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Comiques malgré eux, les Pet Shop Boys font mal aux yeux

Le duo anglais n’est plus que l’ombre de lui-même ou plutôt une explosion de pixels !

Les Pet Shop Boys étaient au Montreux Jazz lundi soir
Les Pet Shop Boys étaient au Montreux Jazz lundi soir
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Il fut un temps où les petites pilules passaient par la bouche, désormais elles s’enfilent directement par les yeux… Il semblerait que cela fasse moins de dégâts au cerveau. Cela restait toutefois à prouver à la sortie du concert des Pet Shop Boys, lundi soir au Montreux Jazz Festival, en tête d’affiche annoncée de l’Auditorium Stravinski. Après un petit warming electro purement sonore – il s’agissait de ne pas débuter par un claquage prématuré – le duo envoyait la sauce d’effets visuels pour entamer les choses sérieuses sur le titre de circonstances «Opportunities (Let's Make Lots of Money)».

Fumée, lasers, écrans circulaires et mitraillage de projections déployaient un psychédélisme néo-pop. S’appropriant des dollars warholiens virevoltant de couleurs, le chanteur Neil Tennant, 63 ans, et le clavier Chris Lowe, 58 ans, activaient d’abord les images pour invoquer un esprit festif estampillé eighties soutenu, au niveau sonore, par un pilonnage métronomique de beats et d’hululements du meilleur effet house ou trance, c’est-à-dire sommairement martelé. Hurlements de joie et bras levés accueillaient cet effort pour raviver la nostalgie pop d’une génération clubbing désormais en préretraite.

La démonstration d’hédonisme sénescent ne s’avérait toutefois que moyennement convaincante. Cravaté du col mais aussi de la voix – soumise à une profonde couche de filtres censés lui rendre son timbre d’éternel post-adolescent en mal d’émois – Neil Tennant, parfois en suspicion de play-back, s’agitait autant que le lui permettait un costume dont la veste n’était alors pas encore argentée. Quant à Chris Lowe, statique derrière ses claviers, son casque ou ses verres miroir, il ne manifestait aucune émotion, concentré à l’extrême pour laisser croire que le traitement musical minimaliste qu’il infligeait à la salle tenait effectivement du travail et non pas de la pure pose.

La goût de la déception

De la paire synth-pop, épaulée par de jeunes percussionnistes virulents, émanait l’impression que les stars écloses dans les années 1980 vieillissent au moins deux fois plus vite que leurs aînés des sixties. Enchaînant sur «The Pop Kids», pourtant récent, ces fanés du tube ne se rendaient pas plus crédibles, sauf à les considérer sur le mode clownesque d’une caricature d’époque ou d’un avertissement à la jeunesse sur les dangers d’une persévérance dans le kitsch. Dans le public, les premières grimaces apparaissaient et les velléités ondulatoires se faisaient plus timides, voire gênées, comme de grandes personnes à une fête de crèche qui réalisent qu’il n’y a pas d’enfants dans l’assemblée.

Le duo tentait alors d’assombrir le propos et les fourmis, des corps velus, envahissaient l’écran tandis que Neil Tennant coiffait la toque d’un dictateur menaçant. Mais n’est pas Kraftwerk qui veut et le seul totalitarisme qui sied aux Pet Shop Boys est celui, très «koonsien», du bonheur obligatoire pour tous, version arty et d’outre-manche de la danse des canards. Le tube «West End Girls» mettait tout le monde d’accord mais il était déjà trop tard. Le carrosse du duo s’était transformé en citrouille. Il était l’heure de faire sa propre soupe à la maison.

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