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Un concentré de folie et d’esprit français

Pierre-André Weitz redonne vie, sens et rythme à «Mam’zelle Nitouche», avec la complicité d’Olivier Py. Un spectacle à double fond à l’Opéra de Lausanne.

«Mam’zelle Nitouche» d’Hervé a une dominante tricolore pour Pierre-André Weitz: bleu pour l’armée, blanc pour le couvent, rouge pour le théâtre
«Mam’zelle Nitouche» d’Hervé a une dominante tricolore pour Pierre-André Weitz: bleu pour l’armée, blanc pour le couvent, rouge pour le théâtre
Jef Rabillon

«Le genre de la comédie-vaudeville d’Hervé est l’héritier des pièces de Labiche, comme «Un chapeau de paille d’Italie», et a contribué à la naissance de l’opérette, puis, plus tard, de la comédie musicale. Ce style a été récupéré par d’autres musiciens, Offenbach en premier, mais il y a chez Hervé une folie et un côté presque surréaliste que n’a pas toujours Offenbach. Et sa musique est magnifique, facile d’accès, mais difficile à rendre.» Tout investi dans sa défense et illustration de l’œuvre de Louis-Auguste-Florimond Ronger (1825-1892), alias Hervé, Pierre-André Weitz est en passe de redonner, si ce n’est ses lettres de noblesse (dont il n’avait cure), au moins sa popularité à un compositeur très fameux en son temps. Le scénographe français, complice de longue date d’Olivier Py, s’est déjà vu confier la production des «Chevaliers de la Table ronde» en 2015 par le Palazzetto Bru Zane (lire encadré) avant de monter «Mam’zelle Nitouche», de passage de jeudi à dimanche à l’Opéra de Lausanne, et, prochainement, «Vlan dans l’œil», toujours du même Hervé.

«En une journée, l’héroïne sort du couvent pour un mariage arrangé. Elle découvre l’amour mais surtout l’appel des planches. C’est un voyage initiatique»

«Mam’zelle Nitouche» a été le plus grand succès d’Hervé en 1883. Ce succès s’est prolongé au cinéma avec Raimu en 1931 dans un film de Marc Allégret, puis en 1954 avec Fernandel capté par Yves Allégret (frère de Marc). «Pour nos grands-parents, ce titre représentait le patrimoine français et même l’esprit français, mais il a complètement disparu de la circulation», constate Pierre-André Weitz. Pour ce qui concerne Lausanne, il n’a pas tort. La dernière représentation au Théâtre municipal date de 1974! Un des ingrédients de la réussite de «Mam’zelle Nitouche» a été le caractère autobiographique de l’intrigue. À ses débuts, Hervé était organiste à Saint-Eustache la journée; acteur et compositeur d’opérettes en soirée, tout comme son personnage de Célestin/Floridor, organiste de couvent et maestro léger. «Dès la première réplique de la pièce, le livret parle des deux faces de l’être humain, le recto et le verso, analyse Pierre-André Weitz. Ce qu’Hervé développe ici, c’est l’idée qu’entre l’être et le paraître, il y a un monde. Je suis allé plus loin en montrant que sous la toge de la sœur, il peut y avoir des bas résille. On ne sait jamais ce qu’il y a sous les habits!»

À son tour, Pierre-André Weitz s’est senti concerné par l’ouvrage, qui lui procure un bain de jouvence. «J’ai attendu quarante ans pour refaire ce que je faisais, enfant, à Bussang! J’ai fait mes premiers pas sur scène au Théâtre du Peuple, à l’âge de 10 ans. Je jouais, je chantais, je concevais et fabriquais les décors et costumes. Ma première mise en scène lyrique, c’était à 18 ans, pour les «Dialogue des Carmélites», de Poulenc. J’ai arrêté quand j’ai rencontré Olivier Py, trouvant plus naturel de faire la scénographie et les costumes pour ses spectacles. Mais j’aime l’idée de refaire un spectacle total.» Pour «Mam’zelle Nitouche», il touche en effet à tout et, déguisé en clown, joue son propre personnage de régisseur.

Un Olivier Py déchaîné

Avec Olivier Py qui se déchaîne en acteur transformiste, on pourrait presque croire que Pierre-André Weitz s’est ingénié à inverser les rôles habituels du tandem. «Nous ne l’avons pas pensé ainsi, répond l’intéressé. Olivier avait vu «Les chevaliers de la Table ronde» et m’avait demandé de penser à lui si je faisais une autre opérette d’Hervé. J’ai trouvé idéal qu’il puisse faire entrer sa propre dualité d’Olivier Py/Miss Knife (son alter ego féminin) dans cette pièce qui parle de la dualité.» Comme toujours avec ces deux magiciens de la scène, les interprétations sont à double fond. Pur divertissement, on doit s’y rendre «avec son âme d’enfant». Et être disposé aussi à une conversion: «En une journée, l’héroïne sort du couvent pour un mariage arrangé. Elle découvre l’amour mais surtout l’appel des planches. C’est un voyage initiatique.»

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