Ne cherchez plus Apartments!

InterviewLe groupe culte d’Australie, passe jeudi au Bourg de Lausanne. Coup de fil à Peter Milton Walsh, son âme damnée.

Trop rare, Peter Milton Walsh joue jeudi soir au Bourg de Lausanne.

Trop rare, Peter Milton Walsh joue jeudi soir au Bourg de Lausanne. Image: SOWAT

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Depuis 1978, The Apartments s’est fait une spécialité des éclipses et des retours en grâce, selon un parcours tortueux où les périodes d’intense créativité et de disparition inopinée rivalisaient pour faire de Peter Milton Walsh, son instigateur, l’un des musiciens les plus cultes d’Australie.

Depuis les années 2010, celui qui a parfois aussi officié au sein des Go-Betweens a regagné un semblant de régularité avec plusieurs tournées, des rééditions, un enregistrement live et un album. Rappelons qu’il a fallu attendre 18 ans pour que No Song, No Spell, No Madrigal (2015) vienne succéder à Apart (1997)!

L’ancien punk de Brisbane, versé depuis des décennies dans l’art d’un song­writing grisé d’ombres ou fardé au charbon, est même attendu jeudi à Lausanne, au Bourg, avant que sa tournée ne l’emporte en France et à Londres. En Italie mercredi, le musicien, roulant en direction de la Suisse, arrête sa voiture sur le bord de la route pour répondre au téléphone et s’expliquer sur sa trajectoire pleine de trous et de merveilles.

«La musique m’est nécessaire, pas le public… Même si je suis plein de gratitude pour lui, qui ne m’a jamais lâché malgré mes disparitions. J’ai toujours écrit des chansons, mais je n’ai pas toujours suivi les règles du business. Et, comme l’a souligné Iggy Pop, si vous ne le faites pas, il ne vous arrive rien de bon.»

Les règles et la vie

Les règles consistent en un cycle où il faut alterner période d’écriture et d’enregistrement avec des tournées souvent longues. «Je ne le faisais pas, même si ça m’est arrivé dans les années 90, où j’ai sorti quatre albums en quelques années. Ensuite, mon premier fils est né avec des troubles physiques et je ne pouvais plus me lancer dans des tournées. Je n’ai pas recommencé après sa mort. Tout cela me paraissait trivial après cette expérience. Il ne s’agissait pas d’arrêter de vivre, mais je voyais les choses différemment.»

Au cours de ses errances à New York, Paris ou Londres, Peter Milton Walsh n’a jamais hésité à gagner sa vie loin de la scène quand il le fallait. «J’ai exercé 1000 métiers. Postier, serveur, vendeur de glaces… J’ai même été déménageur et je n’ai pourtant pas le gabarit!»

Même dans l’écriture de chansons, le songwriter n’a jamais développé de méthode bien définie. «J’écris, puis je remets à plus tard la finition, le travail difficile. Je me laisse aller à l’inspiration, à la chance. Je ne fais pas partie de ceux qui transpirent, s’entraînent sans cesse, mais de ceux qui dérivent. Burt Bacharach, que j’admire beaucoup, pouvait se mettre au boulot à 9 h et achever une chanson importante à 17 h. Moi pas. Ou alors, je citerais Duke Ellington, qui disait: je n’ai pas besoin de temps, mais d’une échéance.»

Trop sombre pour être drôle

Le contemporain de Nick Cave, qu’il connaît depuis 1980, ne pense pas avoir transmué ses racines punk dans son song­writing. «Possibly not! Déjà gamin, j’avais été marqué par des albums de Gordon Lightfoot ou de Ramblin’Jack Elliott. J’aime l’histoire dans une chanson.» Mais le Bartleby du rock n’a que très rarement échappé au côté sombre de sa créativité. «Je connais la magie noire! Non, j’aurais aimé écrire sur le registre de l’humour et je pensais d’ailleurs l’avoir fait. Mais personne ne s’en rend compte, c’est une malédiction. Sur le premier album de The Apartments, The Evening Visits… And Stays For Years, j’avais écrit la chanson Lazarus Lazarus sur une situation d’overdose. Je trouvais ça drôle, mais j’étais bien le seul.»

À l’inverse de son compatriote Nick Cave, le chanteur très discret ne conçoit pas la vie d’artiste comme une exhibition. «Il assure des shows phénoménaux depuis qu’il a 19 ans et vit constamment en public. Je ne sais pas comment il gère sa vie personnelle, privée. Il a créé une forme de théâtre très intéressante, une manière de jouer comme on raconte une histoire qui fait peur à des enfants.»

En tant que guitariste, Peter Milton Walsh estime que son instrument l’encombre un peu, même quand il s’agit de chanter. «Sans lui, chanter devient beaucoup plus libérateur. Il y a quelques années, j’ai vu un concert de Bob Dylan; ce n’était pas la première fois et je ne l’aimais pas trop en live. Mais là, je l’ai trouvé formidable. Je pense que cela venait du fait qu’il ne jouait pas de la guitare. Alors vous pensez bien que je ne vais pas encore serrer la main de tout le premier rang!» La fracasser sur leur tête peut-être? «Yeah, bonjour les ennuis! En plus je n’ai embarqué qu’une seule guitare depuis l’Australie, alors…» (24 heures)

Créé: 10.10.2018, 21h39

Le concert

Lausanne, Le Bourg
Je 11 octobre (21 h 30)
Rens.: 021 625 07 07
www.le-bourg.ch

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