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«Je sais où les corps sont enterrés»

Premier batteur de The Cure, Lol Tolhurst raconte le groupe qu’il fonda avec Robert Smith. De la gloire à l’abyme, puis à la rédemption.

Lol Tolhurst (à dr.) et Robert Smith se sont rencontrés à l’âge de 5 ans. Amis d’école, ils formeront The Cure en 1976. Douze ans plus tard, Lol est exclu pour alcoolisme.
Lol Tolhurst (à dr.) et Robert Smith se sont rencontrés à l’âge de 5 ans. Amis d’école, ils formeront The Cure en 1976. Douze ans plus tard, Lol est exclu pour alcoolisme.
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Lol Tolhurst n’est pas un homme religieux mais il se souvient de ce vieillard, un soir de 1995 dans le désert californien, qui posa sa main sur son front et lui glissa quelques mots d’encouragement. Le lendemain, l’ancien batteur et clavier de The Cure pouvait enfin commencer à panser les plaies de son éviction, sept ans plus tôt. «Quand tu es alcoolique, tu dois croire en quelque chose en dehors de toi qui puisse te donner un sens pour arrêter», dit-il au téléphone.

Il lui a fallu plus de temps encore pour trouver «en dehors de lui» un autre instrument de guérison, cette biographie qui sort maintenant et qui met en mots son histoire — Cured, Two Imaginary Boys est aussi celle de Robert Smith et d’un groupe à part. Coup de fil à Lol Tolhurst, 58 ans et heureux de vivre.

Dès son titre, Cured (guéri) joue sur la fonction d’exutoire de livre. Vous «deviez» l’écrire?

Oui, absolument. J’aurais d’ailleurs pu le faire plus tôt, mais je ne pense pas que j’aurais eu le recul nécessaire pour apprécier les événements avec la bonne perspective. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui s’est vraiment passé. Je suis heureux car les réactions jugent mon livre honnête et clair. Certains aimeraient y voir plus de drame et de misère — ça continue de m’étonner que l’on court après cette vision-là, me concernant. Je suppose que mes années d’errance ont projeté de moi une image d’un seul bloc d’un mec affreusement glauque.

Peut-être que les trois albums composant «la trilogie cold wave» ont imposé The Cure comme un groupe particulièrement morbide?

La musique a toujours été pour nous de l’art, elle ne nous représentait pas tels que nous étions réellement. Sinon, nous serions déjà morts! (Rires.)

En termes de contre-pied, on est étonné de vous savoir résident de Los Angeles depuis 1995!

J’ai découvert la Californie en tournée avec The Cure, j’en suis tombé amoureux et j’ai refait ma vie ici. Pas le meilleur choix pour vivre en anonyme: les deux endroits sur la planète où Cure est archiconnu sont la France et la Californie. Je dois toujours me laver les dents avant d’aller au supermarché, je sais qu’on me reconnaîtra. Mais même lors de mon procès avec le groupe, les fans ont toujours été sympas, jamais haineux. Ils m’ont aidé à tenir.

Ecrire votre biographie, était-ce aussi écrire par ricochet celle (pas encore rédigée) de Robert Smith?

J’ai voulu être très prudent sur ce point et préciser en prélude qu’il s’agit là de mes mémoires, de ce dont je me souviens. Cela dit, le début du livre ne raconte que des choses que seuls Robert et moi pouvons savoir — nous nous connaissons depuis l’âge de 5 ans! Je pense qu’il les raconterait de la même manière. Je lui ai demandé s’il avait l’intention d’écrire sa biographie. Il m’a répondu qu’au mieux, il avait en lui de quoi faire un comic book de 16 pages, rien de plus! Il est comme David Bowie, il ne se raconte que dans son art. Pour moi, en revanche, ma biographie était une façon cathartique de révéler qui je suis, ce qui s’est passé. Tout le processus a été une grande aide.

Robert Smith s’est-il montré inquiet de votre projet?

Il ne me l’a pas dit, en tout cas. Il me connaît assez bien pour savoir que je suis la seule personne qui écrira de façon constructive et bienveillante notre histoire commune. Je suis le seul à savoir où les corps sont enterrés! (Rires.) Je lui ai envoyé une copie des épreuves finales. Connaissant Robert, je sais que j’aurais entendu parler de lui très vite s’il y avait eu quoi que ce soit qui lui aurait déplu.

En 2011, vous êtes remonté sur scène avec The Cure. Etait-ce un univers totalement différent que les concerts de 1988?

Oui, tout est plus organisé, cadré, sécurisé. En 1988, on faisait des concerts de stade comme si on jouait dans un club. Les coulisses étaient un vrai bordel. Là, je découvrais des backstages avec des espaces pour les enfants! Mais c’est normal, nous avons tous grandi, fondé des familles — bien que nous ayons peu changé. On dit que sur scène, on n’a pas d’âge. Rien de plus vrai.

Au Paléo en 2012, Smith nous avait reçus sans ôter son mascara. L’avez-vous vu sans rouge à lèvres?

Rarement! Il a ce look depuis Pornography, c’était juste une évolution du punk et de notre fascination pour les poètes romantiques français. Une fois que Robert a trouvé quelque chose qu’il aime, il n’en change pratiquement jamais plus. Ses pédales d’effets, par exemple, sont toujours les mêmes que celles qu’il a adoptées au milieu des années 1980. Il a acheté la compagnie qui les fabriquait pour être certain d’avoir toujours le même son!

A cette époque, le groupe passe de la scène rock aux hit-parades pop. Comment avez-vous ressenti ce changement d’échelle?

C’était à la fois inattendu et espéré car nous pensions avoir mérité ce succès, depuis huit ans que nous vivions sur la route de façon frugale. L’aspect déconcertant, c’était de passer d’un public de mecs mutiques à une foule de filles hurlantes. Et puis, Robert est devenu une icône pop, la presse nous envisageait de façon plus légère. Ça nous frustrait un peu mais nous jouions le jeu.

Avez-vous plus souffert de votre éviction du groupe ou de la perte d’une amitié?

L’amitié, clairement. Quand nous nous sommes réconciliés en 2000, ce fut une immense joie pour tout le monde. Jouer dans The Cure, connaître la gloire, le succès, j’ai adoré mais, au final, ça reste accessoire. L’amitié, ça ne se négocie pas.

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