Le classique dans toutes ses nuances à Verbier

Festival Au Valais, les destins artistiques insolites côtoient ceux des stars. Reportage.

Daniel Harding dirigeait samedi les jeunes musiciens du Junior Orchestra de Verbier.

Daniel Harding dirigeait samedi les jeunes musiciens du Junior Orchestra de Verbier. Image: ALINE PALEY

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A Verbier, on le croise partout, sans relâche. Exposé en nombre sur les parvis des salles de concert ou arrimé solidement sous les aisselles des promeneurs mélomanes, le programme du festival qui a ouvert ses portes vendredi passé tient de l’objet fétiche le plus en vogue du moment. Le visiteur qui se frotterait pour la première fois à la manifestation trouverait là, dans ce vade-mecum imposant, tout ce qui fait le poids spécifique du Verbier festival. Soit une enfilade effarante de figures aux destins divers: des musiciens qui ont laissé des traces profondes dans l’histoire récente de la musique classique aux interprètes qui marquent le présent, des solistes qu’on suit comme les plus belles des promesses à ceux qui doivent encore tout bâtir.

Le retour d’une oubliée

Mais pour cueillir l’âme de ce grand carrefour culturel, où des artistes aux horizons disparates croisent leurs chemins, rien ne vaut la plongée dans les récits qu’offrent les concerts. Certains, comme celui qu’a offert au public la Coréenne Kyung Wha Chung lors de l’ouverture, relèvent de la petite tragédie en quête de happy end. Que nous dit l’histoire de cette violoniste âgée aujourd’hui de 68 ans et dont le public a fini par oublier le nom? Qu’un jour elle a été grande, que son jeu fervent et habité – un détour par YouTube suffira pour en attester la teneur – laissait présager d’une carrière longue et glorieuse. Le destin en a voulu autrement.

Ainsi, après avoir étudié à la prestigieuse Juilliard School de New York avec des divinités aussi imposantes que Pinchas Zukerman et Itzhak Perlman, après avoir foulé les scènes qui comptent durant les années 70 et 80, la violoniste a connu des ennuis sérieux à l’index de la main gauche. Sortie alors des écrans de contrôle dès 2005, elle essaie depuis de retrouver par petits pas le fil d’une ascension brisée. Vendredi, la foulée a été peut-être trop longue pour ce personnage étonnant, dont la mimique théâtrale et la gestuelle démonstratives vaudraient à elles seules le prix du billet. Paralysée sans doute par l’enjeu de son passage à Verbier, Kyung Wha Chung n’a pas tenu le choc face aux pièges redoutable que présente le Concerto pour violon op.77 de Brahms. Souvent en décalage avec le Verbier Festival Orchestra et son chef Charles Dutoit, en clair déficit d’intonation dans les articulations les plus rapides et dans la cadence finale, la musicienne n’a pas caché son désarroi et ses doutes. Les grimaces ont parlé et laissé entendre que l’interprète prodigieuse appartient peut-être aux archives.

Les autres histoires du premier week-end du festival disent tout autre chose. Prenez celle du violoniste Benjamin Beilman, 25 ans, qui ressemble à celles de tant d’interprètes en quête de confirmation. A l’église Verbier, plongé dans cette atmosphère recueillie qu’offrent les lieux, l’homme n’a pas trahi. Accompagné avec tact par le pianiste Alessio Bax, il a déployé un art accompli, un sens déjà affûté des grandes structures et de la dramaturgie, avec un legato très souple et des pianissimi à la sensibilité dans la Sonate pour violon et piano N°6 de Beethoven, dans la Deuxième de Ravel et dans la Fantaisie en Ut majeur D.934 de Schubert. Une promesse maintenue, donc.

Jeunesse conquérante

Tout comme celle qui se jouait samedi après-midi dans la salle des Combins. Ce pari se nomme Junior Orchestra et il porte les traits de dizaines de musiciens âgés entre 14 et 18 ans. Leur chance? Celle du temps comme allié, tout d’abord. Pendant cinq semaines – une éternité dans ce domaine – la troupe a pu labourer dans le moindre détail le programme. Et elle l’a fait – seconde chance – en compagnie de ce qui fut un prodige de la direction et qui est aujourd’hui une des valeurs sûres dans le paysage: Daniel Harding. Le résultat de tant d’efforts, de conseils avisés et de répétitions exigeantes a laissé bouche bée: les Rückert-Lieder de Mahler, chantés par un Stephan Genz des grands jours, ont fait courir un long frisson dans la salle, tout comme le «Prelude» et le «Libestod» du Tristan et Isolde de Wagner. Et l’«Ouverture op.81» de Genoveva de Schumann a laissé apercevoir la patte d’une figure, Harding, aux dons de pédagogues indiscutables. «La vraie richesse du festival, elle est là, dans ce projet», finira par dire le Britannique.

Un dernier frisson? Ce sera celui qu’a servi samedi soir l’Orchestre de chambre du festival, impérial, sous la baguette fidèle de Gábor Takács-Nagy dans la Symphonie N°1 et dans la «Jupiter» de Mozart. On aura retrouvé ici une autre nuance qui colore les milles histoires du festival. Elle rappelle l’engagement d’un chef dont la gestique et la mimique dégagent à la fois une urgence épatante et une complicité rare avec ses protégés.

Verbier festival, jusqu’au 7 août. Rens. www.verbierfestival.com

Créé: 24.07.2016, 20h50

Tour de Babel

Environ 33'000 spectateurs se sont rendus au festival en 2015. L’édition qui vient de débuter en attend tout autant. D’où viennent-ils? Le spectre est ample: 62% résident en Suisse. Dans cette tranche, 90% vivent en Suisse romande, 9% en Suisse alémanique et 1% seulement au Tessin. Avec 7,5%, la France est le pays étranger le mieux représenté; le Royaume-Uni atteint, quant à lui, 3,5% et fait mieux que les Etats-Unis (3%) et l’Allemagne (2,5%). Belgique et Pays-Bas dépassent le 1% tandis qu’Israël et l’Italie atteignent tout juste ce pourcentage. R.Z.

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