ainsi créée à partir de ce corpus sacré, entre douceur et vertige, savait s’élever à hauteur de mystère, et l’on ne parle cette fois pas d’ouïe indistincte!

Créé: 14.10.2015, 14h52

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