Le charmeur de serpents blues Charles Lloyd a fêté ses 50 ans à Montreux

Montreux JazzLe saxophoniste américain jouait jeudi au Casino avec son quartet en préouverture du festival. Critique.

Charles Lloyd avait joué lors de la première édition de 1967. Au Casino Barrière jeudi soir, le vieux sage enjoué d'est montré à la hauteur des espérances.

Charles Lloyd avait joué lors de la première édition de 1967. Au Casino Barrière jeudi soir, le vieux sage enjoué d'est montré à la hauteur des espérances. Image: Chantal Dervey

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La joie des retrouvailles. Si le héros de la soirée de préouverture du Montreux Jazz Festival, jeudi, s’appelait incontestablement Charles Lloyd, la salle du Casino Barrière permettait aussi de faire remonter des souvenirs, même pour les jeunots qui n’ont pas connu l’épopée historique de cette scène initiale de la manifestation.

Il y a une dizaine d’années, la salle avait repris du galon et des artistes tels que Randy Newman, Diana Krall, Cassandra Wilson ou encore Diego El Cigala l’avaient visitée. Avec ses défauts – sa scène ouverte de tous côtés par exemple – et ses avantages – une capacité confortable –, elle vaut infiniment mieux que le long «couloir» du Montreux Jazz Club, dont on verra en cette année anniversaire comment il servira l’excellente programmation jazz qu’il abrite.

Festival nourrisson

Introduit par un Mathieu Jaton aiguillonné par l’événement, le champion de 1967 était donc de retour avec son New Quartet de pointe – Jason Moran au piano, Reuben Rogers à la basse et Eric Harland à la batterie.

«Montreux n’était encore qu’un petit village et je devais avoir 7 ans. Mais j’y ai découvert des gens très attentifs à ce que nous faisions»

Il y a 49 ans, Charles Lloyd était au seuil d’une immense reconnaissance internationale, son album mythique Forest Flower, promis à des ventes faramineuses, venait de sortir et il découvrait un festival encore au stade du nourrisson qui ne pouvait se targuer que de lui comme musicien professionnel. «Montreux n’était encore qu’un petit village et je devais avoir 7 ans, précise le souffleur au public tout en saluant René Langel, cofondateur du Festival assis juste devant lui. Mais j’y ai découvert des gens très attentifs à ce que nous faisions.»

«We love you!»

En 2016, l’audience est toujours suspendue à son souffle, enthousiaste – un «We love you!» jaillit des dernières rangées, non loin du conseiller fédéral Alain Berset présent pour l’occasion. Et le vieux sage enjoué des croisements jazz et spirites se montrait à la hauteur des espérances, en choisissant de s’engager sur des chemins en pente douce plutôt que dans les bourrasques mouvementées dont il a aussi le secret. La piste est parfois terreuse, volontairement accidentée, elle suit aussi à d’autres moments ces ruisselets de blues fugaces qui abreuvent son art de musicien depuis des décennies. Elle s’envole aussi parfois dans des orients rêveurs qui s’épicent de sonorités balkaniques ou indiennes dans les trilles de sa flûte traversière accompagnées des cordes frottées du piano qui prend presque le rôle d’un tanpura.

Réveil avec Monty Alexander

Jason Moran réalise des miracles autant rythmiques que mélodiques à son clavier, confirmant son statut de pianiste éminent par sa virtuosité jamais gratuite. Impeccable et inventive, la section rythmique de Rogers et Harland ne se limite pas à un rôle secondaire et s’expose aussi en duo et en solos. Quand il n’agite pas ses maracas devant son pianiste, Charles Lloyd s’élance avec hardiesse dans les hauteurs, même si ses explorations des graves, ourlées de tendresses infinies, conquièrent avec plus de facilité. Certains membres de l’assemblée donnent l’impression de dormir. Faux, ils sont hypnotisés ou baignent dans une méditation semi-séculaire… Ils se réveilleront avec la brillance bluesy et latine de Monty Alexander, pianiste fêtant quant à lui les 40 ans de sa première venue au Festival et qui prend la suite en déclinant sans faiblir ses démonstrations de vélocité digne d’un tripot de luxe. Nous sommes revenus au Casino.

Créé: 01.07.2016, 11h45

Le saxophoniste était accompagné de Jason Moran au piano, Reuben Rogers à la basse et Eric Harland à la batterie. (Image: Chantal Dervey)

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