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Le classique face à une toile encore blanche

Souvent mal à l’aise avec les outils numériques, les musiciens sont peu nombreux à s’auto-produire en ligne. Coup de sonde sur les pionniers.

Renaud Capuçon publie une vidéo par jour enregistrée depuis chez lui.
Renaud Capuçon publie une vidéo par jour enregistrée depuis chez lui.
Keystone / Jean-Christophe Bott

Le monde de la musique classique n’est pas coutumier des sessions en direct sur les réseaux sociaux. Si pour certains la période de confinement qui s’ouvre aujourd’hui est vue comme une aubaine pour s’isoler et travailler de nouveaux répertoires, des interprètes technophiles ont déjà lancé leurs premières initiatives en ligne.

Sur ce terrain, Renaud Capuçon a toujours une longueur d’avance. Le violoniste a été le précurseur des concerts symphoniques à huis-clos retransmis par la radio et la télévision – c’était, on s’en souvient, les 7 et 8 mars avec l’OCL (disponible en replay sur rts.ch), mais cette vogue a été vite rendue caduque par l’évolution de l’épidémie. Le Français diffuse depuis le 15 mars une brève vidéo par jour enregistrée chez lui. «Je n’avais encore jamais fait ça, et je le vois comme un rituel quotidien, quelque chose de vivant, relève-t-il au téléphone; ça me fait bosser des nouvelles pièces et me donne l’impression d’avoir un lien avec le public. C’est un moment où je me sens bien et où, j’espère, je fais du bien.»

Toujours positif, le virtuose compte que cette période troublée peut être l’occasion de se réinventer: «Cette crise pourrait changer en bien nos habitudes et nos mentalités, nous redonnera goût aux choses, à moins consommer, à préserver la planète...» Privé de ses collègues pour faire de la musique de chambre, Renaud Capuçon a eu l’idée de s’enregistrer en utilisant le logiciel Nomadplay qui offre un large répertoire de partitions dynamiques: «Le piano ou l’orchestre vous accompagne au tempo que vous souhaitez. Cette application prend tout son sens aujourd’hui, en particulier pour les étudiants.» Elle est en accès libre pendant un mois.

Benjamin Righetti et Sara Oswald en vidéo

C’est aussi à l’attention de ses étudiants que Benjamin Righetti s’est enregistré à la tribune des orgues de Saint-François. Et parce que l’organiste titulaire ne peut plus jouer pour ses concerts et ses cultes. Passionné de prise de son, il possède un riche matériel multimedia et un studio de montage à la maison. «J’aime être autonome et j’essaie de vivre avec mon temps, argumente-t-il. Mais je comprends que la technologie soit plus problématique en musique classique. Le rapport au concert est indissociable; les instruments et les nuances difficiles à enregistrer.» Tant que l’instrument est accessible, Benjamin Righetti prévoit 2 à 3 vidéos par semaine, en alternance avec ses étudiants.

Sara Oswald est violoncelliste et compositrice. Elle vit à 90 % de ses concerts, et les 14 prochains ont tous été annulés. La musicienne indépendante a imaginé ce qu’elle n’avait encore jamais fait: proposer depuis chez elle des concerts à la carte par visioconférence et demander un prix libre payable par twint ou CCP (ordre de grandeur: 5 francs par morceau): «En réalité, ça sort du four! J’ai lancé l’idée il y a moins de 12 heures et je suis ravie du succès. Déjà 25 personnes m’ont contactée pour des concerts on line privés. Cette solution me permettra d’adoucir un peu cette méga perte financière.» Multi-instrumentiste, Sara Oswald jouera dès la semaine prochaine ses propres compositions, au violoncelle, au piano et à la voix. A commander à tcho@saraoswald.ch.

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