Passer au contenu principal

Quand Cecilia Bartoli retrouve son grand amour

Trente ans après un album retentissant et révolutionnaire, la cantatrice rend un nouvel hommage palpitant à Vivaldi.

La mezzo-soprano Cecilia Bartoli dédie un deuxième album à Vivaldi.
La mezzo-soprano Cecilia Bartoli dédie un deuxième album à Vivaldi.
KRISTIAN SCHULLER/DECCA

On peine à croire aujourd’hui qu’il ne faut pas remonter outre mesure la flèche du temps pour retrouver l’époque où on ne savait que très peu de choses du répertoire lyrique de Vivaldi. Entré dans un domaine quasi public à travers de nombreux enregistrements, ce vaste corpus dont on n’a pas encore fini de découvrir toute l’étendue était, il y a à peine une trentaine d’années, quasi méconnu ou mésestimé. C’est dans ce contexte d’ignorance et de dédain que Cecilia Bartoli a marqué les annales en 1999, en faisant œuvre de défricheuse – vocation qu’elle n’a cessé de cultiver par la suite –, en sortant du sommeil des airs d’opéra renversants. Sa première anthologie («The Vivaldi Album», Decca), menée aux côtés du Giardino Armonico et de son chef Diego Fasolis, fit un tabac impressionnant, qui ouvrit l’appétit de nombreux ensembles et musiciens et qui permit de sortir des archives (ceux de la Bibliothèque nationale de Turin en particulier) des œuvres oubliées. On assistait alors au détournement d’une voix qu’on connaissait jusque-là comme rossinienne et qui trouvait, dans le domaine baroque, des nouvelles pièces de bravoure pour briller de mil feux.

Trois décennies plus tard, la mezzo-soprano de Rome repart sur les traces du prêtre roux vénitien pour lui rendre un hommage tout aussi abouti. Certes, il n’est plus question de surprises ici: Bartoli n’apporte rien qu’on ne connaisse désormais. On tient plutôt une nouvelle anthologie où les tons semblent plus posés, où les traits et les expressions de l’orchestre paraissent moins paroxystiques et plus en retrait; où le choix des airs nous conduit vers un Vivaldi davantage posé. Il faut écouter par exemple «Sol da te, mio dolce amore», air de l’«Orlando furioso» pour mesurer toute l’éloquence dont est capable la cantatrice. Il faut suivre les contours sentimentaux de son «Sovvente il sole» (tiré d’«Andromeda Liberata») pour comprendre combien, dans ce territoire expressif, cette voix est aujourd’hui la seule capable de conférer une plasticité inouie aux affects convoqués par Vivaldi.

Ailleurs encore, Bartoli réaffirme sa virtuosité étourdissante, dans des passages agiles et espiègles comme ce «Solo quelle guancia bella» («La vérité in cimento») ou encore ce «Se lento ancore un fulmine» («Agrippo»), avec ses aigus lâchés avec véhémence et fureur. Dans ces dix airs, donc, on retrouve tous les traits d’une artiste généreuse et toujours palpitante.

Antonio Vivaldi, air de «Agrippo», «Orlando Furioso», «La Silvia»…, Cecilia Bartoli (mezzo-soprano), Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi (dir.), Decca.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.