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La «Cendrillon» de Pauline Viardot en son habit neuf

Après avoir réduit «L’enfant et les sortilèges» de Ravel pour formation de chambre, Didier Puntos orchestre l’opéra-comique de la célèbre cantatrice. A l'Opéra de Lausanne dès le 23 novembre.

Didier Puntos
Didier Puntos
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Cet article a paru une première fois dans le supplément Opéra de Lausanne le 28 septembre 2018.

Pianiste, chef de chœur, compositeur, arrangeur, Didier Puntos est un musicien polyvalent, mais du genre discret. Tirer la couverture à lui n’est pas sa tasse de thé. Par contre, pour animer un petit groupe de l’intérieur et le porter à son accomplissement, il est très fort. Son coup le plus fumant date déjà d’une trentaine d’années. En 1986, jeune chef de chant à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Lyon conduit alors par le ténor vaudois Eric Tappy, il y réalisait et interprètait une version pour piano quatre mains, flûte et violoncelle de L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel dans une mise en scène mémorable de Patrice Caurier et Moshe Leiser.

Cette «réduction de chambre» du chef-d’œuvre ravélien compte à ce jour plus de 400 représentations dans le monde entier, dont une, signée Benjamin Knobil, qu’il a défendue à deux reprises à l’Opéra de Lausanne. Jean Liermier, qui en a fait une autre version pour l’atelier lyrique de l’Opéra de Paris, a été très inspiré par la dynamique Puntos: «Au piano, il imprime un truc incroyable.» A part Ravel, Didier Puntos a commis également une réduction pour sept instrumentistes de «La Chauve-souris» et de «La petite renarde rusée», de «Così fan tutte» pour quatuor à cordes et piano, ou encore de «La Périchole» pour orgue de barbarie, clarinette , trombone, contrebasse, accordéon et violon! «La musique de chambre et l’opéra sont mes deux idéaux, plaide-t-il, alors j’essaie de les réunir.»

Une version plus «cosy»

Didier Puntos revient cette année à Lausanne avec un inédit, toujours ciblé jeune public: «Cendrillon» de Pauline Viardot. Et là, contrairement à ses habitudes, le pianiste-arrangeur propose une orchestration de la version originale de cet ouvrage, rédigé à l’origine pour piano seul. Mais de quel chapeau magique sort-il cette curiosité d’une des plus grandes voix du XIXe siècle? «J’en connaissais l’existence, avoue Didier Puntos, car cette opérette de salon avait été exhumée il y a quelques années et donnée à l’Opéra comique avec sept chanteurs et un piano. Eric Vigié m’a suggéré d’en faire une version plus «cosy». J’ai parcouru la partition que j’ai trouvée tout à fait valable. Elle méritait cependant un écrin plus coloré et varié.»

Orchestre miniature

Paradoxalement, alors que Pauline Viardot a été une immense cantatrice mais également une pianiste de tout premier plan, admirée par Liszt et Chopin, l’écriture de piano de «Cendrillon» paraît presque succincte: «Elle donne l’impression d’être déjà une réduction d’orchestre, suggère le pianiste, avec certaines fin très abruptes et des passages un peu raides qui ne rendent pas justice à l’intérêt de la musique. Il fallait absolument rehausser cette œuvre de belle facture en lui donnant des couleurs, des textures et des résonances.» Tout en restant fidèle «à 95 %», Didier Puntos ajoute aussi une ouverture pour chacun des deux tableaux, composé sur les thèmes des principaux airs. Cet «acte d’appropriation», selon ses termes, l’arrangeur l’a imaginé en étroite collaboration avec Gilles Rico, le metteur en scène. «A partir du moment où un spectacle original devait naître, il fallait partir à deux dans cette aventure, pour traiter cette œuvre d’une manière globale. La vision de Gilles Rico a aussi eu des conséquences sur le type d’orchestration.»

Pour garder l’esprit d’intimité de l’original, Didier Puntos se restreint à un orchestre miniature de 12 musiciens (quintette à cordes, quintette à vent, piano et percussion). «Le piano reste pour «faire salon», précise-t-il. Et puisque c’est moi qui tiens cette partie et qui dirige le tout, je l’ai conçu un peu comme un ensemble baroque, guidé jadis du clavecin, ou comme les opéras de chambre de Benjamin Britten.» L’orchestrateur avance aussi un argument de vraisemblance temporelle en faveur de son choix: «Pauline Viardot compose «Cendrillon» en 1903 et il est créé chez elle en avril 1904. A ce moment, le grand orchestre symphonique connaît une mue. Elle a dû entendre «Pelléas et Mélisande» de Debussy (1902) où l’orchestre se diffracte. Les «Poèmes de Mallarmé» par Ravel ou «Le Pierrot lunaire» de Schönberg ne sont pas loin.»

Quant au style de Pauline Viardot, plutôt que d’aller chercher du côté de Rossini, auteur d’une «Cendrillon» bien plus célèbre, Didier Puntos y voit davantage d’empreintes de Berlioz (qui était amoureux d’elle), de Bizet et d’influences germaniques. «Elle résume toute la musique européenne de son temps, avance-t-il. Et ce qui me plaît par-dessus tout, c’est qu’à 83 ans, elle n’avait plus rien à prouver, et se fait plaisir. On sent une sincérité touchante, et, en dépit du sceau un peu moralisateur du livret – de sa plume –, elle y raconte aussi sa vie.»

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